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Poesie .  

 Les trois textes que nous vous proposons aujourd'hui ont été écrit par Christiane M., Monique Bouhey et Philippe. :

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Soir d'été ou d'hiver, de printemps ou d'automne, ma main frêle et douce dans sa main rêche et marquée par les travaux, j'allais dans ces ruelles sinueuses, poussiéreuses - un " pain de sucre " dans ma main, des " Favorites " dans la sienne - rituellement le lundi ou le vendredi goûter aux plaisirs culinaires de ce pays lointain qui m'a vue naître.

Accueillies dans ce coin de terre simple et dépourvu d'apparats où seul le nécessaire meuble l'existence, j'allais imprégnée d'une hospitalité qu'on ne trouve que dans ce pays-là. Accueillie en " petite princesse " car étrangère, nous nous attablions, assises à terre, jambes croisées autour d'un plat unique. De nos mains, lavées des impuretés du jour, nous dégustions ce mets délicieux concocté par l'hôtesse : couscous, tajine...

J'en garde encore le goût sur mes lèvres et le souvenir brûlant de ces escapades nocturnes à deux me revient en mémoire. C'était hier...J'avais dix ans... Elle, est au crépuscule de sa vie...

Hommage à ma nounou. Christiane M.

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PLAISIR NOCTURNE

Sortir de l'ombre, doucement, indéfiniment. S'étirer jusqu'à la cassure. Caresser la trame fraîche. S'étaler comme une étoile de mer sur la froidure de la zone abandonnée. Puis régénérée se replier, s'encoconner, s'échauffer sous la moiteure de l'édredon, laisser filtrer entre les paupières la sombre lumière ou selon les nuits écarquiller les yeux sur le grand rideau noir pour s'assurer qu'encore rien ne bouge.

Laisser flotter l'esprit dans ce temps inhabité, où rien n'impose, rien ne s'impose. Ne rien faire qu' appréhender son corps dans tant de douceur où rien n'agresse comme aux premiers jours dans l'aquatique repaire.

Et puis délice des délices après cet instant de conscience réintégrer le gouffre sombre, comme le plongeur caoutchouté et savoir que le voyage n'est pas encore terminé.

Pour ce moment magique je dois l'avouer j'ai réveillé la maisonnée à cinq heures comme tous les matins.

Monique Bouhey

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Qui désire récolter des larmes n'a qu'à semer de l'amour . Beethoven

Celui qui ne pleurait pas.

Neuf ans, troisième rejeton d'une famille "méritante", bon élève, une facilité qu'il ne mesure pas, le Maître a tranché, il sera l'élu. En septembre, il rejoindra la classe de sixième classique au lycée voisin.

Les parents respectent la décision de l'instituteur, on obtient bourse et complément de bourse d'une fondation locale, il peut partir.

L'enfant est heureux ici, pourquoi ne le serait-il pas là-bas, pour son bien, en ville, en pension. La rentrée : un dimanche, on l'accompagne, l'installe, l'embrasse, le quitte. Pas de larmes, dans son milieu on ne pleure pas, cependant il imagine sa mère se laissant quelque peu aller sur le chemin du retour. Cela lui procure un peu de plaisir.

Cette première nuit parmi cinquante autres élèves il s'endort au rythme des pas du pion, mais plus encore étourdi par l'événement dont il ne mesurera la dimension que beaucoup plus tard.

Dans la semaine qui suit, on lui imprime des habitudes, des règles à observer, ce qu'il accepte apparemment avec insouciance.

Le premier samedi, alors qu'il ne rentre chez lui que tous les quinze jours, dans l'immense cour de récréation quasi déserte, il reste près d'un camarade qui pleure abondamment, régulièrement, sans heurts. Ce spectacle lui fait plaisir.

Cependant, le soir venu, il écrit sa première lettre à sa mère l'informant qu'il sera toujours là pour lui faire des piqûres afin qu'elle ne meure jamais.

Les semaines passsent, il promène son innocence parmi les 1200 élèves, repousse les attaques nocturnes, obtient les résultats qu'on attend de lui.

Un lundi matin, sa merveilleuse professeur de latin et de grec le retient après le cours, elle l'entretient de sa prestation en récitation latine ("vaca, capella, ovis et leo"), lui offre un pot de marmelade d'orange de sa fabrication, effleure son visage d'un geste furtif et le libère.

Ce soir-là, avant de fermer les yeux, il pense à cette femme qu'il aime, aux femmes qu'il aimera puis verse quelques larmes et cela lui fait plaisir.

Philippe.

 

 

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