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Poesie
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Remit en mémoire un prix littéraire inconnu dans votre région, prix que j'ai eu
l'honneur de remporter en 1968. En voici l'histoire.
Un matin, dans le
journal régional "L'Union", je découvris une annonce ainsi libellée : "Concours
de poésie". Taquinant la muse à mes heures, je fus d'abord intéressé puis
subjugué par la suite de l'article. Le premier prix était une andouille ! Le
poème devait être fait à la gloire de l'andouille, écrit sur du papier
sulfurisé, spécial charcutier, et adressé au "Grand Dépendeur d'Andouilles".
J'étais enthousiasmé par ce concours sans prétention, sans prix excessivement
élevé, et où transperçait l'humour au premier degré.
A qui adresser le texte
? …à la "Confrérie des Taste-Andouilles" du Val d'Ajol, dans les Vosges qui,
l'année précédente, avait fait renaître une tradition ancestrale, la foire aux
andouilles, et avait créé ce prix littéraire appelé pompeusement "Prix Goncourt
de la charcuterie". C'est ainsi que j'envoyai un texte appelé "Ode à Elle" et
que je fus lauréat de ce second Goncourt de la charcuterie.
Je fus donc invité à
aller chercher mon prix qui me serait décerné le jour de la foire aux
andouilles, le 2ème lundi de février, au Val d'Ajol.
L'histoire pourrait
s'arrêter là si ce "Goncourt" n'avait provoqué un quiproquo assez réjouissant.
Pour aller dans les
Vosges, il fallait être libre. Or, étant enseignant, j'avais des vacances en
février mais pas la 2ème semaine. Mon épouse suggéra que je fasse une demande de
congé exceptionnel et se chargea des démarches auprès de l'inspection. Elle
exposa le cas à la secrétaire qui transmit l'information à l'inspectrice,
parlant de Goncourt mais oubliant la suite…"de la charcuterie".
Le lendemain, un appel
téléphonique de mon inspectrice m'apporta son étonnement, sa surprise, ses
félicitations pour cette réussite, sans me laisser la possibilité de
m'expliquer. Enfin, entre deux respirations de ma supérieure, je réussis à
glisser : " Merci, Madame l'Inspectrice, mais… c'est le prix Goncourt de la
charcuterie. " Quelle tête fit-elle ? Je ne l'ai jamais su, mais la conversation
s'est arrêtée net, me renvoyant à mon tableau. Inutile de dire que je n'ai pas
obtenu l'autorisation de m'absenter.
Une surprise m'attendait
le fameux deuxième lundi de février. J'eus droit à une inspection - surprise de
ma supérieure. Peut-être craignait-elle que je fasse l'andouille en allant au
Val d'Ajol ce jour-là ? Avoir une tête de cochon, d'accord, mais pas à n'importe
quel prix !
"L'Ode à Elle…"
C'est l'"Ode à
Elle", qui a valu à M. Pierre STEPHAN, rue du Chemin vert à Braine (Aisne)
de se voir proclamer lauréat du second "Goncourt de la Charcuterie".
Toi qui n'a pas besoin
de voiles pour parer ta nudité
Toi ; si tendre, si
capiteuse, si veloutée…
Mais déjà l'eau me
vient à la bouche
En pensant à notre
dernier bouche à bouche.
Nul secret pour ta
naissance
Que depuis toujours
chaque gourmet encense
Car, si l'enfant est
issu du sein de sa mère
Le sein du noble porc
est ton père.
Mais où te trouver,
maîtresse de mon palais
Mollement étendue, si
bien épicée par tes valets
Aussi délicieuse en ta
chaleur
Qu'excitante dans ta
froideur Pitié !
Un bout de toi est me
voilà ravi
Déjà tout mon être te
crie : " Merci ! "
Tous mes sens d'un
coup batifolent
Et je cherche, avide,
car tu m'affoles
Mais c'en est fait Je
vais être satisfait
Nul besoin de courir
après la succulente
J'aperçois déjà sa
silhouette aux formes promettantes
Car, pour mon petit
ventre que je cajole
Ah ! Jolie
andouillette dont je raffole
Toi, la reine : tu es
du Val d'Ajol.
Le lauréat, âgé de 38
ans, est professeur de sciences au CEG de Braine. Père de six enfants, il avait
abandonné la poésie à l'âge de 15 ans. Il avait, hier, délégué son épouse au Val
d'Ajol pour recevoir prix et diplôme. 
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