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BIOETHIQUE
/ suite
(
discussion entre S. Demos et G. Glasgow)
----A quoi sert la bioéthique
?
---- A mettre des limites
à l'action humaine que ce soit sur les organismes vivants, ou sur
l'homme..
----- A quoi servent les
experts scientifiques ?
----- A dire le possible
de la science
----- Mais la bioéthique
n'est pas qu'une discussion sur le possible, tout le possible n'est pas
permis , et pourtant les comités éthiques sont constitués
en majorité d'experts scientifiques.
Ce n'est pas parce qu'une
action scientifique est possible et sans danger immédiat sur la
vie qu'elle est permise automatiquement, par exemple le clonage reproductif.,
la stérilisation des semences de céréales, ou la prise
des brevets sur le vivant sont possibles techniquement, mais en principe
interdits. C'est dans de telles situations que des philosophes, des psychanalystes,
des anthropologues, des juristes, des citoyens ont droit à la parole
et celle ci devrait valoir autant que celle des scientifiques.
Les experts scientifiques
sont, aussi, là pour estimer les risques, ceux que font peser la
situation naturelle ou la solution technique, et dans ce dernier cas les
experts doivent évaluer si les risques ne sont pas plus importants
que les avantages que l'on peut en espérer ?
Les experts scientifiques
peuvent souvent prédirent les bienfaits et la non dangerosité
à court terme, mais de moins en moins à long terme - alors
que le long terme en question se rallonge prodigieusement : persistance
de la dangerosité des déchets nucléaires ou effets
des changements climatiques, sur des millénaires !
De plus la faisabilité
technique est, de nos jours , très en avance sur la compréhension
rationnelle des phénomènes, dans tous les domaines des sciences
( manipulation génétique, mais aussi en physique) , la prévisibilité
devient donc impossible ; Cette avance de plus en plus rapide du faire
sur le comprendre est remarquable aujourd'hui.
La certitude scientifique
comme seul élément de décision ne semble plus totalement
fiable, de nombreux acteurs sont mêlés à la polémique.
Prenons par exemple les changements
climatiques, une majorité de scientifiques pensent que le réchauffement
est prouvé, mais les prédictions dans la poursuite du phénomène
varient de 0,5° à 6° pour le 21ème siècle,
ce qui entraînerait des conséquences fort différentes.
Il est aussi prouvé
que la concentration de CO² ( produit par l'activité humaine)
a triplé en quelques décennies, certains pensent qu'il y
a relation de cause à effet, d'autres non. Pour ces derniers à
l'origine du réchauffement il y aurait un phénomène
naturel : l'activité solaire.
Pour d'autres enfin, la futurologie
est une niaiserie, on n'en a pas besoin. On pourrait poser une devinette
: qui s'engage dans la polémique, revendiquant la Vérité
Scientifique pour quelle option ? Bizarrement les industriels et scientifiques
rattachés à l'industrie ne croient pas à l'hypothèse
du lien entre CO² et réchauffement, peut être ont ils
raison .
C'est dans ce genre de situation
qu'est utilisable le principe de précaution : lorsqu'il existe un
risque lourd et irrémédiable durant un ou deux milliers d'années
( tous sont d'accord) si la prédiction pessimiste se réalise.,
Et lorsque la prise d'un tel risque n'est pas justifiable par un besoin,
une crise vitale immédiate.
--- Que vient faire l'éthique
dans cette histoire d'incertitude scientifique ? De toute façon
nous seront tous morts avant la fin du siècle et peut être
les risques sont ils surestimés . Peut être n'est ce qu'un
dernier avatar de la célèbre culpabilité judéo-chrétienne
toujours prête à fondre sur l'homme et ses actes .
Peut être, peut être
pas..
Il existe dans toute action
humaine une incertitude quant au résultat, c'est à cause
d'elle ou malgré elle que l'homme doit promettre et être responsable
de ses actes.
C'est dans le " peut être
" de la science d'aujourd'hui que se glisse l'éthique, celle ci
, par le développement de pensée qui est exigé d'elle
et donc l'évolution conceptuelle qu'elle peut entraîner, est
tout de même plus riche que le sot leitmotive sans appel : " le risque
zéro n'existe pas ".
---- la place de l'éthique
ne s'est pas faite tout de suite avec la même puissance qu'aujourd'hui
. Peut être parce qu'avant , la science était peu remise en
question, elle était l'espoir sans ombre de l'humanité. Déjà
au début du siècle il y avait eu une crise de confiance vis
à vis de l'industrie alimentaire, en Amérique. Les citoyens
réclamaient alors la transparence, plus de rationalité, des
contrôles scientifiques sur la fabrication industrielle des aliments,
il en était né la Food and Drug Administration, et
le rôle des expertises scientifiques dans les décisions politiques.
Le problème était, comme aujourd'hui, une polémique
économique mais la bioéthique était encore dans les
limbes.
Dans les années 70
il y eut plusieurs rencontres de scientifiques inquiets pour la sécurité
des recherches sur les recombinaisons de l'ADN ( sections de l'ADN recollées
avec des morceaux provenant d'espèces différentes ).
.Ils voulurent tenir séparées
les questions purement scientifiques et les questions éthiques,
et rester entre eux. Ils proposèrent un moratoire sur la poursuite
des recherches.
Ainsi l'éthique voulant
donner des leçons à la science, c'est relativement nouveau.
Relativement, parce que les physiciens s'étaient déjà
posés des questions de responsabilité à propos de
l'usage destructeur qui pouvait être fait de leurs découvertes
( bombe sur Hiroshima).
Dans l'ensemble l'éthique
s'est développée, telle que nous la connaissons aujourd'hui,
surtout à partir de la 2ème moitié du 20ème
siècle ( crime contre l'humanité, déclaration universelle
des droits de l'homme, lutte contre le racisme) et la bioéthique
plus récemment encore. Les deux reposent sur les mêmes concepts.
---- Le rôle des experts
scientifiques, sollicités par les forces progressistes, comme butoir
aux dérives industrielles, au début du siècle, semble
aujourd'hui s'être inversé : pour une grande part, ils portent
en avant la marche de l'industrie. Qu'est ce qui a changé ?
Hyper adaptation de l'industrie
? Intéressement des scientifiques ?
En fait comme dans toute
situation, particulièrement l'humaine, les alliances entre acteurs
se nouent et se dénouent, le sauveur d'un jour devient persécuteur,
ou victime le lendemain… mais pas toujours , cela doit dépendre
s'il était sur sa vérité intérieure dès
le début au lieu d'être sauveteur dogmatique, et s'il avait
la souplesse d'adaptation aux situations. Progressiste, rétrograde
ne sont pas des étiquettes fixes et selon les moments elle
seront collées sur tel ou tel.
----- Qu'est ce qui a redonné
la parole a l'éthique ? qu'est ce qui l'oppose à la science
? Comment se pose l'éthique du 20ème siècle ?
----Sans doute est ce la
deuxième guerre mondiale qui, par force, a redonné la parole
à l'éthique.
Le Tribunal de Nuremberg
a parlé en premier - en 45 - des crimes contre l'Humanité.
La Déclaration Universelle
des Droits de l'Homme date du 10 décembre 1948.
La société
internationale ( 180 pays) dira son accord - du moins théorique
- à ce principe universel sacralisant le sujet humain universel.
Des institutions internationales
se sont constituées ,émanant de l'ONU, pour agir dans ce
sens : UNESCO, OIT. La cour pénale internationale a été
créée en 1998.
Tous ont soutenu le concept
de " Dignité humaine " définie comme l' " irréductible
humain ".
Les lois de bioéthique
datent de 94, en France, les diverses commissions nationales ou Européenne
datent aussi des années 90.
La Bioéthique reprend
à son compte ces mêmes notions : Humanité, Dignité
Humaine ; elle va rajouter dans ses concepts de base: l'Espèce humaine.
----- Comment s'articulent
ces notions ?
----- Tout d'abord reparlons
un peu de la morale, de l'éthique si l'on préfère.
La morale, donc, va fixer
des limites, dire le bien et le Mal.., tache risquée s'il en est
: Les utopies ( à commencer par celle de Platon ! mais elle ne fut
heureusement jamais réalisée) en fixant le Bien pour les
hommes et tentant de le réaliser ont - toujours ? - ouvert la porte
à la terreur, au totalitarisme. Etait ce une étape indispensable
? enfin il semble qu'en voulant faire le bien on puisse aboutir au mal.
Reste la solution de nommer le Mal en premier, de s'en prémunir
et tout ce qui agira dans ce sens sera le Bien, cette solution n'est pas
nouvelle.
Il y a plus de sciences-
fiction catastrophes qu'idylliques.
On a donc le mal et le bien
en général et un sujet humain universel, c'est sans doute
de là ( cette unité du sujet, de l'éthique)que pourrait
advenir une perversion. On en discutera par la suite.
L' éthique de nos
jours s'appuie le plus souvent sur la morale Kantienne, sur la religion
Chrétienne.
L'Humanité est par
définition universelle.
Humanité et dignité
de l'humanité soulignent que la condition humaine ne peut se réduire
à sa vie animale biologique.. Il est donc hasardeux de faire dépendre
les décisions éthiques des résultats évolutifs
de la biologie. C'est pourtant une dérive qui n'est pas toujours
évitée : ainsi dans une déclaration de l'UNESCO -
qui sera rectifiée rapidement - il est dit " Le génome
humain sous tend l'unité fondamentale de tous les membres de la
famille humaine " fondant l'humanité sur une base biologique
et de plus réduite au génome.
La Dignité humaine
est difficilement définie, soit de façon négative,
soit la définition est acculée à " l'irréductible
humain " au processus d'humanisation , pourtant elle est la valeur positive
implicite de référence servant pour interdire les traitements
humiliants, la torture, l'esclavage et par extension le clonage.
Le droit à la vie
renvoie à la vie biologique, l'interdiction de tuer supporte des
dérogations : guerre, légitime défense, peine de mort.
Au droit à la dignité
il n'y a pas de dérogations.
Pour interdire le clonage
est retenu la notion d'unicité , d'autonomie et d'indétermination
de la personne humaine, et comme contre l'esclavage, est avancé
l'interdit d 'instrumentalisation de tout être humain.
La nouvelle notion éthique
d'Espèce humaine à protéger, contre l'eugénisme
en particulier ou contre sa transformation définitive par les biotechnologie
est inscrite depuis 94 dans le code pénal par les lois de bioéthique.
Au final ces notions reposent
sur la sacralité de l'être humain. Mais si on écarte
les notions religieuses, en quoi et pourquoi la personne humaine est elle
sacrée ? Si la vie est un bricolage matériel pourquoi ne
peut on y toucher ?
Si le moi, l'unité
de l'homme est une illusion, qu'est ce que cela change ?
Si le Sujet humain n'existe
pas comme sujet unique , s'il n'est plus universel (cf. M.Foucault, Lacan
, Althuser ) quel sens a l'éthique ?
Suite
au prochain N° pour la discussion de ces concepts utilisés par
l'éthique..
A bientôt
Géronime
Glasgow
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les premiers mardi du mois il y a un " café philo " à
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