Le Chichois.. carnaval de poussan

 

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Communiqué .N° 78   Fevrier 2006

 CARNAVAL DE POUSSAN  

1976 - 2006    LES 30 ANS

 Le Carnaval de Poussan dure 4 jours : dimanche, lundi, Mardi gras et se termine le mercredi des Cendres. Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, il débute le dimanche précédent le dimanche de Carême (7 semaines avant Pâques).

Tous les ans, selon un rituel presque immuable, il se déroule de la façon suivante :

  • la cavalcade le dimanche après-midi
  • le bal costumé des enfants le lundi soir
  • le branle de la chemise des enfants, le chevalet des enfants puis le branle de la chemise suivi de la danse du chevalet des adultes et des anciens le soir de Mardi gras
  • le jugement du paillasse le mercredi des cendres…

Le tout, souvent ponctué d’apéritifs ou de repas dansants !

   Consultez le programme des animations ( fichier PDF )

     L'historique du carnaval de Poussan

A Poussan, comme partout dans l’Hérault, la cavalcade met à l’honneur son animal totémique. Dans une ambiance bon enfant mêlant les danses, les masques, les cris, les confettis, les bouteilles, les gâteaux, les chars fleuris, la pena, l’énorme cochon rose pâle de Poussan et ses 8 paires de jambes mène la danse.

On connaît aussi le chameau à Béziers, le poulain à Pézenas -récemment classé patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO-, à Adissan et à Alignan-du-Vent.

De tradition ancienne ou d’invention récente, on retrouve les animaux totémiques, éléments forts de l’identité locale, dans tout le Bas Languedoc. Si Poussan a son cochon, Loupian exhibe son Loup, Montagnac sa chèvre, Bessan son âne : le Département illustre à lui seul l'arche de Noé. Le totem est bœuf à Mèze, crabe à Marseillan, chenille à Pinet, cochon noir à Saint-André-de-Sangonis.

Ces animaux de toile à la tête minuscule, portés par des hommes, sont présentés comme les garants de l’unité villageoise et comme les protecteurs de la communauté. On les trouve sur un territoire réduit qui va de Montpellier à Béziers. Leur légende se perd souvent au fin fond de l’histoire. Les plus anciens remonteraient à l’Antiquité. C’est le cas du bœuf de Mèze, dont l’histoire nous dit la légende, commence en l’an 59 de l’ère chrétienne. Pour d’autres, la légende remonterait au Moyen-Âge. Comme chacun le sait, les origines de Poussan remontent à l’époque gallo-romaine. Un dénommé Porcius a acquis sa terre à l’emplacement actuel de la ville et les villas (à l’origine, ce sont des fermes) ont peu à peu formé un village que l’on a appelé Porcius…

Quoi qu’il en soit, ces animaux feront leurs premières apparitions dans les archives locales à partir du XVIe siècle. On les retrouve de nos jours, venant animer par leur sorties les fêtes de nos villages.


Une autre tradition, cette fois-ci exclusivement Poussanaise, se déroule le soir du Mardi gras : il s’agit du Branle de la chemise :

« Parmi toutes ces cérémonies, une des plus curieuses est celle qui se place le soir du Mardi gras ; nous l’avons encore pu voir deux ans avant la guerre. Au son d’une musique étrange, on voit dans la nuit se former une théorie plus étrange encore composée d’hommes portant des chemises de nuit et des bonnets de femme tandis que les femmes s’affublent d’une chemise d’homme et d’un bonnet à mèche. Chacun porte à la main une bougie allumée protégée du vent par un papier huilé blanc ou rouge, selon la couleur politique du participant, car ici on ne connaît pas les nuances intermédiaires, et cette curieuse procession déroule ses arabesques à travers le village. On y compte deux à trois cents personnes.

A la lueur des flambeaux, les ombres agrandies des danseurs, on devrait plutôt dire des sauteurs, se dessinent sur les antiques murailles ou s’étalent sur les façades des maisons pendant que le hautbois et le tambour font retentir sans trêve leur aigre et trépidante musique.

On fait halte devant les cambuses, sortes de « mazets » où les hommes mariés ayant rompu tous liens avec l’extérieur depuis trois jours, se livrent à une retraite gastronomique ; le plat d’escargot y est de rigueur. Chacun descend se joindre aux camisards car la fin des réjouissances approche, et bientôt on s’arrête devant les cafés, les blancs et les rouges fraternisent… les chemises aussi, on danse, on chante, on crie…jusqu’au moment où sonne minuit. Chacun doit rentrer en sa demeure sinon les attardés risquent de rencontrer la patrouille fesceninne composée de solides gaillards parcourant les rues armés d’un faisceau de sarments de vignes bien liés semblable à celui des licteurs romains. Leur fonction consiste à caresser un peu rudement le bas du dos des ivrognes et des retardataires pour leur apprendre que carnaval est mort et qu’on prend Carême. »1


Traditionnellement, un ancien du village prend la tête du défilé. Les danseurs, grimés avec du rouge et de la farine sur les joues, s’accrochent les uns aux autres et vont danser dans les ruelles en frappant aux portes pour annoncer leur passage. Ils entonnent à tue-tête le chant Brande de la Camisa, brande ternari de Carnaval, Branle de la chemise, branle ternaire de Carnaval :


1.  Diga-me Jacon, Dis-moi Jacquot, diga-me Margarida, Dis-moi Marguerite,   Perqué qu’avètz mes Pourquoi avez-vous mis  La camisa polida ? Une jolie chemise ?   La portar defora aqueste sèr, De la porter dehors ce soir,   Tot aquo vos dona un fotut air. Ça vous donne vraiment un drôle d’air.

2. La portam antan On la porte ainsi Per faire pénitença, Pour faire pénitence,    Car i a dos cents ans, Car il y a deux cents ans Lo Senhor de Provença, Le Seigneur de Provence, Coma i aviam mancat de respèct, Comme nous lui avions manqué de respect, A dançar en camisa nos forcèt.  Nous obligea à danser en chemise.

 

Les interprétations concernant les origines du Branle de la chemise sont nombreuses : une autre légende veut que les Poussanais, lassés par les exigences de leurs seigneurs, se présentèrent un soir devant leurs châteaux, affublés d’une chemise de nuit, attestant ainsi qu’ils n’avaient plus rien.

Maurice Chauvet, historien languedocien, dans son ouvrage Le Folklore de nos villages en Pays d’Oc, tente également d’établir l’origine de cette danse :

« A n’en pas douter, affirme t-il, cette danse découle des survivances de la civilisation romaine que les siècles n’ont pu effacer. Rappelons nous ces Lupercales en l’honneur du Dieu-Loup ou les Saturnales, temps de débauche et de licence où les esclaves prenaient la place des maîtres. »

A Poussan, une similitude ? Les femmes déguisées en hommes et les hommes en femmes ?...

D’autres recherches encore, établissent que le Seigneur de Provence dont il est question, n’est autre que le Roi René (1434 – 1480), avant-dernier comte de Provence, mais aussi duc d’Anjou. En effet, s’il est resté le plus connu des comtes de Provence, ce n’est que de triste mémoire : guerres coûteuses ne rapportant rien à son peuple, monnayage de ses grâces envers les condamnés, rejet des vins du sud auxquels il préférait ceux d’Anjou et politique moralisatrice exagérée, lui ont valu une réputation détestable dans le Midi, malgré le surnom de « bon Roi René » !!...


Après le Branle de la chemise, place à la Danse du chevalet. Celle-ci se pratique dans de nombreuses localités. Traditionnellement appelé le « cheval-jupon », cette coutume serait d’abord née en Provence ou en Espagne, vers la fin du Moyen-âge et aux débuts de la Renaissance2


A Montpellier, les chevaux-jupons apparaissent dans la danse caractéristique du Chibalet qui fait partie de la Danse des Treilles, mais qu’il ne faut pas confondre avec elle. Cette danse est réglée en manière de ballet, avec des figures qui se suivent selon un ordre fixe. La chanson montpelliéraine est :  

« Dona la cibada (avoine) au pauvre chivalet. Qu’es mort de fam, qu’es mort de set ; avec le refrain : La flata, la grata, lou riban vert. A la moda de Vauvert. En sas abbadenas, enmm’ a sous abbadis. A la mode de Paris. »

On retrouve le chibalet dans tout l’Hérault : à Mèze, Lansargues, Valros, Agde, à Poussan bien sûr ; dans l’Aude, à Narbonne, etc. La coutume est tellement vivace qu’on fabriquait de nouveaux chevaux quand on en avait besoin. Ils portent des clochettes et alternativement s’enfuient de leur donneur d’avoine ou le poursuivent ; un serviteur les accompagne avec un chasse-mouches3 fait d’une queue de cheval4. A Poussan, un autre danseur tient la brosse et l’étrille, et enfin le 5ème, à l’arrière, tient une tenaille et un marteau. Il représente le maréchal ferrant chargé de ferrer le cheval.


A Poussan, pour qu’un chevalet soit exécuté dans les règles de l’art, il faut donc 5 bons danseurs vêtus avec : un pantalon, une chemise et des tennis blancs, un gilet, une cravate et une taillole5 rouge, un chapeau de paille (canotier).


Souvent, la soirée s’achève avec la danse de l’échelle. A Poussan, celle-ci se danse sur l'air de la "cagaraula" (l'escargot), air qui clôturait pratiquement toutes les fêtes votives de la région, et qui est encore en vigueur à certains endroits (à Cournonterral , par exemple).4 personnes, filles ou garçons, du moment qu’ils sont volontaires, passent la tête entre les barreaux d’une échelle, bousculent la foule, et crachent une mixture (biscuits, chocolat et autre…) distribuée par un 5e compère dans un seau… Avis aux amateurs…


Notre carnaval, après plus de 3 jours de festivités intenses, s’achève traditionnellement avec le jugement du Paillasse devant le marché couvert, par la fameuse Cie théâtrale de Poussan : le Strapontin. Sera-t-il condamné au bûcher en 2006 ?

1 Maurice CHAUVET, Le Folklore de nos villages en Pays D’ Oc.

2 A. VAN GENNEP, Le Cheval-Jupon, cahiers d’ethnographie folklorique, Institut d’études occitanes de Toulouse, 1945, p.3.

3 lo moscal

4 Ibidem, p.13.

5 large bande que l’on met autour de la taille.

 

 

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