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Le Journal d'Information de Sète et du Bassin de Thau sur le Net. N° 19 |

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A défaut de daurade, notre sétois exilé taquinait le requin

Alain qui, rappelons-le, revient d'Australie, a bien voulu confier au Chichois ses souvenirs de pêche extra-antipodiques. A défaut de daurade, notre sétois exilé taquinait le requin. Voici son récit :

"La pêche aux (petits) requins à l'australienne" "Dans mon dernier mot, je disais que le Sétois est un Australien qui s'ignore !! Dans la même veine, je peux dire aussi que la pêche aux requins en Australie (du côté de Brisbane), est la même qu'ici, à une toute petite nuance près; là-bas le requin que l'on attrape entre octobre et mai (période estivale) est dans la mer. A Sète, Hè-bè ! Le requin, allez!, il est quelque fois sur le quai !!

A l'inverse de la chanson de Fernandel, "Pour faire une bonne pêche aux requins, il ne faut pas se lever de bon matin". Au contraire, la pêche qui se pratique depuis l'estacade longue de 750 mètres et plus, (dans les baies de Redcliffe ou Sandgate, ou Shorncliffe, ou autres), commence à 9 ou 10 heures le soir. Il fait dans les 28 à 32°, avec une brise du sud/sud-est venant de l'Antarctique. L'été austral... magnifique et délicieux. Mais la brise est importante, c'est elle qui va nous aider.

Monté sur canne courte, (appelée vulgairement "stand-up"), un moulinet de haute-pêche (genre marlin et/ou thon, pour les connaisseurs), une ligne de 80 centièmes très longue et un bas de ligne en acier. Ces petites bébêtes ont de belles dents renouvelables capables de vous cisailler un doigt, une main et entamer un bras, même si les bébêtes ne font QUE 1,2O mètre à 2 mètres et ne pèsent que 40 à 80 ou 100 kg.

L'amorce est toute simple : un maquereau frais de bonne taille (30 à 40 cm), noyé dans un hameçon de 30 cm (un boucher dirait presque un croc), le tout bien agrafé avec des serre-clips. Le but étant que l'appât ne doit pas être entamé par des "plus petits", il nous faut "LE" requin.

Avec un bas de ligne acier de 50 cm, on ajoute un autre bas de ligne nylon de 1,20 m à 1,80 m (pas d'émerillon s'il vous plait, ça casse... car 60 kg et plus, ça tire). Au bout de cet assemblage et entre la longue ligne nylon proprement dite, on attache un ballon. Oui, une baudruche, un ballon d'enfant que l'on gonfle... c'est le flotteur, le bouchon, quoi !

On jette donc l'appât, le ballon et la ligne; et le vent pousse le ballon; ça dérive dans le vent sur 300 à 800 mètres et plus. Ca prend au moins une bonne demi-heure, les eaux sont troubles, nous sommes à l'embouchure de la Brisbane River (celle-çi fait 2 à 3 km de large).

Et comme tout bon pêcheur... on grille une ou plusieurs cigarettes, on refait le monde avec les copains... et on attend.

D'abord la ligne siffle. ZZZZIIIOU !! Pas de panique, IL -est accroché (vrai sens du teme de croc), il peut filer, pas besoin de ferrer. Le requin se ferre de lui-même en se débattant, puisqu'il doit déchiqueter sa proie avant de la manger. Les préparatifs pour le pêcheur commencent. D'abord, éteindre sa cigarette, ensuite mettre une ceinture spéciale pour reposer la canne mais également pour envelopper le dos et surtout les reins car ça va tirer !!! Ensuite, on pousse les copains; il faut de la place ! On est à son oeuvre et l'on a le sentiment que l'on est fort. On va gagner !

La rambarde de l'estacade va aider, mais la bête avec laquelle on va batailler pendant 1/2 heure à 1 heure (et plus quelquefois quand il est vraiment gros) donne du fil à retordre cart il faut vraiment ramener ces 600 mètres de fil et ces quelques 80 kg se débattant. En fait, pour le pescadou australien, c'est la partie la plus intéressante : celle de l'homme de guerre (qui existe toujours en nous), celle du conquérant, celle du vainqueur.

Le poisson ramené, il faut faire vite pour ne pas se faire mordre ou se faire cogner par la queue, c'est là qu'interviennent la vitesse, les copains et le couteau bien affûté et pointu... un coup derrière la tête pour tuer.

Le requin est un poisson que l'on mange... à l'australienne : bouilli, deux fois plutôt qu'une, ou en barbecue, là aussi recuit deux fois plutôt qu'une, avec du Ketchup et surtout de la bière (les Australiens sont les troisièmes buveurs de bière au monde, après les Allemands et les Canadiens).

D'une manière générale, le requin n'est pas un poisson prisé, il y a bien meilleur (Baramundi, Yellow-Tail et autre Tazar) et pour moins de sueur. Mais quelle bagarre !

On dort très bien, après..."

Propos recueuillis par Bernard Stéphan

   
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