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CARNAVAL DE POUSSAN 1976 - 2006 LES 30 ANS
Le Carnaval de Poussan dure 4 jours : dimanche, lundi, Mardi gras et se termine le mercredi des Cendres. Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, il débute le dimanche précédent le dimanche de Carême (7 semaines avant Pâques). Tous les ans, selon un rituel presque immuable, il se déroule de la façon suivante :
Le tout, souvent ponctué d’apéritifs ou de repas dansants ! L'historique du carnaval de Poussan A Poussan, comme partout dans l’Hérault, la cavalcade met à l’honneur son animal totémique. Dans une ambiance bon enfant mêlant les danses, les masques, les cris, les confettis, les bouteilles, les gâteaux, les chars fleuris, la pena, l’énorme cochon rose pâle de Poussan et ses 8 paires de jambes mène la danse. On connaît aussi le chameau à Béziers, le poulain à Pézenas -récemment classé patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO-, à Adissan et à Alignan-du-Vent. De tradition ancienne ou d’invention récente, on retrouve les animaux totémiques, éléments forts de l’identité locale, dans tout le Bas Languedoc. Si Poussan a son cochon, Loupian exhibe son Loup, Montagnac sa chèvre, Bessan son âne : le Département illustre à lui seul l'arche de Noé. Le totem est bœuf à Mèze, crabe à Marseillan, chenille à Pinet, cochon noir à Saint-André-de-Sangonis. Ces animaux de toile à la tête minuscule, portés par des hommes, sont présentés comme les garants de l’unité villageoise et comme les protecteurs de la communauté. On les trouve sur un territoire réduit qui va de Montpellier à Béziers. Leur légende se perd souvent au fin fond de l’histoire. Les plus anciens remonteraient à l’Antiquité. C’est le cas du bœuf de Mèze, dont l’histoire nous dit la légende, commence en l’an 59 de l’ère chrétienne. Pour d’autres, la légende remonterait au Moyen-Âge. Comme chacun le sait, les origines de Poussan remontent à l’époque gallo-romaine. Un dénommé Porcius a acquis sa terre à l’emplacement actuel de la ville et les villas (à l’origine, ce sont des fermes) ont peu à peu formé un village que l’on a appelé Porcius… Quoi qu’il en soit, ces animaux feront leurs premières apparitions dans les archives locales à partir du XVIe siècle. On les retrouve de nos jours, venant animer par leur sorties les fêtes de nos villages.
« Parmi toutes ces cérémonies, une des plus curieuses est celle qui se place le soir du Mardi gras ; nous l’avons encore pu voir deux ans avant la guerre. Au son d’une musique étrange, on voit dans la nuit se former une théorie plus étrange encore composée d’hommes portant des chemises de nuit et des bonnets de femme tandis que les femmes s’affublent d’une chemise d’homme et d’un bonnet à mèche. Chacun porte à la main une bougie allumée protégée du vent par un papier huilé blanc ou rouge, selon la couleur politique du participant, car ici on ne connaît pas les nuances intermédiaires, et cette curieuse procession déroule ses arabesques à travers le village. On y compte deux à trois cents personnes. A la lueur des flambeaux, les ombres agrandies des danseurs, on devrait plutôt dire des sauteurs, se dessinent sur les antiques murailles ou s’étalent sur les façades des maisons pendant que le hautbois et le tambour font retentir sans trêve leur aigre et trépidante musique. On fait halte devant les cambuses, sortes de « mazets » où les hommes mariés ayant rompu tous liens avec l’extérieur depuis trois jours, se livrent à une retraite gastronomique ; le plat d’escargot y est de rigueur. Chacun descend se joindre aux camisards car la fin des réjouissances approche, et bientôt on s’arrête devant les cafés, les blancs et les rouges fraternisent… les chemises aussi, on danse, on chante, on crie…jusqu’au moment où sonne minuit. Chacun doit rentrer en sa demeure sinon les attardés risquent de rencontrer la patrouille fesceninne composée de solides gaillards parcourant les rues armés d’un faisceau de sarments de vignes bien liés semblable à celui des licteurs romains. Leur fonction consiste à caresser un peu rudement le bas du dos des ivrognes et des retardataires pour leur apprendre que carnaval est mort et qu’on prend Carême. »1
Traditionnellement, un ancien du village prend la tête du défilé. Les danseurs, grimés avec du rouge et de la farine sur les joues, s’accrochent les uns aux autres et vont danser dans les ruelles en frappant aux portes pour annoncer leur passage. Ils entonnent à tue-tête le chant Brande de la Camisa, brande ternari de Carnaval, Branle de la chemise, branle ternaire de Carnaval :
1. Diga-me Jacon, Dis-moi Jacquot, diga-me Margarida, Dis-moi Marguerite, Perqué qu’avètz mes Pourquoi avez-vous mis La camisa polida ? Une jolie chemise ? La portar defora aqueste sèr, De la porter dehors ce soir, Tot aquo vos dona un fotut air. Ça vous donne vraiment un drôle d’air. 2.
La portam antan
On la porte ainsi Per
faire pénitença, Pour
faire pénitence,
Car i a dos cents ans,
Car il y a deux cents ans
Lo Senhor de Provença,
Le Seigneur de Provence,
Coma i aviam mancat de
respèct, Comme
nous lui avions manqué de respect, A
dançar en camisa nos forcèt.
Nous obligea à danser en
chemise.
Les interprétations concernant les origines du Branle de la chemise sont nombreuses : une autre légende veut que les Poussanais, lassés par les exigences de leurs seigneurs, se présentèrent un soir devant leurs châteaux, affublés d’une chemise de nuit, attestant ainsi qu’ils n’avaient plus rien. Maurice Chauvet, historien languedocien, dans son ouvrage Le Folklore de nos villages en Pays d’Oc, tente également d’établir l’origine de cette danse : « A
n’en pas douter, affirme t-il, cette danse découle des survivances
de la civilisation romaine que les siècles n’ont pu effacer. Rappelons
nous ces Lupercales en l’honneur du Dieu-Loup ou les Saturnales,
temps de débauche et de licence où les esclaves prenaient la place
des maîtres. » A Poussan, une similitude ? Les femmes déguisées en hommes et les hommes en femmes ?... D’autres recherches encore, établissent que le Seigneur de Provence dont il est question, n’est autre que le Roi René (1434 – 1480), avant-dernier comte de Provence, mais aussi duc d’Anjou. En effet, s’il est resté le plus connu des comtes de Provence, ce n’est que de triste mémoire : guerres coûteuses ne rapportant rien à son peuple, monnayage de ses grâces envers les condamnés, rejet des vins du sud auxquels il préférait ceux d’Anjou et politique moralisatrice exagérée, lui ont valu une réputation détestable dans le Midi, malgré le surnom de « bon Roi René » !!...
Après le Branle de la chemise, place à la Danse du chevalet. Celle-ci se pratique dans de nombreuses localités. Traditionnellement appelé le « cheval-jupon », cette coutume serait d’abord née en Provence ou en Espagne, vers la fin du Moyen-âge et aux débuts de la Renaissance2.
A Montpellier, les chevaux-jupons apparaissent dans la danse caractéristique du Chibalet qui fait partie de la Danse des Treilles, mais qu’il ne faut pas confondre avec elle. Cette danse est réglée en manière de ballet, avec des figures qui se suivent selon un ordre fixe. La chanson montpelliéraine est : « Dona
la cibada (avoine) au pauvre chivalet. Qu’es mort de fam, qu’es
mort de set ; avec
le refrain : La flata,
la grata, lou riban vert. A la moda de Vauvert. En sas abbadenas,
enmm’ a sous abbadis. A la mode de Paris. »
On retrouve le chibalet dans tout l’Hérault : à Mèze, Lansargues, Valros, Agde, à Poussan bien sûr ; dans l’Aude, à Narbonne, etc. La coutume est tellement vivace qu’on fabriquait de nouveaux chevaux quand on en avait besoin. Ils portent des clochettes et alternativement s’enfuient de leur donneur d’avoine ou le poursuivent ; un serviteur les accompagne avec un chasse-mouches3 fait d’une queue de cheval4. A Poussan, un autre danseur tient la brosse et l’étrille, et enfin le 5ème, à l’arrière, tient une tenaille et un marteau. Il représente le maréchal ferrant chargé de ferrer le cheval.
1 Maurice CHAUVET, Le Folklore de nos villages en Pays D’ Oc. 2 A. VAN GENNEP, Le Cheval-Jupon, cahiers d’ethnographie folklorique, Institut d’études occitanes de Toulouse, 1945, p.3. 3 lo moscal 4 Ibidem, p.13. 5 large bande que l’on met autour de la taille.
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