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Le
CHICHOIS
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Sciences
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A propos des nouveaux héros
de la science révolutionnaire ( roulement de tambour) de la reproduction et
autres merveilles de la technique . Approchez, approchez, venez applaudir le
spectacle !
Rappelons l'histoire :
Un couple de frère et sœur, chacun
d'eux célibataire et en âge d'être grand parents, ont conçu ensemble et avec
l'aide d'une donneuse d'ovules, un enfant dont le rôle sera principalement de
gérer leurs biens lorsqu'ils seront morts. On est partagé entre plusieurs
réactions : la franche rigolade, la compassion pour le pauvre enfant, et en même
temps cette histoire a un coté mythique si ce n'est qu'ils n'ont pu freiner pour
s'arrêter au symbolique, ils ont dérapé et sont venus s'encastrer dans le
réel. On peut aussi être
admiratifs : Super !
l'inceste sans attouchements incestueux et même sans trop de consanguinité !
quel progrès ! quelle merveilleuse époque et c'est plus un " progrès " des
mentalités que des techniques (et encore moins un progrès de la science et peut
être un niveau zéro pour la pensée) . En effet le niveau de technicité est juste
celui de l'insémination artificielle, celle pratiquée pour le bétail, plus une
fécondation in vitro, rien qu'on ne pratiqua déjà couramment il y a quelques
dizaines d'années, Mais
pour que cette héroïque transgression des interdits soit franchie il a fallu une
longue maturation des mentalités !( et physique pour la mère, puisqu'elle a
62ans !) Ne jouons pas les naïfs dans les familles " normales ", archaïquement
naturelles, se pratiquent aussi les mariages et les naissances destinées
uniquement à perpétuer le lignage et garder les biens matériels, généralement
pour le plus grand malheur psychique des descendants. Alors qu'y a t il de plus
ou de moins dans le cas de la mamie inséminée par le sperme de son frère avec
l'utilisation d'un ovule acheté - et dont la propriétaire ne compte en aucune
façon ? L'enfermement y
est poussé d'un cran, il n'y a même pas à faire l'effort de la moindre exogamie,
la plus petite tentative vers l'autre, et grâce au clonage on pourra aller
encore plus loin dans la reproduction du même, dans la peur de l'extérieur, du
différent, dans le recul - refuge vers une reproduction amibienne !
Nous qui avions cru comprendre -
en suivant Lévi- Strauss , et bien d'autres - que l'interdit de l'inceste, plus
qu'un interdit est une obligation à aller voir hors de la tribu , à échanger des
biens et des liens… et bien nous n'étions pas du tout tendance ! le monde avait
du évoluer sans nous. La
possibilité du clonage est plus du domaine du rêve, de la propagande que de la
réalité, de même que les thérapies géniques. Cependant il met, déjà, en évidence
des changements et des résistances dans les représentations sociales.
Regardons, plus
largement, sur quoi repose la polémique à propos du rôle de l'éthique dans
l'application des biotechnologies ? Comment s'expose t elle, à l'aide de quels
concepts ? La première
constatation est que cette polémique déclenchée par les progrès et surtout les
projets des biotechniciens, oblige à préciser, redéfinir, même à forger de
nouveaux concepts . Les évidences ou le flou artistique sur lesquels étaient
confortablement assis notre idée de l'humain, de ses buts, de sa place dans le
monde devront être amenés à la lumière, confrontés, peut être abandonnés dans
cette confrontation.
Risquons nous,
successivement, en compagnie des concepts phares dans cette polémique : la
dignité humaine, l'humanité, l'espèce humaine, liberté et déterminisme, la vie
en ce qu'elle a de sacré ou au contraire d'identique au monde inorganique,
l'individu et l'autonomie, la définition de l'embryon à partir de quand est il
une personne potentielle, et surtout quel est le propre de l'homme, sa place
dans le monde, son essence - en a t il une ? - son " bien " son bonheur ? la
responsabilité.
La dignité humaine ,
l'humanité et l'espèce humaine. La dignité humaine et le concept d'humanité,
sont des catégories juridiques récentes. L'autorisation du clonage humain se heurte à
ces deux notions et à une encore plus récente dans le droit: celle d'espèce
humaine dans sa globalité. La dignité humaine n'a pas de
définition positive lorsqu'elle est donnée par le législateur, il énumère
seulement les conditions qui l'empêche , les interdits : esclavage, torture . On
essaye de la définir comme "l'irréductible humain " , faisant intégralement
parti du " processus d'hominisation ", sans en dire plus. La dignité humaine se
différencie, fait face à la vie biologique. Le droit à la dignité humaine et son
obligation de respect de chacun face aux autres ne souffre aucune dérogation
quelques soient les conditions, alors que l'interdit de meurtre - qui protège la
vie biologique - permet, lui, quelques dérogations ( guerre, légitime défense
). C'est parce que le
clonage est perçu comme une tentative d'instrumentalisation de l'être humain (il
est transformé en instrument, en simple moyen, pour servir le projet d'un autre)
et donc une forme d'esclavage que l'on craint une menace pour la dignité
humaine. Dans les pays
anglo-saxons, les principes, dans leur universalité, pèsent moins que les
notions de plaisir et de peine attachées aux conséquences des actions (le Frère
et la sœur allés bricoler leur rocambolesque reproduction aux USA). C'est cette
opposition philosophique qui a donné lieu à des interventions intempestives de
la part de certains savants Anglais ou Américains, et non des moindres, ainsi
pour L.Wolper la dignité humaine est " une ânerie … une ineptie " .
Le pragmatisme anglo-saxon
n'oppose pas clonage et dignité humaine d'une façon générale, abstraite, il
cherche une réponse cas par cas, la seule question est : y aura t il, dans tel
cas, amélioration des conditions de vie ? oubliant de dire ce qu'est cette
amélioration et quelles peuvent en être les conséquences pour le reste de
l'humanité, ou simplement les proches . Le domaine de la raison universelle se
trouve ébranlée par un sentimentalisme individuel. Le clonage pourra toujours
trouver une justification sentimentale : maladie ou perte d'un enfant. Mais le
dilemme ne peut être solutionné aussi facilement, ainsi si une famille veut
faire cloner un enfant mort on peut dire que cette famille sera consolée et donc
souffrira moins mais à quel prix pour l'enfant à naître ! et même pour
l'évolution de ces parents là. Peut on légiférer au cas par cas ?
N'est ce pas une contradiction
dans les termes ? Comment va t on choisir les cas relevant du clonage de ceux
qui en seront privés ? L'instrumentation de l'être humain, dont il
est question en opposition à la dignité humaine, transforme le sujet humain en
chose servant une finalité autre que la sienne propre. Il en va ainsi dans
l'esclavage et dans la torture qui brise par la force la liberté d'auto
détermination de l'être humain, et aussi dans une programmation du génome d'un
être humain. Cependant on peut se demander en quoi la liberté a besoin de
l'indétermination génétique, soupçonnant l'insistance d'un vieux problème
philosophique : " liberté et déterminisme ", alors que des notions - venant des
sciences dures - transforment, maintenant, cette opposition en complémentarité .
En quoi le hasard est il le fondement de la liberté ? Et de toute façon les
parent n'ont ils pas toujours un projet sur leur enfant - projet toujours plus
ou moins névrotique et enfermant ? De plus le génotype ( le codage génétique)
sera choisi - ce qui ne veut pas dire que le phénotype ( l'être réalisé) sera le
même, ainsi les vrais jumeaux ne sont pas totalement identiques, mais si cela
est vrai pour des détails dépendants de l'interférence avec des circonstances
extérieures, au regard des autres c'est l'identité qui est vue et
renvoyée. La Commission
Consultative Nationale d'Ethique (CCNE) déclare " une telle tentative de
reproduction à l'identique d'êtres humains dont le génome dépendrait non plus de
la loterie de l'hérédité mais d'une volonté extérieure porterait gravement
atteinte à l'indispensable indétermination originaire " La loterie comme
soubassement de la liberté ? oui car elle fait échapper aux normes humaines, à
la toute puissance humaine, car elle permet qu'émerge du totalement nouveau, des
solutions proprement inespérées, elle permet que chaque être soit un secret, un
mystère à soi même et aux autres. La loterie préférée à la raison technicienne
met en évidence la méfiance, de certains envers la toute puissance humaine et
cette méfiance contrarie les fans des biotechnologies qui prétendent,
réellement, remplacer Dieu ou la nature pour guider l'évolution de la
vie. Dans les lois
bioéthiques, le code pénal sépare la protection de l'espèce humaine ( crime
d'eugénisme reconnus en 94) de la protection de l'humanité ( procès de Nuremberg
en 45, inscrit dans les lois en 92). Avec les droits de l'homme puis du crime
contre l'humanité, la notion d'humanité prend une signification éthique et
juridique. La CCNE, dans
les lois de bioéthique de 1994 à l'article 16 - 4 précise que " nul ne peut
porter atteinte à l 'intégrité de l'espèce humaine. Toute pratique eugénique
tendant à l'organisation de la sélection des personnes est interdite " C'est
la première fois que l'on doit se soucier de l'espèce dans son ensemble, du
point de vue de l'éthique. Le conseil constitutionnel Français, saisi
de la loi sur le respect du corps humain et de celle sur la Procréation
Médicalement Assistée ( PMA) avait proclamé à cette
occasion que la " sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre
toute forme d'asservissement et de dégradation est un principe à valeur
constitutionnelle. " Ces formulations sont un peu abstraites.
Qu'en est il de cette dignité plus sacrée que la vie même ? Pourquoi devons nous
songer à protéger l'espèce humaine ? Parce que les réponses à ces questions ne
sont pas - ou plus - intuitivement évidentes, ni raisonnablement démontrées pour
tous, ou encore trop nouvelles, il serait bon d'y aller voir de plus
près. De se demander sur
quel axiome reposent ces théories qui veulent imposer un droit de regard de l'
éthique sur la science ? Des théories qui visent à maintenir la suprématie des
idées générales - Humanité, dignité humaine - sur nos désirs et droits
individuels, n'est ce pas un peu désuet ? Cela sent un peu sa métaphysique ! Et
de fait, à coté des contestataires de profession, des écologistes de tous poils
nous trouvons beaucoup de Chrétiens. Ellul, H.Jonas, pour ne citer que les plus
connus, les plus prolixes, mais aussi nombre des membres des diverses
commissions d'éthique, sans parler des groupements de catholiques et du pape, se
fondant sur une essence humaine supérieure à toute créature et toute nature
s'opposent radicalement à la conception matérialiste et scientifique pour
laquelle la vie n'est qu'un cas particulier de la physique et de la chimie
inorganique, et l'humain de plus en plus indifférencié des autres primates. Et
pourtant n'est ce pas sur les prétextes Chrétiens d'aide aux plus démunis -
malades, affamés - que s'institue la domestication totale de nos vies par une
certaine économie qui emploi les biotechniciens ? Métaphysique contre
sensibilité débilitante ! Le pape contre loft story, n'y a t il pas
d'autres voies ? Et
pourtant n'est ce pas aussi sur l'idée d'un homme plus fort que la nature,
dominant toutes les espèces que se basent les Prométhées modernes, plus forts
que les dieux même, ils sont nommés pour aider, dynamiser l'évolution de la vie,
de la planète ! Le Dieu fait homme rejoint, dépassé par l'homme divinisé dans et
par ses pouvoirs. Que nous
dit H.Jonas, le père du principe de précaution, et catholique ? La philosophie s'est jusque là intéressée à
l'action des humains entre eux et non au rapport de l'homme et de la nature, à
l'homme en tant que force agissant au sein de la nature . L'homme d'un coté est
un être naturel, d'un autre coté il la dépasse . La nouveauté de la
problèmatique de notre époque est de savoir penser la responsabilité vis à vis
de l'espèce et de la nature toute entière. Et cela parce que le pouvoir de
l'homme est immense, sa responsabilité est en proportion, mais nous ne pouvons
exercer une puissance accrue que si le pouvoir de prévision est augmenté, ce qui
n'est pas le cas. Responsabilité et liberté sont
complémentaires. L'homme est responsable parce qu'il est libre. Il est
responsable de la protection de l'espèce humaine telle qu'elle est et devra être
dans le futur car elle a une valeur très particulière dans le monde. L'autre
tache est de dire ce qu'est le bien de l'homme, ce que l'homme doit être mais
aussi ce qu'il n'a pas le droit d'être, ce qui l'amoindrit et le
défigure. 
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