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Chichois
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QU
EST CE QUE L'AGRICULTURE BIOLOGIQUE ?
L'Agriculture biologique est
à la fois plus jeune et plus vieille qu'on le croit souvent . Plus
révolutionnaire et plus passéiste aussi ! Plus jeune : elle
ne fait pas que reprendre les techniques ancestrales. Plus ancienne : Ce
n'est pas une mode des deux ou trois dernières décennies,
sans fondement ( même si celui ci peut être discuté)
et sans expérience.
Mais elle tient un peu des
deux : elle reprend des façons traditionnelles et innove dans son
adaptation aux temps modernes, elle prend partie dans une controverse vieille
de quelques siècles : l'opposition - vitalistes contre mécanistes,
controverse qui apparemment ne sera jamais close. On lui décerne
habituellement une date de naissance : fin du premier quart du 20ème
siècle, elle serait née des constatations de R.Steiner :
l'abus d'engrais chimique peut tuer la terre " organisme vivant ", et de
ses conseils : étendre l'usage du compost de jardin à la
grande culture. R.Steiner s'est fait le défenseur de l'humus, des
apports de matière organiques, contre les engrais seulement minéraux,
il préconise de s'occuper de la terre, d'augmenter sa fécondité
au lieu d'apporter directement, à la plante, les trois minéraux
de base - pour l'agriculture moderne - : potassium, azote, phosphore appelés
NPK de leur désignation en chimie. L'agrobiologie considère
que les éléments de base sont au nombre de 28 ! Les engrais
chimiques ne nourrissent pas la terre mais directement la plante, la terre
devient alors un vague support qui doit se plier aux exigences de l'exploitant
( désignation bien choisie ) agricole, et poser le moins de problèmes
possible à la mécanisation ( grandes surfaces sans obstacles
sans haies, ni fossés, forets ni bosquets) à une productivité
toujours accrue ( si la terre s'épuise on augmente les doses d'engrais,
de pesticides), à la monoculture (dont les conséquences sont
principalement la disparition de la diversité génétique,
épuisement de la terre, déséquilibre avec sélection
des insectes et champignons nocifs.) Steiner et les agriculteurs " bios
" prennent en compte l'environnement des surfaces cultivées car
celui ci intervient dans la régulation du climat : les forêts
favorisent les pluies et la rosée, fixent les terres et limitent
l'érosion. Les haies, les rangées d'arbres protègent
du vent qui dessèche les terres, abritent les oiseaux qui se nourrissent
de limaces et autres nocifs. L'irrigation ou le drainage des terres influent
sur la richesse d'une terre. Toujours pour ne pas épuiser la terre
il faut pratiquer une rotation de diverses cultures sur une même
parcelle et sur une longue période de temps - au mieux une dizaine
d'années - en alternant céréale, engrais vert ( légumineuses,
crucifères, ) plantes cultivées pour leurs racines, leurs
feuilles, ou fruits. Si l'on s'occupe judicieusement de la terre , de l'équilibre
hydrologique, de la diversité des paysages, des cultures on aura
moins besoin de se confronter avec les ennemis des cultures ( nocifs, maladies,
sécheresse…) , suggèrent les agriculteurs " bios ".
On peut se demander pourquoi
ces éléments qui apparaissent comme du simple bon sens ont
été abandonnées depuis quelques décennies,
et ne semblent pas évidents à tous, encore maintenant. Peut
être justement parce que c'est du bon sens et non de la science,
parce que le rôle de l'homme y est plus passif- il observe et va
dans le sens de la nature - le scientifique, au contraire part du labo,
fait des hypothèses les vérifie au labo et les fait appliquer
directement par l'exploitant agricole. De plus la recherche scientifique
est orientée vers un but par ceux qui financent et dont l'objectif
est toujours le plus gros profit à très court terme. Contre
Steiner et les bios - agriculteurs on oppose le décryptage d' une
nostalgie du paradis , une vision du jardin d'Eden, les bios ne feraient
que rêver d'un jardin où tout tournerait, croîtrait
harmonieusement autour de l'homme, spontanément. Et si le paysan
intervient c'est avec des potions magiques qui nous rappellent plus les
alchimistes, les astrologues que l'homme moderne ( dynamisation par des
catalyseurs à doses homéopathiques, choix du moment pour
semer en fonction de la lune et des planètes etc…) On se demande
si ce fossé - entre agriculture chimique et biologique - creusé
à coup de concepts si opposés pourrait se combler. C'est
un peu ce que tente l'agriculture raisonnées. Il faut préciser
que l'agriculture biodynamique n'est, aujourd'hui, qu'une partie de l'agriculture
Bio. L'autre grande critique adressée aux agriculteurs bios est
leur plus faible rendement. Pourraient ils nourrir la planète ?
De toute façon actuellement on le pourrait et on ne le fait pas
! il y a toujours le même nombre d'affamés : près d'un
milliard ! Et les surplus de plus en plus importants provoquent des crises
dans les pays riches, crises agricoles qui chassent les petits paysans
ou leur font vivre de très dures conditions économiques..
Le soutient aux prix, les primes diverses rendent artificiellement bas
les prix à l'exportation de produits venant des pays riches vers
les pays pauvres, ils sont même moins chers que les produits locaux.
Allons poser toutes ces questions
à quelqu'un qui s'y confronte tous les jours.
INTERVIEW DE
CORINNE CAMPANT, agricultrice " bio " sur la commune d'Agde.
Le Chichois : Bonjour,
vous êtes très demandée (une interview dans le midi
libre, une conférence à Agde) par ces temps de vache folle
et de pollutions diverses. Depuis combien de temps êtes vous dans
l'agriculture Bio ?
C.Compan : Depuis
bientôt quatre ans je suis installée comme maraîchère
bio.
Le Chichois : Pouvez
vous nous décrire votre ferme ?
C.Compan : J'ai un terrain
de 8 hectares, sur lequel il y a une petite maison où j'habite
et un hangar pour les légumes et le matériel. Comme outil
motorisé j'ai un tracteur et deux motoculteurs. Ce n'est pas encore
une " ferme " , je fais seulement du maraîchage deplein champ sur
un hectare et j'ai des serres sur 100 m².
Le Chichois : C'est
déjà original d'être une femme " chef d'exploitation
agricole" - mais je crois qu'en bio on n'aime pas ce terme d' exploitation
", quel a été votre parcours professionnel ?
C.Compan : Je suis ingénieur
en technique agricole. J'ai été très surprise par
ces études, et j'avais décidé de travailler dans
le secteur agrobiologie.. J'ai d'abord travaillé dans le développement
du bio, je donnais des conseils à des agriculteurs bio, sans avoir
moi même eu de pratique. Ça n'allait pas. Le métier
de mes rêves aurait été biologiste dans un parc naturel.
Ça ne s'est pas fait , et dans mon champ aussi je peux aussi observer
la faune et la flore, par exemple la chenille qui mange mon chou ! Je
préfère le terrain qu'un bureau.. Au final ce que je fais
me plaît beaucoup, mais il faut vraiment travailler dur et je ne
suis pas payée cher pour le moment .
Le Chichois : Quatre
années, ce n'est pas encore très long, je suppose que vous
allez évoluer, vers quoi vous dirigez vous ?
C.Compan : Je veux rester
à même échelle de travail, et me diversifier : fruits,
petit élevage de poules pondeuses, développer une activité
de transformation : valoriser les pertes, les invendus, les surproductions
ponctuelles : par exemple faire des conserves de légumes. Je veux
arriver à créer une unité plus autonome produire
moi même le compost végétal, le fumier, avoir moins
d'intrants étrangers. Je veux tester si l'agriculture biologique
est viable sur le plan technique et économique. Si je peux " faire
avec " les divers ravageurs. Je ne pense pas m'en débarrasser complètement
- comme dans l'agriculture conventionnelle - mais trouver un équilibre,
je ne rêve pas, faire du maraîchage c'est introduire de l'artificiel
dans la nature, c'est déjà rompre un équilibre, mais
l'homme fait partie de la nature et il doit pouvoir s'y insérer,
trouver un équilibre entre ses besoins et ceux de la faune, des
bactéries , de la flore. Pour les ravageurs il y a des ruses pour
vivre en bonne entente avec, pour qu'ils ne mangent pas plus que leur
part ( en particulier qu'ils ne s'habituent pas et ne se développent
pas trop d'une année sur l'autre: faire des rotations dans les
cultures, diversifier la production, utiliser des plantes qui les repoussent,
l'utilisation du fumier de poule ou favoriser la venue de leurs prédateurs
naturels tels les oiseaux) Je veux tuer le minimum de vie, les campagnols
, les vers, les chenilles je ne veux pas les supprimer totalement, j'accepte
une part de perte, raisonnable !
Le Chichois : D'un
point de vue économique comment avez vous démarré
? et où en êtes vous ?
C.Compan : J'ai acheté
le terrain au prix fort, mais il y avait déjà un forage
et l'eau et l'électricité. J'ai tout emprunté, pour
le matériel et le hangar aussi, c'est très lourd à
rembourser. Aujourd'hui j'arrive à payer mes charges et il me reste
très peu pour vivre. Pour écouler ma production je fais
trois marchés ( Sète et béziers ) par semaine et
un peu de vente directe. L'été nous sommes 5 - dont plusieurs
travailleusr occasionnels, et les journées sont longues. J'espère
m'en sortir de mieux en mieux !
Le Chichois : Que reprochez
vous à l'agriculture conventionnelle ?
C.Compan : L'agriculture
conventionnelle ne pense qu'à la rentabilité immédiate.
L'exploitant n'a plus de rapport direct avec son champ, son bétail,
c'est étonnant mais c'est ainsi. Un seul homme peut suffire pour
exploiter 200 hectares de céréales, il ne descend jamais
de son tracteur pour observer vraiment sa terre ! De même un maraîcher
conventionnel est souvent spécialisé il cultive un ( ou
2 ) même légume sur des dizaines d'hectares, il utilise une
planteuse, une récolteuse, le désherbage est aussi chimique.
Leur rapport à la terre, à la vie qu'elle soit microbienne
ou faune ou flore devient un rapport de combat permanent, d'exclusion
de tout ce qui n'est pas utile immédiatement à l'homme.
L'exploitation agricole n'est plus considérée comme un ensemble
d'êtres rassemblés en écosystème et au sein
duquel l'homme doit s'insérer avec intelligence. Le paysan bio
veut, lui, avoir un autre regard, une autre conception de leur profession,
une tactique totalement différente L'exploitant en agriculture
conventionnelle ne s'occupe pas de la terre, mais uniquement de la récolte
- et encore que de la rentabilité. Si la fertilité de ses
terres baisse il emploiera plus d'engrais pour un même résultat,
si les ravageurs pullulent, comme cela ne peut manquer d'advenir en monoculture,
il mettra plus d'insecticides et si les insectes deviennent résistants
il emploiera une autre molécule plus forte, ou la génétique.
Les bios ont peur que cette démarche conventionnelle n'aboutisse
à la stérilisation de la terre, à l'empoisonnement
des nappes phréatiques et des rivières. En effet les quantités
d'engrais doivent être toujours importantes, car on considère
qu'au moins 50% seront lessivés par les pluies ( et iront donc
dans les eaux qui drainent les champs ), absorbés par les bactéries
( donc persisteront longtemps dans le sol) et n'iront pas nourrir la plante.
50% pour la plante, 50% pour la pollution ! Et souvent c'est pire. Le
langage employé en agriculture conventionnelle est significatif
d'un état d'esprit : tout doit rentrer dans une équation
mathématique qui donnera le meilleur rendement immédiat.
Tout est réifié, puis combiné abstraitement, on ne
connaît que les " outils de production " - sont ainsi désignés
: les animaux, la main d'œuvre humaine, la surface, le nombre d'arbres
fruitier, les motoculteurs, le bétail, etc.. - les génisses,
les taurillons sont réduits en UGB (unité de gros bovin)
il faudra par exemple deux ou trois taurillons pour équivaloir
à un UGB. Le regard que le paysan bio pose sur la nature autour
de lui est aux antipodes, pour lui le bétail dont il s'occupe est
avant tout composé d'êtres vivants ; La nature n'est pas
seulement là pour être exploitée par lui, il doit
y avoir réciprocité, le paysan doit conserver la richesse
de la terre. Le paysan bio n'exploite pas la terre, il reçoit d'elle
des cadeaux en quelque sorte ! La terre, les animaux lui offrent leurs
produits, en échange il veille à leur bien-être .
Le Chichois : Les exploitants
agricoles ont ils conscience de l'état de leurs terres, d'être
dans une impasse, ce qui les oblige à fuir en avant de plus en plus
vite ?
C.Compan : Pas tous
, mais ils sont de plus en plus nombreux à voir le danger, et à
- autant que possible - s'inspirer de la culture traditionnelle reprise
par les bios, tout en restant conventionnels . Certaines techniques de
l'agrobiologie peuvent aussi être utilisées dans l'agriculture
conventionnelle, dans les petites exploitations surtout : compostage et
recyclage des matières organiques, introduction des légumineuses
dans l'assolement, rotations des cultures, lutte biologique, engrais verts
etc… Mais la défense de la ferme comme petite unité autonome
( ce qui peut passer pour bien passéiste au moment où les
exploitations modernes se veulent ouvertes sur les marchés mondiaux
et sont de fait sous la dépendance de l'agroalimentaire internationale)
et la forte charge éthique de l'agrobiologie (respect de l'environnement,
rapport d'échange, de respect de la nature, souci social des agriculteurs,
adaptation au tiers monde pour en sauvegarder l'indépendance ..)
sont spécifique de la production bio .
Le Chichois : On parle
souvent de désertification de millions d'hectares de terre à
travers le monde. Qu'en est il ?
C.Compan: De très
bonnes terres ( la Beauce , par ex.) sont devenues de vieilles terres épuisées
en quelques décennies.
Le Chichois : Peut
on les régénérer ?
C.Compan : Malheureusement
non, c'est irréversible, tout au plus peut on les stabiliser dans
leur état présent, encore faudrait il reconnaître
leur épuisement pour y chercher remède ! Mais on pense toujours
qu'on n'a pas vraiment besoin de la terre, qu'il suffit de nourrir directement
la plante avec les trois composés de base plus quelques oligo-
éléments, à peu près comme à l'époque
de LIEBIG, au début du 19ème siècle (chimiste et
fondateur de la chimie des engrais minéraux) . Les paysans bios
apportent des amendements et des engrais organiques qui en premier nourrissent
la terre, entretiennent la vie en son sein, : les composts et fumiers.
Les engrais verts
Le Chichois : J'ai
entendu dire que parmi les produits autorisés , comme source de
phosphore, l'agrobio autorise les déchets d'abattoirs : os, sang
, cornes sous forme de farine animale !
C.Compan : C'est vrai
mais je n'en utilise pas, leur emploi est très limité, et
d'après le cahier des charges de l'agriculture biologique elles
doivent provenir d'animaux bio.
Le Chichois : la production
bio ne représente qu'1% des terres cultivées et de la consommation
en France. C'est peu. Certains pays européens sont beaucoup plus
engagés dans cette évolution, pourquoi ?
C.Compan : La Suisse,
l'Allemagne ont reçu des aides , des encouragements, ils sont soutenus
par une politique plus positive à leur égard. En Suisse 20%
des terres sont cultivées en bio !
Le Chichois: Le grand
problème du bio par rapport à l'agriculture chimique et mécanique
est la différence de rendement.
C.Compan Les rendements
sont effectivement inférieurs de 10 à 40%, surtout pour les
céréales, mais il y a beaucoup de terre en friche et actuellement
une surproduction. C'est une différence de gestion, de même
que l'alimentation bio ne revient pas plus cher si l'on change ses habitudes
alimentaires ( peu de viandes et plus de produits locaux qu'exotiques,
beaucoup de céréales , de légumes frais et secs).
NOTA ----- Corinne Campant
/ Ferme Les Nathaly's 04 67 21 20 20
Entretien
recueuillis par géronime Glasgow
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