A
l'heure où nos yeux sont fixés sur ces fabuleuses
descentes en snow-board dans lesquelles deux Françaises ont
décrochées médailles d'or et d'argent et où
aussi, entre parenthèses, la France se fait encore remarquer
dans ses magouilles et influences .....nous nous sommes interrogés
sur les habitants de cette ville où ont lieu les compétitions
olympiques: les Mormons.
L'histoire des mormons commence en 1820 dans le Vermont, à l'est
des Etats-Unis déchirés par les rivalités religieuses. Joseph Smith,
un adolescent de 15 ans, ne sait plus à quelle Eglise adhérer. Dieu
lui indique de n'en choisir aucune, toutes étant dans l'erreur.
Trois ans plus tard, un ange lui révèle l'existence d'un «livre
caché, écrit sur des plaques d'or». Toujours bien inspiré, il les
aurait découvertes quatre ans plus tard et traduites grâce à deux
pierres magiques avant qu'elles ne disparaissent à nouveau.
L'ouvrage
qui en naîtra, le Livre de Mormon, aurait été écrit par les prophètes
d'anciens peuples d'origine israélite ayant habité le continent
américain avant et après la venue du Christ sur ce continent. Un
livre d'inspiration divine pour les mormons, un pastiche de la Bible
pour les exégètes. «Pour nous, il ne fait pas de doute que Jésus
est apparu dans le Nouveau Monde après sa résurrection», explique
Eric Perrier, président du pieu (diocèse) de Genève. «Pourquoi le
Christ aurait-il choisi de n'apparaître qu'aux peuples du Vieux
Continent? Le Livre de Mormon raconte l'histoire des peuples de
l'autre côté de la terre, il est aussi important que la Bible.»
Avant d'être assassiné en 1844, Joseph Smith a eu d'autres révélations.
Elles figurent dans le recueil Doctrine et alliance, un ouvrage
régulièrement remis à jour puisque la révélation divine continuerait
à être transmise par la bouche des prophètes vivants. Gordon B.Hinckley,
qui dirige l'Eglise depuis 1995, assisté du Collège des douze apôtres,
est le 14e successeur de Smith.
Par
la suite, l'histoire des premiers mormons n'est qu'une longue succession
d'exodes et de persécutions qui les amènent jusque sur les bords
du lac Salé, dans l'Utah. Ils y construiront Salt Lake City. Convaincus
d'avoir rétabli sur terre l'Eglise originelle du Christ (d'où le
nom de leur Eglise), ils attendent son retour pour l'avènement d'un
royaume terrestre d'une durée de mille ans.
Dés
1997 toutes les archives génealogiques du département de l'hérault
( environ 80 % des départements Français le sont ) sont microfilmés
et entassées à Salt lake city.
Avec
la bénédiction des autorités, l'Eglise américaine copie les registres
d'état civil français et les met en ligne. L'Etat Français
veut dénoncer l'accord signé en 1987, qui ne prévoyait pas la divulgation
des données à grande échelle.
Jusqu'à
aujourd'hui, le ministère de la Culture n'avait pas peur des mormons.
Désormais, il s'interroge. En septembre 1987, comme celles d'autres
pays, les Archives de France avaient autorisé l'Eglise de Jésus-Christ
des saints des derniers jours à microfilmer les archives de l'état
civil sur plus de cent ans. Le ministère de la Culture n'avait pas
prévu Internet, ni même envisagé, en termes éthiques, les conséquences
de la constitution par cette Eglise d'un vaste fichier mondial des
morts. Le site mormon www.familysearch.org permet aujourd'hui
de consulter un «fichier des ancêtres» et deux autres bases de données
indexant environ 400 millions de morts.
En un an, Familysearch aurait enregistré 3 milliards de connexions.
Devant ce bouleversement, le directeur général des Archives de France,
Philippe Belaval, a convoqué les responsables mormons afin de «réexaminer»
les accords passés avec l'Eglise.
En
1987, c'est l'aspect économique de l'affaire qui séduit le ministère
de la Culture: les mormons offraient «gracieusement» à l'Etat la
remise de deux copies de leurs microfilms. L'Eglise, elle, y trouvait
un intérêt évangélique. En effet, grâce aux documents accumulés,
les mormons baptisent les morts. Non seulement leurs parents, mais
l'ensemble de leurs semblables. «Nous essayons de constituer
la famille humaine, explique Christian Euvrard, porte-parole des
mormons en France.
L'Eglise
mormone attire ainsi vers elle les généalogistes et tous les passionnés
d'histoire familiale. Pour se retrouver entre ses fichiers de recherche,
l'Eglise, appuyée par IBM, vend depuis peu des logiciels spécialisés
(Personal Ancestral File, Pedigree Source Files) et un CD-Rom comprenant
son catalogue de microfilms.
Cette
déferlante a réveillé la direction des Archives de France et provoqué
une première réunion d'explication avec les responsables mormons,
fin juin. «L'existence du site Internet nous a conduits à nous
interroger sur les choix de l'Etat et ceux de l'Eglise dans le traitement
des données, explique à Libération Philippe Belaval, directeur
général des Archives. Pourquoi l'Eglise met-elle ces données sur
le Web ? Dans quelle finalité, et dans quel contexte ? Avec le Net,
l'accord conclu en 1987 semble d'ores et déjà enfreint par les mormons.
Il stipulait que «le but essentiel du microfilmage» était de permettre
aux membres de l'Eglise «d'identifier leurs ancêtres afin de leur
administrer dans leurs temples des rites religieux». Que l'utilisation
des microfilms était «réservée» aux mormons. Et qu'enfin la société
généalogique de Salt Lake City s'engageait à n'effectuer «aucune
copie des microfilms sans l'autorisation de l'Etat français». Une
diffusion en ligne change évidemment la donne.
Dans son rapport, le sénateur Henri Caillavet mentionnait même les
«apports spectaculaires» du fichier des mormons dans le domaine
médical. «Les chercheurs travaillent actuellement sur des programmes
qui permettront de mettre en place des systèmes de prévention de
plus de deux mille maladies», avait-il souligné, sans trop s'inquiéter
de la fiabilité scientifique des chercheurs engagés par les mormons,
De la Nouvelle-Zélande au Danemark, du Tibet à l'Utah, plusieurs
communautés servent de viviers à des études génétiques, menées par
des sociétés privées ou l'Etat. Objectif : étudier quelques maladies
fréquentes dans les populations en question, pour identifier les
gènes en cause ; ou mener une étude plus large pour commercialiser
des banques de données... Dans certains cas, les recherches sont
bien encadrées, dans d'autres, comme dans des tribus d'Amérique
du Sud, il s'agit d'un véritable " bio-piratage ". Né à l'initiative
de l'Italien, Luca Cavalli-Sforza en 1991, le HGDP (Human Genome
Diversity Project), l'un des plus vastes projets, se proposait d'étudier
500 à 800 communautés sur tous les continents. Devant une vague
de protestations, il est resté en rade. Mais d'autres études, comme
celle des mormons américains par Myriads genetics, se portent bien.
Grâce à cette communauté enthousiaste pour la recherche, et férue
de généalogie, Myriad a identifié et breveté plusieurs gènes
dont le fameux BRCA1, impliqué dans le cancer du sein et de l'ovaire
. Ces travaux constituent un sujet d'interrogation supplémentaire.
A l'inverse des directives européennes, la législation américaine
laisse libre court à l'usage et à la manipulation des fichiers informatiques.
Source
: Libération par Karl Laske -sciences et avenir - Mormons sur le
Net - Cathy Delaincourt