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Philosophie
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La grande
secte
Il y eu un temps lointain où les brevets n'existaient que pour
protéger les inventions industrielles, puis vint le temps " civilisé ", le
notre, à partir du 20ème siècle, où enfin les plus aptes, comme diraient les
Darwiniens pur jus, purent s'approprier les règnes animaux, végétaux, humain
grâce à l'exclusivité de leurs brevets. Il fut d'abord accorder des brevets aux
" obtenteurs " de lignées végétales distinctes, stables, homogènes ( par
sélection classique), puis les brevets couvrirent tous les êtres vivants grâce à
la découverte de tel ou tel gène ou à la modification, au rajout d'un autre
gène. Comme les plus aptes et les plus civilisés étaient aussi les plus
généreux ils acceptèrent de vendre leurs " inventions " de matériaux vivants,
les plus rentables exclusivement, sur les autels de leurs divinités c'est à dire
sur les marchés solvables. Les plus aptes de la secte des marchés solvables
inventèrent les semences certifiées et le tournant de leur gloire advint
lorsqu'ils osèrent mettre au point des semences stériles imposant au petit
peuple paysan de racheter chaque année leurs semences, et rien que leurs
semences puisque le catalogue officiel des semences commercialisables ne
contenait presque exclusivement que leurs semences, les autres étant interdites
à la vente. Les sectateurs des marchés, aussi appelés les Prométhéens, ou les
descendants des lumières dont ils réclamaient l'exclusive filiation, ou encore
les civilisés, voulurent enlever au petit peuple crédule ses croyances
archaïques. Lorsque le petit peuple voulait quitter la secte, ils l'accusèrent
de vandalisme, d'obscurantisme . Le petit peuple ne voyait il pas qu'il n'y
avait plus de dehors où sortir ? Les héros civilisateurs étaient à l'œuvre pour réinventer le monde à
leur mesure selon leur vérité, selon leur unique sens du Beau et du Bien. Grâce
au génie génétique ils allaient changer, accélérer l'évolution et apposer leur
sceau sur tous les gènes, sur les micro, les macro organismes, les plantes,
particulièrement celles jusqu'alors connues et utilisées par des peuple si
primitifs qu'ils n'avaient pas même eu l'idée de les rentabiliser, les breveter,
les vendre, enfin d'honorer les marchés en les immolant en sacrifices. Mécréant
petit peuple ! La croyance dans les hybrides avaient sélectionné les héros les plus
aptes " les grands semenciers ", ils s'allièrent aux titans de la pétrochimie -
fabriquants des engrais et produits phyto sanitaires pour faire pression sur les
paysans décidément récalcitrant - ne vendant les produits phytosanitaires qu'à
ceux qui achetaient les semences. Ces super géants s'allièrent, absorbèrent les
cyclopes de la grande distribution pour fixer les prix. Ils volaient tels des
Ptérodactyles planant sur les vents de la bourse au dessus des états, ils
avaient transcendé les nations, les héros étaient redevenus universels, en fait
simplement apatrides, ils pouvaient tout utiliser : la main d'œuvre bon marché
en asie, les marchés solvables en occident, et lorsqu'ils seront saturés ceux
des pays émergents, les matières premières en Afrique, l'absence de législation
fiscale de quelques petits pays, les prix mondiaux qu'ils décidaient et que les
autres devaient suivre etc..
Enfin, bientôt, plus rien ne bougera, plus rien ne se reproduira
la vie sera enfin civilisé. Tout sera réduit à la célébration des rites de la secte, le langage lui
même ne comportera plus que quelques mots :produire, consommer, vendre,
profit.
Quelques chiffres et quelques faits pour illustrer cette
merveilleuse saga des héros civilisateurs de la secte des
marchés. -- A propos des semences. Les semences des céréales et celles du
maïs : Les premiers semenciers - au 19ème sc. - que l'on appelait " obtenteurs "
sélectionnaient les meilleurs variétés et les plus stables. Pour les céréales -
blé, orge, avoine - ils réussirent en sélectionnant des lignées pures -
consanguines. Dans la nature, spontanément la fécondation a lieu au hasard -
soit autofécondation, soit fécondation avec un autre pied de céréale -- et les
variétés se mélangeant les caractères ne sont pas très stables ni homogènes, en
tout cas moins que dans les lignées pures des obtenteurs. De plus les lignées
pures de céréales, qui ont sensiblement le même génome, se reproduisent sans
pertes de rendement relativement aux plantes qui existaient avant ( depuis des
milliers d'années, produites par le travail empirique des
cultivateurs). En ce qui concerne le maïs la situation est différente. Spontanément,
blé, orge et avoine, qui portent des fleurs mâles et femelles très rapprochées
ont tendance à s'autoféconder. Il n'en est pas de même pour le maïs chez qui les
fleurs mâles et femelles sont plus éloignées. Le maïs est donc plus
naturellement hybride, et les lignées pures sont marquées par une baisse de
rendement (en plus d'une baisse de la biodiversité), deux généticiens Américains
eurent l'idée de croiser deux lignées. Leur croisement à la première génération
donne une semence fixée mais dont le rendement à la génération suivante est
mauvais, le cultivateur est donc obligé de racheter la semence chaque
année. En 1922 Henry Cantwell Wallace, Ministre de l'Agriculture des USA,
imposa aux sélectionneurs U.S. de maïs, la technique des hybrides, son fils
Henry A. Wallace fonda " Pioneer " société qui devint le plus grand producteur
de semences de maïs du monde et qui vient d'être achetée par Dupont pour 10
milliards de dollars.
Vers la fin des années 50 les semenciers voulurent contrôler
davantage les semences et protéger leurs découvertes. En 1961 fut signée à Paris
la convention de l'UPOV (Union pour la Protection des Obtentions Végétales).qui
n'interdisait pas les semences fermières mais réduisait le droit ancestral de
l'agriculteur à une dérogation du droit de l'obtenteur
!
Sur les dizaines de milliers de plantes comestibles que recèle le
monde végétal, seulement trois mille d'entre elles ont été utilisées dans
l'histoire de l'humanité. Sur ce nombre, seulement 150 espèces sont inscrites au
registre du commerce international. Actuellement, une trentaine de ces 150
pourvoient à plus de 90% des ressources alimentaires de l' humanité : les
céréales, légumineuses, tubercules (pomme de terre etc), les fruitiers et
quelques plantes oléagineuses et sucrières. L'UPOV a été crée pour promouvoir et
coordonner les législations du monde relatives aux brevets sur les nouvelles
variétés de plantes potagères, céréalières, fourragères et arbres
fruitiers. L'Angleterre devint membre après avoir promulgué le 1er juillet 1973 le
" Seeds Regulation " interdisant à la vente toute variété de plante non inscrite
sur " le catalogue commun " de la Communauté Européenne . Des
associations de jardiniers biologiques s'opposèrent aux brevets végétaux, mais
en vain ou trop tard : quand ils eurent enfin réuni les fonds nécessaires, la
plupart des variétés potagères qu'ils espéraient sauver avaient
disparu. Pour donner un exemple de cette désertification de l'agriculture
mondiale, en juillet 1980, lorsque la législation sur " la protection des
obtentions végétales " prit pleinement son effet, 2126 espèces potagères
devinrent illégales à la vente. Ainsi, 80% des variétés potagères
disparurent des catalogues. On prévoyait en 1991 que plus des ¾ des variétés
de légumes cultivés en Europe auraient disparu à cause de la législation des
brevets. Par exemple, le National Seed Storage Laboratory, une banque de
gènes gérée par le gouvernement des USA, avoue ne plus conserver que 3% de
toutes les variétés potagères qui étaient disponibles sur les catalogues
américains des années 1901-1902. Les semenciers se sont concentré, la profession devenant fort lucrative,
ils furent rachetés par les transnationales de la pétro chimie (40% de la
production mondiale appartient à 10 transnationales ( aventis, Monsanto, Dupont,
Novartis, Limagrain) Limagrain est devenu le 1er producteur de semences
Européen. Limagrain a de nombreuses filiales et plusieurs laboratoires de
biotechnologies et pratique le lobbying intensif à Bruxelles pour faire
assouplir la réglementation en matière de variétés
transgéniques.
Y A T IL UNE
SORTIE DE LA GRANDE SECTE ? L'explosion continue de la démographie et son corollaire la famine,
laquelle ne pouvant être traités que par les OGM.
Le développement du nucléaire.
L' incessante progression technique, oublieuse de ses déchets à
progression elle aussi exponentielle.
L'évolution économique vers une
mondialisation libérale.
Toutes ces
évolutions sont présentées, aujourd'hui, comme inéluctables, incontournables
selon l'expression à la mode.. Le discours libéral
enclos notre monde, sans brèche aucune. Ceux qui portent ce discours sont
estampillés : sérieux, responsables, productifs, réalistes, rigoureux,
progressistes, A l'opposé ceux qui
tentent d'articuler une autre position ne sont que des barbares rétrogrades, des
primitifs peureux, des simplets laissés pour compte par la comète " Raison ",
des imbéciles qui n'ont pas les outils conceptuels pour se faire une place dans
notre glorieuse civilisation, pour résumer : des rigolos sans connaissance. Il
est difficile d'exposer une véritable controverse, de sortir de l'impasse des
jugements à l'emporte pièce, plus émotifs que rationnels, et bizarrement ce sont
ceux qui s'appuient sur LA science officielle, sur les Lois du Marché qui
semblent résister le moins à la rage devant toute contradiction. Toute critique
est dénoncée comme venant des adversaires du progrès de la Raison.
Sortons un peu
de ce manichéisme. Le discours dominant
nous pensons le connaître, nous connaissons aussi l'économie - en tout cas ses
résultats en terme de chômage, de répartition des richesses, mais aussi de
relatives commodité de vie - dans laquelle nous vivons très
majoritairement.
En dehors
n'y a t il que de vaines critiques ? que des velléités d'action ? Tentons un
rapide état des lieux . Les dernières
mobilisations regroupant différents acteurs économiques autour d'une réflexion
nouvelle montrent qu'Il existe tout d'abord une réelle envie de comprendre, de
décrypter ce discours dominant et les événements économiques et politiques au
lieu de s'enfoncer dans l'impuissance et le renoncement à nos droits et devoirs
de citoyen. Volonté de comprendre ce qui semble être le grand tabou de notre
époque, la boite noire : le fonctionnement économique et les irréductibles, les
souveraines " lois du marché " signant l'économie naturelle comme on parle des
lois naturelles. Une très bonne entrée en
matière est donnée par des universitaires, économistes, membres du comité
scientifique de l'association Attac. Ils ont publié une dizaine de titres, à la
fois rigoureux et simples, dans la collection "mille et une
nuit". On ne va pas les résumer ici, mais déjà essayer de donner les
directions dégagées. Il s'agit d'abord de
révéler les causes de la toute puissance financière, celle ci n'est pas
l'évolution obligée de l'économie capitaliste - telle qu'elle existait jusqu'aux
début des années 80 - même si elle en est la pente savonneuse, le dérapage le
plus facile. Bien sur l'économie capitaliste évolue vers toujours plus de
profit et jusque là s'est toujours sortie - mais pas tous ses acteurs - de ses
crises et de ses morts annoncées. La surpuissance de la
finance internationale ( dictant ses lois aux états ) est advenue par décision
politique poussée par les firmes multinationales, .Depuis la deuxième partie du
20ème siècle Il y eut des vagues successives "d'adaptation " : dans les années
60 sont mises en place les stratégies de " rationalisation " ! c'est à dire la
délocalisation d'activité vers les pays à faible coût de main d'œuvre, en
particulier les segments de production exigeant une importante main d'œuvre sont
installés dans des zones à bas salaire et les segments de production à forte
intensité énergétique vers les pays où l'énergie est bon marché
etc… Dans les années 80 se sont mis en place les stratégies " techno -
financières " : la spéculation sur les marchés financier et la maîtrise des
technologies " nouvelles ", aidées par une politique de libéralisation vont
amener de plus en plus de concentrations industrielles et financières. Ainsi
dans le monde, en 98, les fusions et acquisitions ont augmenté de 50% par
rapport à 97 et pour le premier semestre 99 l'augmentation était de
68%. Les décisions politiques ce sont les politiques de libéralisation
c'est à dire privatiser les secteurs publiques et de réseaux ( (communication ,
eau, EDF etc…) , " déreglementer " les échanges de marchandises et de capitaux .
Cette libéralisation mise sur une régulation par les marchés, particulièrement
les marchés financiers. Elle a commencée dans l'Amérique de Reagan ,s'est
étendue à l'Europe et a fabriqué une structure mondiale grâce à :l' OMC, le FMI,
la BC,, l'OCDE. La cotation en bourse en
continu, date de juillet 87 c'est le fameux CAC. La fiscalité devient de
plus en plus avantageuse pour les détenteurs de titres financiers, au long des
années 80. Les stock options font leur apparition. En 89 le contrôle du
taux des changes est supprimé. En 90 est autorisé la
libre circulation des capitaux dans la CEE.
En quoi la '
financiarisation ' des entreprises, et la spéculation
sont elles nuisibles ?
Les états ne
peuvent réguler leur monnaie que dans le cadre de leur frontières nationales,
d'autre part en libéralisant les opérations monaitaires les états se sont
délibérément privés d'instruments de contrôle. Le marché des changes
est un marché totalement libéralisé - aucun contrôle - et le plus grand marché
existant. Par ailleurs on assiste à la montée en puissance de grands acteurs
privés multinationaux dont l'espace d'intervention est supranational et qui sont
de ce fait dans une situation de superiorité stratégique par rapport aux
autorité monétaires nationales. Des économistes qualifient ce processus de "
privatisation " de la gestion des monnaies, laquelle relevait ,il y a encore peu
de temps, de la régulation monétaire publique. La spéculation consiste
à rechercher des gains sous forme de plus value, en pariant sur la valeur future
des biens réels ou des actifs financiers. L'une des formes
principales de spéculation concerne les monnaies, elle consiste à vendre une
monnaie puis à la racheter à bas prix ( opération répétée plusieurs fois dans la
journée) permettant ainsi d'empocher un profit. Le problème, est que cette façon
de faire, à grande échelle, peut - et a déjà souvent - provoqué l'effondrement
d'une monnaie, ruinant un pays, souvent l'un des pays émergents, mais aussi elle
est à l'origine de toutes les dernières crises financières : la crise des années
30, le krach boursier de 87. Le risque est donc grand
de déstabilisation de l'économie, et cela pour quel avantage ? Aucun si ce n'est
celui du spéculateur, car les opérations spéculatives n'ont pas de lien direct
avec le fonctionnement de l'appareil productif, elles sont de nature purement
monétaire, ne produisent pas de richesse effectives. La spéculation se traduit
par un divorce entre la sphère monétaire et la sphère réelle de
l'économie. En bref quelles solutions peuvent être envisagées :
Réintroduire une régulation étatique, pénaliser la spéculation et non l'économie
productive. Lutter contre les caches financières - paradis fiscaux, lever du
secret bancaire, traçage des opérations financières. Et comble de l'ironie, W
Bush a l'air d'accord avec ces solutions - à l'encontre de Ben Laden tout du
moins. Comme quoi l'autonomisation totale des marchés financiers est nocif tant
au capitalisme qu'à la démocratie. La toute puissance de
l'argent mafieux et donc terroriste devient trop visible actuellement, on essaye
d'y mettre une couverture religieuse, ou " rationnelle " mais ça dépasse de
partout. Et la démesure de ce système apparaît. Si on veut lutter contre
la prédominance économico - financière faisons pression sur les gouvernements,
et renonçons aux intérêts faramineux - 15% - qui sont maintenant présentés comme
normaux, alors que la croissance économique tourne autour de 3% .( La " création
de valeur " pour les actionnaires constitue l'objectif fondamental de gestion
fixée par les fonds de pension lorsqu'ils sont actionnaires d'une firme
multinationale). Le magasine Alternative
Economique a édité un hors série - N°6 - sur les placements éthiques. Dans le
mensuel voisinent à chaque parution des analyses économiques et des initiatives
alternatives et solidaires. N'oublions pas l'autre
mensuel porteur d'analyses économiques critiques : le Monde
Diplomatique. On se quitte en espérant que vous ne serez pas d'accord avec ce
bref aperçu et qu'ainsi une controverse pourra s'instaurer sur le
forum. Géronime Glasgow
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