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Philosophie
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LE POUVOIR DU LEZARD
La
faculté de régénération des organes s'est
perdue au long de l'évolution des espèces tandis que les
organismes se complexifiaient.
Pourtant
l'homme a toujours rêvé du pouvoir des lézards.
Même
les miracles de Dieu ne l'égalent pas. Les miracles ne font qu'accélérer
une guérison qui aurait pu se faire spontanément, ils ne
font pas repousser de bras ou de jambes. Seules existent des cicatrices
que l'on n'espérait plus sur les radios des miraculés de
Lourde, parfois régressent des tumeurs qui auraient possiblement
pu disparaître spontanément. Ce qui est proprement miraculeux
c'est la rapidité du processus, il se produit instantanément.
Mais le lézard est encore plus fort, et l'homme veut l'égaler.
On
appelle thérapie cellulaire l'espoir de pouvoir réaliser
ce rêve, de régénérer les organes usés
ou défaillants, à l'aide de cellules éternellement
neuves. Les cellules souches sont des cellules " totipotentes " c'est
à dire ayant tous les potentiels, créatrices de vie, de
diversité, elles peuvent évoluer en toutes cellules de l'organisme
et se reproduire quasi à l'infini.
Ces
cellules " divines " ont été isolées dans les tous
premiers stades des embryons, animaux, elles sont connues et manipulées
chez l'homme depuis 1998. Apparemment l'accès à ce trésor
pose quelque problèmes d'ordre éthique surtout mais aussi
juridique et aussi de par les risques biologiques possibles.
A
peine esquissés les espoirs de ces nouvelles thérapies médicales,
les investisseurs trépignent d'impatience, mais aussi d'hésitation
( peur d'être condamnés par des jugements moraux des gouvernants,
par l'opinion publique, peur d'être les payeurs en cas d'accident)
devant cet immense futur marché.
Les
gouvernants, les institutions internationales ou européennes ,
les églises, les représentants de la société
civile prennent position sur les utilisations des embryons humains et
des pièces détachées de celui ci : les cellules souches….Positions
changeantes et déclarations sans force contraignantes. Les failles
et les contradictions des juridictions tant nationales qu'internationales
rendent les droits et les devoirs très flous, mais déjà
les brevets pleuvent. Les risques ne sont pas tous envisagés et
donc leur prévention est impossible, et les promesses thérapeutiques,
encore invérifiées, sont pourtant affirmées et même
gonflées, la confiance des scientifiques paraît totale, la
société, éblouie, devrait suivre, pourtant un débat
politique, éthique, économique est toujours bouillonnant.
L'approvisionnement
en cellules souches sous entend des embryons humains sacrifiés,
ou des xénogreffes - greffes de cellules souches embryonnaires
provenant d'autres espèces, par le même moyen qui peut créer
des chimères entre espèces. Une troisième source
de cellules souches se trouve dans les organes adultes, même dans
ceux comme le cerveau qui étaient réputés pour ne
pouvoir pas renouveler ses propres cellules. Les organes les plus prometteurs
sont la moelle épinière, là où se forment
les futures cellules sanguines, et la peau qui elle aussi se renouvelle
en permanence.
Enfin
une quatrième possibilité vient juste d'être découverte,
ou plutôt inventée, il s'agit de fabriquer un œuf par parthénogenèse
comme les abeilles, les phasmes. ou les pucerons, cet œuf non fécondé
par un gamète mâle, peut cependant se développer selon
les premières divisions cellulaires de quoi produire des cellules
qui semblent être totipotente. Il s'agirait d'utiliser un ovule
humain.
Plusieurs
solutions, donc. Le débat est animé sur les avantages et
inconvénients de chacune. Les cellules souches d'embryon humain
produit par clonage ont la faveur des scientifiques: pouvoir de régénération
plus grand et moindre risque de rejet immunologique, mais les cellules
souches adultes seraient encore mieux tolérées et leurs
possibilités ne seraient pas moindre.
Pourquoi
l'utilisation de quelques cellules pose t elle des problèmes éthiques
? Essentiellement à cause de leur provenance, il faut sacrifier
un embryon, et d'abord le " fabriquer " par clonage ou par fécondation
in vitro.
On
retrouve le problème du statut ontologique de l'embryon humain
déjà soulevé lors du débat sur l'avortement.
A
partir de quand l'embryon a t il une âme ? Dès le premier
instant répond le pape, à partir du 14ème jour disent
les grands Bretons - ce qui leur laisse la conscience et les mains libres
pour bricoler pendant 2 semaines, " qu'est ce que l'âme ? " s'insurgent
les scientifiques, il n'existe pour eux que de la matière biologique
qui répond aux mêmes lois que la matière inerte.
L'avortement
est autorisé en France jusqu'à la 12ème semaine.
L'embryon
est il une personne potentielle ou un simple amas de cellules ?
Pourquoi
serait il sacré ? a t il une dignité à préserver
? De nos jours encore les enfants mort- nés ne sont pas - sauf
demande expresse - inscris sur les registres d'état civil, leurs
corps peuvent être jetés avec les déchets médicaux.
Il
y a à peine quelques siècles on se demandait si les animaux,
les femmes et les sauvages avaient une âme.
Mais
même avec une âme, s'ils étaient jugés coupables
ou inférieurs, leurs corps vivants pouvaient être dépecés,
écartelés, mis à jour, mis en pièces et les
pièces recelées ( voir l'usage de la Vénus hottentot)
, torturés, empalés, réifiés ou animalisés,
devenir de simples objets d'expérience.
Le
concept de dignité humaine sera t il plus protecteur ?
La
nécessité scientifique servira t elle de masque à
une nouvelle instrumentalisation du corps humain ? A une nouvelle mise
en pièce ? Risque t il d'y avoir un marché des ovules ?
Est
il si intéressant de réparer du vieux avec du nouveau plutôt
que de faire une place à un nouveau recommencement ?
Sans
jouer à Candide on peut se demander pourquoi les forces de régénération
ont été abandonnées au cours de la complexification
des organismes et en quelles autres forces ont elles mutées ? Peut
on jouer avec ces dispositions sans de plus amples connaissances ?
Le
clonage thérapeutique, source des cellules souches, ne risque t
il pas de favoriser l'avancée du clonage reproductif ?
Voilà
quelques unes des questions éthiques.
Le
statut juridique de l'embryon, des cellules souches, le droit de les manipuler
posent des questions de législation nationales et internationales.
Que
disent les juristes à propos des cellules souches : " elles sont
avant tout des produits pour le marché Européen. Elles sont
soit assimilées à des " dispositifs médicaux " comme
n'importe quel appareillage médical, soit considérées
comme des OGM dans le cas où elles font l'objet de modification
génétiques. Par ailleurs le droit Européen interdit
de délivrer des brevets aux laboratoires qui utilisent des embryons
humains à des fins commerciales ou industrielles. Or les cellules
souches prélevées sur des embryons serviront bien à
un usage industriel, pour mettre au point des traitements. Il faut remédier
à cette apparente contradiction… Le groupe européen d'éthique
travaille sur la question de la brevetabilité des cellules souches
embryonnaire humaines "
Il
existe une hétérogénéité des lois dans
l 'UE " C'est la nécessité du marché qui les rendra
plus homogénes. " continue N.Lenoire , spécialiste du droit
des biotechnologies
Ces
cellules souche qu'elles soient embryonnaires, fœtales ou adultes ont
vocation à être importées, exportées, brevetées,
stockées telles des marchandises. Les règles du commerce
de l'OMC doivent pouvoir leur être appliquées.
Petit
tour d'horizon des différentes législations nationales et
communautaire :
Aux USA les scientifiques des labos publics n'ont pas d'accès direct
aux embryons surnuméraires ( comme cela est permis en France, ils
doivent se contentés des lignées cellulaires déjà
existantes dans le monde. Les lignées de cellules souches accessibles
sont protégées par des brevets, mais les grand labos pharmaceutiques
ne sont pas très chauds pour investir.
En Angleterre le clonage thérapeutique est autorisé (embryons
créés spécialement pour l'occasion.)
En France il est possible d'expérimenter sur des embryons surnuméraires
( laissés pour compte des fécondations in vitro).
L'Allemagne essaye un deal avec la France : acquérir ces cellules
qu'elle ne s'autorise pas à créer sur son propre territoire.
La
législation rejoint aussi celle des brevets sur les parties de
corps humains et les organimes vivants. La société de biotechnologie
Geron détient des brevets sur des techniques de mise en culture
de cellules souches embryonnaires.
Une
start up se dit détentrice de 25 brevets concernant des cellules
souches neuronales.
Géronime Glasgow
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