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Découvertes
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C'était
le 10
juillet 1947
Le 10 juillet
1947, le paquebot Président-Wardfield venant de Portovenere (Italie)
pour transformation et ravitaillement en carburant, appareille du
port de Sète en France en direction de la Palestine. Le commissaire
spécial du port de Sète, Mr Leboutet, vient de donner toutes autorisations
et facilités au capitaine Ike Aronowicz pour l'appareillage du ce
navire.
A son bord,
4 400 juifs, survivants des camps de l'Allemagne nazie. Pendant la
traversée, les passagers nomment le navire et leur expédition Exodus
en souvenir du périple de Moïse vers la Terre sainte. Arrivés le 18
juillet dans le port de Haïfa, les passagers sont refoulés par les
Britanniques qui administrent la Palestine. Le navire est reconduit
sous escorte militaire jusqu'à Marseille, le 27 juillet, où les passagers
refusent de débarquer. Le 7 septembre, les passagers récalcitrants
sont débarqués de force et avec violence dans le port de Hambourg.
La photo prise
le 18 juillet 1947, au large de Haïfa, du navire Exodus, surchargé de
réfugiés postulant à l'immigration dans ce qui allait devenir Israël,
est encore plus percutante : anonyme - on n'en connaît toujours pas
l'auteur, on n'en dispose que via des coupures de presse non créditées,
et l'original s'est perdu dans la nuit des temps -, elle a pourtant
bouleversé le cours des choses en provoquant un choc qui aboutira à
la création d'un Etat juif. La
Haganah, qui avait affrété le bateau, savait parfaitement qu'il serait
arraisonné par les Britanniques. " Exodus était avant tout une opération
de communication ", raconte Jean-Paul Aymon, qui travaillait alors pour
le journal sioniste La Terre retrouvée.
l'Exodus amarré au port de
Sète le 10 juillet 1947 (photo collection Leboutet).
En 1947, Jean-Paul
Aymon, alors jeune journaliste, a vécu en direct l'épopée de l'Exodus.
Cinquante ans après, voici son témoignage.
En cet été 1947,
deux ans après la fin de la guerre, les Français vivent la dure période
de reconstruction d'un pays pillé par l'occupant. Les restrictions alimentaires
et la pénurie générale sont un souci quotidien, souvent dramatique. L'actualité,
c'est la mise à jour des cartes d'alimentation, la victoire du Breton
Jean Robic dans le Tour de France, l'apparition sur les plages du bikini
- le maillot deux-pièces qui fait scandale -, Yves Montand qui chante
Prévert, ou Arthur Koestler qui publie Le zéro et l'infini. Au cinéma,
on joue Copie conforme, avec Louis Jouvet, et Le silence est d'or, de
René Clair. Dans les salles obscures, aux Actualités, on sourit de la
barbiche de Paul Ramadier, président du Conseil d'une quatrième République
que préside, jaquette et haut de forme, Vincent Auriol, un autre socialiste.
Mais la « une » des journaux qui paraissent sur quatre pages, faute de
papier, est consacrée à la chaleur - l'été le plus chaud depuis qu'en
1870 a été créé l'Office national de la météorologie. Cette canicule va
d'ailleurs jouer un grand rôle dans la guerre d'usure que les Anglais
ont déclarée aux émigrants juifs de l'Exodus.
L'été 1947 fut
l'été de l'Exodus. Jeune journaliste, j'ai vécu, en France puis en Allemagne,
cette aventure hors du commun qui devait précipiter la création de l'Etat
d'Israël. Cinquante ans après, mes souvenirs sont aussi brûlants que les
ponts des prisons flottantes à bord desquelles 4 500 Juifs furent séquestrés.
L'affaire a éclaté au cœur d'un été torride, avec une incroyable nouvelle
: le gouvernement britannique ose renvoyer en Europe des rescapés de l'Holocauste
qui tentaient de rejoindre le Foyer national juif en dépit de la loi qui
en limite l'accès. Dépêché sur la Côte d'Azur par mon journal, je guette
comme mes confrères l'apparition des « bateaux-cages de Sa Majesté » :
ainsi la presse populaire a-t-elle baptisé les prisons flottantes où croupissent,
sous un soleil de braise, les 4500 Juifs de l'Exodus arraisonné au large
des côtes palestiniennes. Débarqués à Haïfa, les passagers ont immédiatement
été transférés sur trois navires, non vers l'île de Chypre, également
sous contrôle britannique, comme c'est l'usage pour les «illégaux», mais
vers le pays d'où ils sont partis, la France. Le gouvernement français
laissera-t-il rejeter sur son sol ces laissés-pour-compte de la guerre
qui, pour la plupart, ont échappé à l'extermination, dont aucun pays ne
veut et qui eux-mêmes n'en réclament qu'un seul, celui qu'ils estiment
leur revenir de droit, Eretz Israël? Il s'agit pour eux de braver les
interdits du « Livre Blanc » de 1939 limitant arbitrairement le nombre
de Juifs admis à s'établir dans un « Foyer national » dont la Grande-Bretagne
avait pourtant justifié l'existence par la déclaration Balfour de 1917.
Pas plus que mes confrères, je ne me rends compte alors que l'affaire
de l'Exodus va créer un tel choc dans l'opinion internationale qu'elle
influencera la commission anglo-américaine enquêtant au même moment en
Palestine et aboutira, quatre mois plus tard, à la décision historique
de l'ONU du 29 novembre 1947.
L'affaire de l'Exodus
marque le début d'un conflit ouvert entre juifs et Britanniques. Le bateau
Exodus, transportant des juifs vers la Palestine, est repoussé devant
les côtes palestiniennes par la marine britannique. La Grande-Bretagne
décide de se retirer de la région et confie la question de l'avenir de
la Palestine aux Nations Unies. 
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