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Le Journal d'Information de Sète et du Bassin de Thau sur le Net. N° 22 |

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> Histoire: A propos de débarquement.

 

Le 15 août 1944, avait lieu le débarquement en Provence. Moins connu, voire méconnu, que celui du 6 juin 1944, à l'instar de celui du 19 août 1942 à Dieppe (Seine Maritime - Haute Normandie), il constitue un moment fort de la fin des hostilités dans le conflit 1939-1945. Quel rapport avec Sète pensent déjà certains ? Tout simplement parce que Sète était pressenti comme port de débarquement en Méditerranée. Les habitants durent quitter la ville. Seuls durent rester un petit nombre dont la profession était indispensable à la vie locale : pharmaciens, docteurs, épiceries, etc. Finalement, ce débarquement eut lieu en Provence. Le 15 août dernier à Frontignan, un groupe d'hommes d'âge mûr, portant décorations, précédé de nombreux drapeaux, se dirige vers le monuments aux morts. Leur passage soulève de nombreuses interrogations parmi les badauds. Certains prétendent que ces hommes défilent…. Pour la Saint Louis, en l'honneur des jouteurs ! Bien sûr, le maître de cérémonie a démenti. Il s'agissait en fait d'honorer le débarquement du 15 août 1944 en Provence.

Moins célèbre que celui du 6 juin 1944 en Normandie, le débarquement de Provence n'a jamais eu la couverture médiatique qu'il devrait avoir. Souvenons nous ! Après Pearl Harbour (7 décembre 1941), malgré le désastre sanglant du débarquement canadien à Dieppe le 19 août 1942, les Américains ont été capables de préparer une force d'invasion. Sitôt les préparatifs clandestins de Cherchell (Algérie), les Américains ont débarqué le 8 novembre 1942 à Oran et au Maroc, tandis que les Britanniques, aidés des résistants locaux, prenaient position à Alger. Les Allemands ont réagi aussitôt en envahissant la zone libre en France, tandis que la flotte se sabordait à Toulon.

L'année 1942 a obligé le maréchal Rommel et l'Afrika Korps à battre en retraite devant les Britanniques et les Français libres. Jusqu'en mai 1943, l'armée française, renaissante, mal équipée, a, sous les ordres du général Juin pris une part victorieuse au combats sanglants et à la victoire en Tunisie. Ces actions ont encouragé les Américains qui équipèrent cette nouvelle armée -dénommée Armée d'Afrique - en matériel et armement. Les Américains et les Britanniques ont débarqué en Sicile en juillet 1943, provoquant la chute de Mussolinii. Aidés des Français, ils ont pris pied en Italie, dont les forces ont déposé les armes en septembre 1943. Dans le même temps, les patriotes corses se soulevaient, épaulés par le bataillon de choc, les tirailleurs et les tabors marocains. La Corse est devenue ainsi le premier département français libéré !

A la conférence du Caire en octobre 1943 et à celle de Téhéran en novembre de la même année, priorité fut donnée à l'opération Overlord, confiée à Eisenhower. Le meilleur appui à cette opération consistait à libérer un port et prendre en tenaille les forces allemandes du Sud-Ouest. Ce fut l'opération Anvil, rebaptisée Dragoon le 1er août 1944, confiée à la 7e armée US et à l'armée B du général de Lattre (appelée 1ere armée le 15 septembre 1944). Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, une opération préliminaire a été confiée à des forces spéciales américaines et françaises (commando d'Afrique et groupe naval d'assaut). En mer, les 2 000 bâtiments de l'amiral Hewitt ont appareillé de Farente, Brindisi, Oran, Bastia, Ajaccio, avec la participation de la marine française. Ainsi, le 15 août vit le débarquement " à l'américaine " avec l'expérience de Sicile, d'Italie, de Normandie. Du 15 au 20 août, les troupes US ont poursuivi leur progression tandis que la général de Lattre a obtenu l'autorisation d'attaquer vers l'ouest. L'armée B a attaqué Toulon dès le 20 août et, après des combats de haute lutte, en compagnie des Forces françaises de l''ntérieur (FFI), les Allemands ont capitulé le 28 août 1944. Dans le même temps, d'autres forces françaises ont attaqué les 17 000 hommes de la garnison allemande à Marseille. Aidés par les FFI locaux, là encore les Français ont également obtenu la reddition des Allemands ce même jour.

La rapidité de la victoire provençale a pris de cours les plannings américains qui n'avaient qu'une idée : assurer au plus vite la jonction avec l'armée US venue de Normandie et confier aux Français la garde des Alpes et du Sud-Est. Le général de Lattre " a interprété largement " les ordres reçus. Plus tard, il a réorganisé l'armée B en deux corps d'armée. le 1e s'est vu confier l'axe Besançon-Belfort, le 2e entrant à Lyon le 3 septembre 1944, entraînant les batailles d'Autun (8 et 9 septembre) et la prise de Dijon (11 septembre).

Tous ces combats se sont effectués avec une large participation des FFI. Jean de Lattre a amalgamé 150 000 d'entre eux aux 250 000 hommes de l'Armée d'Afrique qui réunissait les Gaullistes de la 1ere Division française libre, les Pieds Noirs, les tirailleurs marocains, tunisiens et algériens, les goumiers marocains, les évadés de France, les anciens de l'armée d'armistice et les chantiers de jeunesse. Cette armée a ainsi libéré près du tiers de la France. Au nom de la France, Jean de Lattre a signé, le 8 mai 1945 à Berlin, l'acte de capitulation de l'Allemagne. (sources " Rhin et Danube " 1944).

Si ce théâtre des opérations ne s'est pas déroulé, comme prévu, à Sète, la ville a payé un lourd tribut. Les témoins de cette époque se souviennent des bombardements alliés pour déloger les Allemands, avec son lot de blessés, de morts, de maisons éventrées. Plus tard, les Américains ont utilisé les structures du port de Sète pour débarquer leur matériel.

Edouard MARCEAU

L'Armée d'Afrique en chiffres

  • 1940/1942 Population musulmane en AFN (Algérie, Maroc, Tunisie) : 18 millions.
  • Appelés ou volontaires : 180 000 (1% de la population).
  • Population européenne en AFN (Algérie, Maroc, Tunisie) : 1 million.
  • Appelés ou volontaires : 168 000 (17%).
  • 1942/1945 L'armée française était essentiellement composée de troupes levées dans l'Europe particulièrement en AFN, soit près de 400 000 homes composés de 173 000 Tunisiens, Marocains, Algériens et Africains, 168 000 Français originaires d'AFN dit plus tard " Pieds Noirs ", 20 000 Français évadés de France ; 35 000 Corses (à partir de janvier 44). Pertes 40 000 tués dont 20 000 Européens et 20 000 non Européens (18% des effectifs) et 72 000 blessés. (source Armée d'Afrique 1942/45. Narbonne).

 

   
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