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Les
echos
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Les océans et plus précisément
notre mer Méditérranée vont-ils avoir leur niveau
qui va monter ?
L'élévation
du niveau des océans est une conséquence du réchauffement de la planète
(Le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC(2))
a rendu son rapport scientifique. Il conclut entre autres que : - depuis
1750, le taux de CO2 dans l'atmosphère a augmenté de 30%, celui de CH4
de 145% - depuis la fin du 19ème siècle, la terre s'est réchauffée de
0,3° à 0,6°). Plusieurs facteurs contribuent aux variations du niveau
de la mer. Les phénomènes responsables sur des échelles de temps de 1
à 100 ans sont, d'une part, des changements de volume des océans qui résultent
essentiellement des variations de température (une eau chaude est plus
volumineuse qu'une eau froide) et, d'autre part, des changements du contenu
en eau des océans causés par les échanges avec les autres réservoirs de
surface (atmosphère, réservoirs d'eau continentale, glaciers et calottes
polaires).
La
modification de la position du niveau de la mer aura logiquement des effets
induits sur l'évolution, sinon de toutes les côtes, du moins sur certaines
d'entre elles. Il convient d'essayer d'évaluer ces effets afin de voir
s'ils représentent éventuellement des risques pour les établissements
humains qui se sont densifiés sur les rivages marins au cours des dernières
décennies. Il suffit de rappeler que les communes littorales de la France
métropolitaine, alors qu'elles ne représentent que 4 % de la superficie
du territoire national, accueillent 10 % de la population totale du pays
et qu'elles reçoivent quelque trente millions de visiteurs par an.
Mais il faut aussi savoir que le niveau relatif de la mer, celui qui résulte
du jeu combiné, d'une part de la variabilité du niveau planétaire de la
mer qui peut s'élever ou s'abaisser, d'autre part de l'instabilité du
continent qui peut se soulever ou s'affaisser, est déjà en cours de hausse,
probablement depuis au moins un siècle et parfois plus, sur pratiquement
l'ensemble des côtes de la France métropolitaine. Le fait est attesté
par les relevés de la très grande majorité des marégraphes qui indiquent,
en première approximation, une hausse comprise entre 1 et 2 mm par an.
Si, dans les décennies à venir, le niveau planétaire de la mer devait
se relever en liaison avec l'effet de serre d'origine anthropique
attendu, on assisterait seulement à la poursuite de l'évolution actuelle,
avec cependant la probabilité d'une accélération, donc d'une majoration
de ses effets, puisque, dans sa plus récente estimation, le Groupe
intergouvernemental sur l'évolution du climat prévoit d'ici à l'année
2100 une montée mondiale de la mer de 25 à 95 cm, la valeur la plus
probable se situant autour de 50 cm. Dans
la perspective d'une élévation du niveau de la mer, les submersions sont
le plus à craindre sur les plaines deltaïques, à la topographie à fleur
d'eau, parsemées d'étangs et de lagunes, où la limite entre la terre et
la mer est souvent indécise. C'est le cas de la Camargue sur sa marge
littorale. Sa vulnérabilité est d'autant plus grande qu'elle a tendance
à s'affaisser sous le poids de l'épaisse accumulation de sédiments qui
la constitue et que cette tendance à la subsidence, qui accentue ici l'élévation
du niveau relatif de la mer, n'est plus compensée aujourd'hui par des
apports alluviaux. En effet, la charge solide que le Rhône apporte jusque
dans son delta a été considérablement réduite par les travaux d'aménagement
dont il a fait l'objet, en particulier la construction de barrages. A
cela s'ajoute, l'endiguement du fleuve pour l'empêcher de déborder lors
de ses crues, ce qui interdit le dépôt de sédiments dans la plaine deltaïque.
On doit donc s'attendre ici à une extension spatiale appréciable des plans
d'eau salée au sud de l'étang de Vaccarès ainsi qu'en arrière des pointes
de l'Espiguette et de Beauduc, d'autant plus que leur communication avec
la mer a toute chance d'être facilitée par l'agrandissement des passes
et l'ouverture de nouvelles brèches dans les fragiles cordons sableux
qui les isolent. Dans une telle conjoncture, il existe pour les marais
salants de Salin-de-Giraud et pour ceux d'Aigues-Mortes un risque d'endommagement
qui appelle une surveillance et, éventuellement, des travaux pour mettre
à l'abri les tables saunantes d'une invasion par la mer. Sur la côte du
Languedoc, le long de laquelle une telle évolution est déjà en cours,
il faut s'attendre à l'ouverture de nouveaux graus, donc à une accentuation
de la maritimisation des étangs qui caractérisent ce littoral, d'où une
salinité accrue entraînant des modifications dans la composition de la
flore et de la faune qui les peuplent. Les activités agricoles voisines
des lagunes devraient souffrir de la salinisation du milieu qui, en revanche,
favorisera le développement de l'aquaculture.
Louis
Ernesto / CNRS / Roland Paskoff professeur à l'université Lumière de Lyon

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