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Poesie
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Les trois premiers
textes que nous vous proposons aujourd'hui ont été écrit par Rosanna Primon,
Anne-Marie Carrion et Gilbert Fourcaud
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ATTENDRE
Attendre
l'éclosion des fleurs blanches du
cerisier.
Attendre
que les figures d'une danse deviennent les
gestes de tous les jours.
Attendre
et respirer.
Rosanna Primon
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CHANTER
Les mois d'été passés à la
baraquette étaient l'occasion de concerts quotidiens, les choristes n'étant
jamais les mêmes suivant les moments de la journée.
Première chorale : à mon réveil, le chant des oiseaux, léger et
joyeux m'invitait à me lever.
Plus
tard, dans la matinée, sous le soleil qui commençait à chauffer, cachée parmi
les hautes herbes du jardin, j'écoutais " l'hymne au travail " interprété par la
chorale des insectes dont le bourdonnement venait troubler la quiétude qui
régnait alors.
Ensuite, lorsque la chaleur devenait insupportable et que le
moment de la sieste était venu, le chant des cigales me berçait à l'ombre des
grands pins, apportant la sérénité propice au repos.
Enfin,
le soir, dernier concert : installée sur la terrasse, mes yeux scrutant le ciel
pour ne pas rater les étoiles filantes qui devaient embellir ma vie grâce aux
voeux que je formulais dès que j'en apercevais, j'écoutais une petite musique de
nuit jouée par les grenouilles et crapauds qui chantaient en
canon.
Outre
le fait qu'issue d'une famille italienne douée pour le BEL CANTO, il ne fut pas
étonnant qu'à mon tour, bien plus tard, j'eus envie de donner de la voix dans
une chorale.
J'étais, dirions-nous, comme conditionnée.
Anne-Marie Carrion
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ENTRE LA LAMPE ET L'AUBE
Tout le drame était
construit pour mal se terminer. Et puis coïncidence ou non, miracle ou savoir
faire, volonté de tous les acteurs de défendre leurs rôles jusqu'au tomber de
rideau...Tout s'arrange et le scénario tourne court. Une nuit taraudée de
sanglots et de suffocations avorte sur un dénouement inespéré...Le malade est
sauvé. Et les soupirs affectent des mines de muets applaudissements.
La réputation d'un médecin se joue, ainsi,
sur le bon plaisir du destin. Le docteur Lebon en profite furtivement et, sans
se faire trop d'illusions, accepte machinalement les compliments avant de se
retrouver sur la chaussée.
Epuisé à la limite de toute pensée il se
laisse porter par l'haleine du quai. A la saumure se mélangent le goudron, le
pain à peine sorti du fournil et cette onde d'immensité parvenue du présumé
levant. Quelques maigres lampadaires cherchent leurs échos sur le luisant de la
rue, abandonnée comme un décor livré aux mystères de la coulisse. Un chalutier
tousse dans la brume. Un train lointain essaie de raturer le clapotis du grand
canal. La ville renacle à l'éveil comme l'enfant encore accroché à la tiédeur de
la couette.
Le médecin avance au ralenti dans un temps
suspendu, qui dilue la fatigue comme si une autre journée n'allait pas s'élever
contre tout répit. La cire de son masque fond comme un maquillage. Il se sent
léger, soulagé de s'être débarassé du déguisement qui cachait le vieil enfant,
avide d'enchantement.
Il s'arrête et pousse la porte du bistrot
qui vient de s'ouvrir et d'installer ses tables pour accueillir les préparatifs
du marché. Premier client et dernier noctambule, il se pose près du comptoir. Il
frissonne sans avoir vraiment froid, s'étire et baille sans éprouver l'envie de
se recoucher. Le projet de rentrer à la maison s'efface spontanément devant
celui de jouir de sa rare disponibilité. Le tenancier tout à son ménage a autre
chose à faire que de le reconnaître, mal coiffé, pas rasé, le col et les manches
de son pyjama dépassant d'un blouson enfilé, à la diable, dans
l'obscurité.
Dans l'arôme du café bien serré et
religieusement humé méandrent les idées vagues et buissonnières. Leur petite
musique s'insinue pour dérégler, subrepticement, la mesure du temps.
Et notre bon Lebon réentend, surgie des
brumes de sa mémoire une repartie de son ami et concitoyen Paul Valéry, " maître
cervau sur son homme perché. " - " Votre cervelle, docteur, est un bouillon de
culture pour les points d'interrogation. "
Des points d'interrogation qui palpitent,
secouent leurs ailes avant de s'envoler et de s'ébattre dans une brise de
lumineuse liberté.
Et l'homme échoué au café de la paix, le
regard miraculé, en oublie de s'avouer qu'il a bien mérité cet instant.
En hommage à
Philippe DELERM. Gilbert
Fourcaud

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