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Le Journal d'Information de Sète et du Bassin de Thau sur le Net. N°16|

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"La musique d'une vie" de Makine Andreï ..... (Ed Le Seuil)

 

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lectrices, lecteurs et internautes de tous horizons...

Le Chichois vous l'avait promis : voici l'intégralité des petites histoires écrites par les membres de l'association Lire et Dire. Ce petit clin d'oeil à l'épicurisme contemporain sera expédié à Philippe Delerm, en hommage amical, après le prochain dîner littéraire qui se tiendra au The Marcel le jeudi 31 mai. Si vous désirez participer à cette amicale assemblée, rien de plus facile... Venez simplement après avoir lu le livre sélectionné pour cette prochaine séance : "La musique d'une vie" de Makine Andreï (Ed Le Seuil). Si d'aventure, vous préférez ne pas venir à l'improviste, vous pouvez laisser un E-Mail au Chichois ou encore venir faire un petit tour à La Maison de la Presse... sous ses moustaches fournies, le patron est plutôt débonnaire, voir même bon enfant.

Les trois premiers textes que nous vous proposons aujourd'hui ont été écrit par Rosanna Primon, Anne-Marie Carrion et Gilbert Fourcaud :

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ATTENDRE

Attendre

l'éclosion des fleurs blanches du cerisier.

Attendre

que les figures d'une danse deviennent les gestes de tous les jours.

Attendre

et respirer.

Rosanna Primon

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CHANTER

Les mois d'été passés à la baraquette étaient l'occasion de concerts quotidiens, les choristes n'étant jamais les mêmes suivant les moments de la journée.

Première chorale : à mon réveil, le chant des oiseaux, léger et joyeux m'invitait à me lever.

Plus tard, dans la matinée, sous le soleil qui commençait à chauffer, cachée parmi les hautes herbes du jardin, j'écoutais " l'hymne au travail " interprété par la chorale des insectes dont le bourdonnement venait troubler la quiétude qui régnait alors.

Ensuite, lorsque la chaleur devenait insupportable et que le moment de la sieste était venu, le chant des cigales me berçait à l'ombre des grands pins, apportant la sérénité propice au repos.

Enfin, le soir, dernier concert : installée sur la terrasse, mes yeux scrutant le ciel pour ne pas rater les étoiles filantes qui devaient embellir ma vie grâce aux voeux que je formulais dès que j'en apercevais, j'écoutais une petite musique de nuit jouée par les grenouilles et crapauds qui chantaient en canon.

Outre le fait qu'issue d'une famille italienne douée pour le BEL CANTO, il ne fut pas étonnant qu'à mon tour, bien plus tard, j'eus envie de donner de la voix dans une chorale.

J'étais, dirions-nous, comme conditionnée.

Anne-Marie Carrion

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ENTRE LA LAMPE ET L'AUBE

Tout le drame était construit pour mal se terminer. Et puis coïncidence ou non, miracle ou savoir faire, volonté de tous les acteurs de défendre leurs rôles jusqu'au tomber de rideau...Tout s'arrange et le scénario tourne court. Une nuit taraudée de sanglots et de suffocations avorte sur un dénouement inespéré...Le malade est sauvé. Et les soupirs affectent des mines de muets applaudissements.

La réputation d'un médecin se joue, ainsi, sur le bon plaisir du destin. Le docteur Lebon en profite furtivement et, sans se faire trop d'illusions, accepte machinalement les compliments avant de se retrouver sur la chaussée.

Epuisé à la limite de toute pensée il se laisse porter par l'haleine du quai. A la saumure se mélangent le goudron, le pain à peine sorti du fournil et cette onde d'immensité parvenue du présumé levant. Quelques maigres lampadaires cherchent leurs échos sur le luisant de la rue, abandonnée comme un décor livré aux mystères de la coulisse. Un chalutier tousse dans la brume. Un train lointain essaie de raturer le clapotis du grand canal. La ville renacle à l'éveil comme l'enfant encore accroché à la tiédeur de la couette.

Le médecin avance au ralenti dans un temps suspendu, qui dilue la fatigue comme si une autre journée n'allait pas s'élever contre tout répit. La cire de son masque fond comme un maquillage. Il se sent léger, soulagé de s'être débarassé du déguisement qui cachait le vieil enfant, avide d'enchantement.

Il s'arrête et pousse la porte du bistrot qui vient de s'ouvrir et d'installer ses tables pour accueillir les préparatifs du marché. Premier client et dernier noctambule, il se pose près du comptoir. Il frissonne sans avoir vraiment froid, s'étire et baille sans éprouver l'envie de se recoucher. Le projet de rentrer à la maison s'efface spontanément devant celui de jouir de sa rare disponibilité. Le tenancier tout à son ménage a autre chose à faire que de le reconnaître, mal coiffé, pas rasé, le col et les manches de son pyjama dépassant d'un blouson enfilé, à la diable, dans l'obscurité.

Dans l'arôme du café bien serré et religieusement humé méandrent les idées vagues et buissonnières. Leur petite musique s'insinue pour dérégler, subrepticement, la mesure du temps.

Et notre bon Lebon réentend, surgie des brumes de sa mémoire une repartie de son ami et concitoyen Paul Valéry, " maître cervau sur son homme perché. " - " Votre cervelle, docteur, est un bouillon de culture pour les points d'interrogation. "

Des points d'interrogation qui palpitent, secouent leurs ailes avant de s'envoler et de s'ébattre dans une brise de lumineuse liberté.

Et l'homme échoué au café de la paix, le regard miraculé, en oublie de s'avouer qu'il a bien mérité cet instant.

En hommage à Philippe DELERM. Gilbert Fourcaud

 


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