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Interview
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Portrait
d'un amoureux de l'écriture : Paul-René Di Nitto.
On ne présente plus aux
Sétois Paul-René Di Nitto... beaucoup l'on reçu dans l'intimité de leur
foyer, chaque soir, à l'heure des actualités régionales sur FR3; beaucoup
le lise, chaque dimanche, dans Midi Libre; et nombreux sont ceux qui ont
eu le désir et le plaisir de feuilleter ses livres pour retrouver la photo
d'un aïeul, d'un ami ou le souvenir d'une vieille histoire locale.
Avec sa complicité, nous avons
voulu revenir sur son propre passé... car de ce grand témoin de notre
vie régionale que connaissons-nous au juste ?
Le petit Paul-René est né
à Sète, presque fils unique, nous confie-t-il, car sa soeur aînée
est beaucoup plus âgée. De sa petite enfance, il garde le souvenir d'une
vie sans histoire. Les parents décident de tout et l'enfant se laisse
porter dans ce bonheur quotidien. Ce qui ne signifie pas que la vie soit
facile, son père, ébéniste d'art, travaille d'arrache-pied et l'argent,
durement gagné, permet de vivre mais certainement pas de faire fortune.
Une famille modeste où la mère occupe une place importante.
La religion est importante
également chez les Di Nitto, et le petit Paul-René passera toute sa scolarité
dans les écoles privées de Sète puis chez les bons pères, dans les Hauts-Cantons.
Il y a bien sûr le choix de la mère qui rêvait de voir son fils devenir
évêque. Pourquoi pas, il y a déjà eu un évêque dans la famille. Et puis,
il y a les circonstances : c'est la guerre, Sète est déclarée zone sensible,
les allemands sont partout, on craint un débarquement, la ville est évacuée...
et sera bombardée trois fois.
C'est dans ces circonstances
que Paul-René passera son adolescence dans un collège du nord du département...
un établissement qui deviendra célèbre pour avoir accueilli un certain
Roger Peyrefitte, auteur du roman "les amitiés particulières"... un brûlot
pour l'époque. Un auteur qu'affectionne particulièrement Paul-René, pour
son style magnifique, et il nous confie avec gourmandise qu'il connaît
toute son oeuvre.
C'est au milieu des soutanes
que le petit Paul-René découvre les joies de l'adolescence dans une vie
de pensionnaire bien réglée. Bien sûr, de temps en temps, on fait le mur,
avec les copains, la nuit, pour aller manger des pommes dans le champ
voisin... mais la vie est si dure durant ces années de guerre que les
estomacs vides crient famine.
Le moule que ses parents avaient
confectionné commence à se fissurer : l'enfant se met à réfléchir, à penser,
à désirer.
Le désir ! C'est cela qui mettra
définitivement fin à la carrière d'évêque de Paul-René.
Avec l'arrivée de la puberté,
la nature affirme ses choix. Une autre passion s'affirme chez le jeune
homme : celle d'écrire... écrire pour le plaisir d'écrire.
C'est également la découverte
de la presse écrite et Paul-René passe tout son maigre argent de poche
dans des journaux et magazines. Son choix est fait : il sera journaliste
!
La révolte gronde dans
la famille : journaliste, et pourquoi pas saltimbanque. La maman,
autoritaire certes mais soucieuse de voir son fils avec un métier sécurisant,
le pousse à passer des concours pour rentrer dans l'administration. A
cette époque, il n'est pas question de claquer la porte et de partir avec
un petit baluchon sur l'épaule... mais Paul-René résiste et ne veut pas
abandonner son idée : il sera journaliste.
Pas question d'aller suivre
des cours pour apprendre le métier de journaliste... trop loin (Paris)
et parce que trop loin... trop cher. Alors, parce qu'il faut bien ramener
un peu d'argent à la maison, Paul-René exerce divers métiers : saute-ruisseau
dans une compagnie maritime, vendeur de salle-de-bains... etc...
Et la chance lui sourit
un jour par l'intermédiaire d'Henri Delpont. (Henri Delpont est un des
grands amis de Georges Brassens, il est connu également à Sète pour avoir
dirigé le Théâtre et s'être occupé du tourisme au sein de la municipalité.)
Henri le connaît et il sait qu'il cherche à rentrer dans la presse.
Henri Delpont l'aborde un
jour dans la rue : "Alors, tu as toujours envie d'être journaliste ? L'Indépendant
de Perpignan veut lancer une édition dans l'Hérault, ils cherchent du
monde; moi je suis pris ailleurs; alors vas-y" L'Indépendant, ce n'est
pas n'importe quoi... un journal déjà centenaire à l'époque. Et c'est
ainsi que Paul-René débute dans le journalisme, il n'a pas encore vingt
ans. Il fait équipe avec une figure locale: M Mouraille, la caricature
du journaliste du XIXème siècle, cheveux longs, une lavallière autour
du cou. Un tuteur pour Paul-René même s'il doit abattre tout le travail,
mais qu'importe, son rêve se réalise, humblement mais concrètement.
L'aventure ne dure pas longtemps...
l'Indépendant se retire du Languedoc pour se retrancher dans ses terres
du Roussillon. Mais elle dure suffisamment pour mettre le pied à l'étrier
au petit sétois féru d'écriture.
C'est une grande maison
d'édition qui recueille le jeune Di Nitto : les éditions Causse Graille
et Castelnau. Ils sont connus pour leurs publications en matière de viticulture
et d'économie (livres et presse spécialisée) et font travailler 120 personnes.
Leur notoriété dépasse les frontières : un bureau à Paris, à Bordeaux
et à Alger. Ils éditent des ouvrages en anglais et en allemand.
C'est dans cette grande maison
(qui existe toujours sous le nom des éditions Causse, dirigée par Jean-Christophe
Causse, le petit fils du fondateur) que Paul-René va se former au métier
du livre... il apprendra la technique, le plomb notamment car lil n'y
a pas d'informatique et encore moins de PAO à l'époque. Et c'est également
dans ce nouveau cadre professionnel que Paul-René commencera à voyager
un peu partout en France... un avant-goût du reportage.
Tout en poursuivant sa carrière,
Paul-René s'intéresse à cette nouvelle technique qui se démocratise de
plus en plus : la radio. La télé n'existait pas encore. Il s'équipe...
radio, magnétophone de reportage... sans arrière-pensée, simplement pour
le plaisir de satisfaire sa curiosité naturelle.
A Toulouse, une station radio
s'installe : Radio Sud. C'est l'ancienne radio des vallées qui émettait
depuis la principauté d'Andorre. Tous les jours, de midi à treize heures,
elle diffuse un magazine "de l'Atlantique à la Méditerranée" et recherche
des correspondants sur toute la côte sud pour son émission. Paul-René
propose ses services... et il est pris !
La vie se complique... Paul-René
poursuit son travail dans la maison d'édition et tous les midis, il intervient
en direct sur Radio Sud. Techniquement, la radio, c'était une époque où
il fallait bidouiller... L'aventure se poursuivra très longtemps
La télé fait son apparition...
avec l'ORTF et son professionnalisme.
Paul-René
Di Nitto
Une anecdote pour bien
illustrer le déphasage entre les deux mondes. Régulièrement, Montpellier
reçoit un Ministre et tous les médias se précipitent pour interviewer
ce dignitaire de l'État. Paul-René arrive avec sa petite bagnole et son
magnéto UHER et aperçoit l'équipe de la télé : quatre gars... le cameraman,
le preneur de son, l'assistant et le journaliste... en un mot, le grand
luxe. Et chacun fait son interview, l'équipe Télé repart et Paul-René
rejoint sa voiture, cale tant bien que mal son magnéto sur ses genoux,
fait son montage, coincé entre le vide-poches et le levier de vitesse,
bidouille ses fiches pour balancer via le téléphone la modulation en direct
sur l'antenne. Du bidouillage dont il garde un souvenir merveilleux.
Entre temps, le journal
"La Croix de Paris" se lance dans une politique d'information orientée
vers la décentralisation. Il faut pouvoir fournir aux lecteurs des informations
sur les grandes régions françaises et par la même occasion récupérer un
lectorat régional. Pour lancer cette nouvelle politique, le journal se
lance à la recherche de correspondants régionaux. Et Paul-René devient
correspondant pour le Languedoc tout en se débrouillant avec un emploi
du temps déjà bien chargé.
La télé va se rapprocher
de son existence au cours d'un déjeuner où se retrouvent une vingtaine
de journalistes dont René Raynaud, premier rédacteur en chef de FR3 Montpellier.
La télé c'est encore nouveau et toujours en noir et blanc. Tout le monde
se connaît dans ce petit milieu de la presse et c'est presque par plaisanterie
que Paul-René lance à René Raynaud "Tu n'embauches pas ?". L'arbre est
planté... trois mois plus tard, René Raynaud téléphone à Paul-René pour
lui proposer d'assurer les journaux parlés de 7h du matin. Ce n'est qu'un
remplacement pendant les congés du titulaire mais c'est l'occasion de
travailler pour l'ORTF qui regroupait les émissions télé et radio.
Alors là, le planning devient
fou et après de longues discussions, la maison d'édition accepte de faire
passer Paul-René à mi-temps. Même dans ces conditions, la journée est
bien remplie : lever à 4h30, déplacement rapide de Sète à Montpellier
chez FR3 pour préparer le journal de 7h, le journal terminé, direction
la maison d'édition pour le restant de la matinée, l'après-midi est consacrée
à Radio Sud et la Croix de Paris.
Le dimanche, Paul-René se voit
confier toutes les missions que les titulaires n'ont pas envie de faire
: impossible de refuser. Et notre reporter se voit confier des sujets
qu'il n'aurait jamais cru pouvoir traiter. Lui qui ne comprend rien aux
sports, se retrouve comme animateur d'une émission sportive.
L'ombre de la télé ne plane
pas loin... Le soir de temps en temps, on lui demande s'il est libre
parce qu'il y a deux ou trois petits commentaires à faire dans le journal
télévisé. , Paul-René s'essayer au métier de journaliste télé. C'est
un nouveau monde qu'il découvre et apprend à maîtriser : celui où l'image est le
support principal de l'information, celui où il faut savoir faire un commentaire
complet en 30 s... pas une de plus, pas une de moins... et en direct, l'oeil
rivé sur l'écran de contrôle pour ne pas rater son début de sujet.
De commentateur, Paul-René est
devenu présentateur... pour une vingtaine d'années. Il lui a fallu
abandonner ses autres activités mais il ne regrette rien. La télévision lui a
permis de voyager, de connaître toutes sortes de gens différents et de traiter
des sujets très variés allant de la gastronomie à l'ésotérisme.
C'est aussi l'apprentissage
de la vie en collectivité, ce qui n'est pas évident car les journalistes
sont de grands individualistes. Tout le monde se tutoie, du patron au pigiste,.
On se parle librement et si on a envie de se dire des choses désagréables, on se
les dit, ce qui n'empêche pas d'avoir ensemble des moments de grandes rigolades.
Le temps passant, l'échéance
de la retraite se fait sentir et le plus très jeune Paul-René se retrouve avec
la trouille au ventre : "Que vais-je faire après ?" Une peur non fondée...
comment imaginer Paul-René ne rien faire, lui dont l'encre est intarissable.
C'est à New-York, sur la
5ème avenue, lors d'un voyage des jeunes bacheliers sétois, que naît l'idée
d'une rubrique dans le Midi Libre. M Lacan, qui est du voyage également, propose
à Paul-René de s'occuper d'une série d'articles sur Sète. Ils en parlent aux
States... et quelques mois après, en reparlent à Sète et depuis, Midi Libre
ouvrent ses colonnes, tous les dimanches, à Paul-René pour l'évocation du passé
de notre île singulière. Un rendez-vous très apprécié par les lecteurs.
Le monde de l'édition est
venu croiser de nouveau le chemin de Paul-René par l'entremise de Jean Brunelin.
Jean Brunelin s'intéresse, à l'époque, à Cettare pour la cuisine. Après un
voyage dans ce charmant petit port italien, Jean téléphone à Paul-René et lui
communique son engouement pour ce port si sétois qu'est Cettare. Le livre
prendra forme après un séjour des deux complices sur la Marine italienne.
Chez le même éditeur (Espace
Sud), deux livres paraissent regroupant les chroniques de Paul-René sur le
passé de Sète à travers ses faits divers, ses mémoires et ses nostalgies.
Enfin, pour rendre à Jean
Brunelin sa politesse, Paul-René l'invite à découvrir Gaette, ville natale
de son père, dans la grande baie napolitaine si riche en chansons et en petits
plats méditerranéens.
Que fait aujourd'hui
Paul-René ? Toujours actif, il travaille sur trois projets :
- le premier avec Jean Brunelin. Peu
de commentaire sur ce sujet si ce n'est que ce sera une sorte de géographie
humaine et gastronomique du Bassin de Thau.
- le deuxième, en cours d'écriture,
est une biographie d'une personnalité locale.
- enfin le troisième qui se situe
hors de la région et où la télévision y tiendra une place importante. Essai ou
roman, nous n'avons pas pu lever le voile sur ce mystère qui tient plus de la
pudeur de l'écrivain que du goût du secret.

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