Interview
.
Portrait
diaphragmé d'un photographe : Éric MORERE
. Ouverture
maximale, sensibilité élevée, Éric MORERE pose enfin... ses appareils
photo pour s'entretenir avec le Chichois. Il est rare d'entendre la
voix des photographes. Nous avons profité de cet instant privilégié
pour faire toute la lumière sur sa carrière encore inachevée et déjà
bien remplie.
Éric est
né à Anthony en 1962. Francilien de vieille souche, il y passera
toute sa jeunesse avec, au ventre, le désir de courir le monde. Ses
études le mèneront jusqu'au bacho... lequel des deux refusera l'autre,
l'histoire ne le dit pas mais ce qui est certain c'est que du côté d'Éric,
la motivation n'y est pas. Ses passions le portent vers la musique et
la photo... Il faut dire que la photo fait partie de son quotidien,
son père taquine depuis longtemps la prise de vue, en amateur, certes,
mais tout de même, il y a une présence qui jouera un rôle. Son premier
appareil photo sera d'ailleurs un cadeau de son père : un Pentax.
Éric
MORERE
L'apprentissage
commence... tout seul : prise de vue; développement (après réquisition
de la salle de bains familiale). Pour Éric, la photo devient un moyen
possible de voyager tout en gagnant sa vie. Son ambition se précise
: devenir reporter-photo.
Son premier
job, il le décroche aux pieds des stations de ski et il devient
photographe-filmeur. Aux Deux Alpes, il tire le portrait des touristes...
de tous les touristes qui passent à portée d'objectif. Il n'hésite pas
à les déloger sur les pistes, dans les restaurants. C'est pour lui l'occasion
d'améliorer sa technique. Comme il le résume lui-même : "125ème, 5/6...
l'important, c'est le cadrage !" L'aventure se poursuivra à Chamonix
et à Biarritz où il ouvre son propre magasin.
Mais le démon
du reportage le tiraille et c'est inévitablement sur Paris qu'il
pourra changer de registre. Il reprend donc le chemin vers la capitale
où il se fait embaucher comme photographe pour une association qui édite
un bulletin. Il couvre ainsi divers événements et commence à voyager.
En 1990,
il se lance seul dans un grand reportage, sans carte de presse, sans
même la certitude de pouvoir vendre au retour son travail. Il part en
Algérie pour couvrir les élections... l'aventure. Au retour, il présente
son sujet à l'agence Ciné Star Média Presse... et c'est le début d'une
nouvelle carrière. Son sujet est retenu, ses photos sont publiées dans
de grands médias : l'Express, Le Nouvel Obs., VSD, etc... Ce succès
lui vaudra d'intégrer l'équipe de l'agence comme 13ème photographe.
Il y a une hiérarchie chez les photographes qui est basée sur l'ancienneté,
le premier photographe récupère les meilleurs sujets et ainsi de suite
jusqu'au dernier photographe rentré dans la boite. Par contre, question
émoluments, c'est à chaque fois l'inconnu... le photographe n'est payé
que sur ses photos vendues aux médias. Question technique, pas de grande
complication : l'important, c'est d'avoir la photo que les autres n'ont
pas. L'aventure va durer quatre ans pendant lesquels Éric va couvrir
une multitude d'événements : de la politique au théâtre, des manifs
au show-bizz. Et finalement, l'agence a fermé... trop petite face aux
grands que sont Sigma et les autres.
Sharon
Stone, Michael Douglas et Paul Verhoren à Cannes en 1992 pour Basic
Instinct
Passage
à vide... Éric devient coursier pour conserver sa liberté et rester
fidèle à son goût du mouvement.
Peu de temps
après, il rencontre une journaliste qui prépare un reportage sur
le Népal et recherche un photographe. Comment résister à l'appel d'une
si lointaine contrée ? Éric part donc pour le Népal via l'Inde. Deux
mois d'aventure et au retour tout un sujet prêt à être montré aux agences...
mais cette fois, le reportage ne se vend pas. Qu'importe, l'aventure
était enrichissante : Éric apprend la base du grand reportage. Tout
est dans la préparation. Il faut se documenter, faire des recherches
pour savoir ce qui est important de prendre comme clichés... mais par
dessus tout, dans ce type de travail, il faut apprendre à vendre son
travail au retour.
Alors Éric
enfourche de nouveau sa moto et reprend ses courses effrénées dans les
méandres de la capitale.
Un de ses
amis, photographe chez Guitarist Magazine, le présente à la maison
d'édition pour éventuellement le remplacer s'il fait l'affaire. Éric
fera sa période d'essai et restera trois ans au service de cet éditeur.
Trois années de souvenirs merveilleux où il aura l'occasion de côtoyer
de nombreuses célébrités : Éric Clapton, Carlos Santana, Michel Jonas,
Jean-Félix Lalanne, Ben Harper, et tant d'autres... C'est aussi l'occasion
de travailler d'autres aspects de son métier. La prise de vue en concert
est assez particulière, d'abord parce que les photos ne sont autorisées
que pendant les trois premiers morceaux... ensuite parce que la lumière
change tout le temps. Éric travaille alors avec du 800 ou 1000 ASA (sensibilité
très élevée) pour ne pas dépasser un temps de pose de 1/60. En dehors
du concert, il y a les prises de vue en studio. Les conditions sont
alors bien différentes, il y a une complicité entre le sujet et le photographe
et le rôle de ce dernier est à la fois de maîtriser l'éclairage et de
bien diriger celui dont on tire le portrait.
Elections
Algérie en juin 1990 : le vote du leader du FIS
Entre temps,
Éric a connu Laure... est-ce par amour qu'il l'a suivie jusqu'à Sète
? La version officielle est la suivante : Laure avait la possibilité
de venir travailler sur Sète, et tous les deux ont été ravis à l'idée
de venir s'installer dans notre île si clémente. Et même si c'est d'un
commun accord qu'ils ont pris cette décision, il n'en reste pas moins
que c'est une belle histoire d'amour !!!
Alors que
fait Éric maintenant ? Coursier ? Comme il en plaisante lui-même
: "Coursier à Sète, pas question ou alors en scooter des mers !". En
fait, Éric continue de travailler pour une agence de presse parisienne,
l'Agence Dalle, spécialisée dans la musique. Il couvre tous les concerts
du Languedoc Roussillon et ses photos sont proposées, via l'Agence,
à tous les grands médias nationaux.
Sous le charme
de Sète, Éric a doublé les amarres. Pas question de partir, il souhaite
continuer son métier de photographe et propose ses services aux agences
de la région et aux médias. Ne pas partir ne veut pas dire ne pas bouger,
car il est toujours prêt à faire son paquetage pour des terres lointaines
le temps d'un reportage, à condition de retrouver la douceur de vivre
des quartiers hauts au retour de campagne, après sa pêche d'images.

Sur
scène: Joe Jackson en tournée à Paris ....
Tom
MORELLO, guitariste du groupe Rage Again The Machine en studio, 2000.
Bernard
STÉPHAN