Interview
. N°
68
10
novembre 2003
L'habitat
écologique.
Le
Chichois est allé rencontrer Dominique BONNARD, au pied du
Canigou dont on aperçoit le sommet enneigé depuis les
hauteurs du Mont St Clair, pour se faire expliquer ce qui se cache derrière
l'appellation "habitat écologique". Dominique consacre sa vie
et son énergie à construire ou réhabiliter des
habitations dans une démarche écologique.
Le
Chichois : Qu'est-ce qui différencie
un habitat écologique d'un autre, disons, plus classique ?
Dominique
: L'attente, la recherche d'un habitat
que l'on nomme écologique répond à un besoin profond
de la société. Cela participe à une quête
de cohérence de vie, à un désir de reprendre du
pouvoir sur sa vie face au dégradations de toutes sortes. C'est
une alternative face à l'habitat standardisé, liés
aux effets sur la santé de matériaux et de produits nocifs.
A dater des années 50, l'habitat s'est industrialisé entraînant
une standardisation des volumes et des modes de vie ainsi qu'une multitude
de dépendances technologiques. Un habitat bon marché accessible
à un grand nombre et considéré, dans un premier
temps, comme un progrès : mode de chauffage, eau courante, électricité,
assainissement... Aujourd'hui l'habitat se pense en terme de gestion
de l'énergie, d'habitat tendant vers l'autonomie maximum. Un
habitat qui prend en compte les ressources naturelles non renouvelables,
les écosystèmes locaux. L'habitat écologique se
construit en association avec les caractéristiques du milieu
naturel local, dans une osmose retrouvée de l¹Homme avec
son milieu. A l¹opposé l'habitat standardisé se pense
comme se protégeant de la nature. Penser un habitat écologique
n¹a rien à voir avec une recette : c'est avant tout une
démarche qui permet de vivre mieux et autrement. Cette recherche-action
s'applique tout autant à un habitat existant à rénover,
à un atelier professionnel, à l'habitat urbain collectif...
et touche les questions d'urbanisme, la mixité socio-économique...etc
La volonté de consommer une nourriture issue de l'agriculture
biologique est maintenant reprise par un nombre croissant de la population
par contre le concept d'habitat écologique demeure encore bien
nouveau pour l'immense majorité ici en France alors que les allergies
non diagnostiquées liées à l'habitat touchent de
plus en plus de monde : composants de colles, peintures, moquettes,
champs électromagnétiques, traitements des bois, aérosols,
les solvants, etc.....120 000 produits chimiques sont commercialisés
en Europe : seuls 5% d'entre eux ont fait l'objet de recherches destinées
à évaluer leurs effets sur la santé....
Le
Chichois : Techniquement parlant, comment
se concrétise cette démarche ?
Dominique
: C¹est tout d'abord construire
avec les ressources et matériaux locaux en priorité. Il
est évident que l'on portera une attention particulière
aux conditions d'exploitation, de fabrication, de transport de produits
écologiques industrialisés provenant d'ailleurs, aux conséquences
que ces choix impliquent. Un habitat écologique doit être
synonyme de techniques intelligentes et simples, faciles à réparer,
à entretenir, une architecture modifiable pour un habitat évolutif
selon les besoins de ses habitants. Penser habitat écologique,
c¹est mettre en oeuvre des concepts qui peuvent être repris
par tous, adaptés aux ressources locales et aux moyens de chacun.
En l'état actuel des moyens disponibles, mettre en oeuvre un
projet c'est tout d'abord enquêter sur les ressources humaines
et matérielles locales : il faut s'appuyer sur le réseau
des échanges de savoirs locaux ou régionaux souvent riches
d¹expériences contrastées. La connaissance, le choix
et la mise en oeuvre de matériaux écologiques passe par
cette écoute. Cette démarche est d'autant plus incontournable
du fait que nombre de produits écologiques ne sont pas encore
homologués par les Instances du Bâtiment en France.
Le
Chichois : Et concernant les économies
d'énergie ?
Dominique
: Un des premiers principes de la construction
écologique est de savoir où situer la maison, son orientation,
son abri naturel : par exemple, une maison entièrement à
l'ombre consomme 50% d'énergie thermique de plus qu¹une
maison exposée au soleil. L'architecture peut être source
économe ou dispendieuse d'énergie. Une isolation soignée
est la première source d'économie d¹énergie.
Les économies d'énergies, c¹est aussi investir dans
les énergies naturelles renouvelables. Les économies d'énergie,
c'est aussi revisiter, repenser ses habitudes de vie, redéfinir
ses choix : baignoire ou douche par exemple, éclairage moins
gourmand en énergie, récupération de l¹eau
de pluie, cheminée ou poêle à haut rendement, etc...
Bref, les économies d¹énergies sous toutes les formes:
ne pas gaspiller, retrouver la valeur d¹usage des choses de la
vie, sont autant de gisements à explorer pour une amélioration
qualitative de la vie.
Le
Chichois : Y-a-t-il des particularités
sur le traitement des eaux usées ?
Dominique
: Hélas, il est actuellement
impossible d'éviter une connexion au système du ³tout
à l'égout quand ce dernier dessert le terrain ou l'habitation
concernée. Le premier principe est de réduire au maximum
l'émission de rejets polluants. En ce qui concerne les fosses
septiques, il est possible d'associer des bassins de décantation
et d'épuration végétale. Il est toujours possible
d'imaginer des moyens pour maîtriser son impact sur le milieu
naturel.
Le
Chichois : D'autres particularités
concernant le concept habitat écologique" ?
Dominique
: Oui. Une maison doit pouvoir respirer.
Trop d'étanchéité est nuisible à la construction
comme au bien être de ses habitants, c¹est ce que l'on nomme
le concept de paroi respirante. Une atmosphère confortable nécessite
l¹utilisation de matériaux microporeux capables d'absorber
ou restituer l'humidité en fonction des besoins. Là encore,
il faut penser avec la nature et non contre. A ce sujet, un livre fait
référence: celui de Jean Pierre Oliva traitant de
l'isolation écologique aux éditions Terre Vivante.
Autre point sur lequel je voudrais revenir. Un habitat écologique
rigide n¹existe pas, n'a pas de sens sauf ceux qui le vivent comme
un effet de mode ou de repli sur soi dissocié du reste de la
vie. C'est pourquoi je préfère les termes habitat et écologie
comme problématique permanente. C'est un travail en mouvement,
le fruit de compromis, nécessairement, guidés par la volonté
d¹une démarche globale de vie plus cohérente sans
dogmatisme.
Le
Chichois : La démarche écologique
a un coût, qu'en est-il par rapport à la construction traditionnelle
?
Dominique
: C'est très variable. J'ai
dit antérieurement, me semble t-il, que rénover ou construire
une maison avec une perspective écologique était à
la portée de chacun. Tout dépend du choix des produits
utilisés, de la qualité du fini demandé. Mais la
véritable comparaison à faire se situe dans la durée.
L'avenir appartient aux maisons à faible consommation d'énergie.
Le budget de maintenance d'une maison classique en parpaing est sans
commune mesure avec un habitat écologique bien pensé économe
en énergies. L'entretien de ce type d'habitat, la réparation,
les modifications ont généralement été conçues,
pensées pour être facilement modifiables, simples et accessibles
par l'habitant. Les principes de base de l'éco-construction sont
d'économiser toutes les ressources. L'architecture intérieure
de l'habitat écologique a été conçu dans
ce sens : l'habitat écologique n'est aucunement synonyme de sensationnel,
d'un paraître, tout au contraire celui-çi est centré
sur les effets immédiats du milieu ambiant et le bien-être
de ses habitants car nous passons de plus en plus de temps dans nos
maisons.
Le
Chichois : Existe-t-il des aides ou
des incitations pour l'habitat écologique ?
Dominique
: En France, bien peu de choses en
réalité. Quelques efforts comme la Région Rhône
Alpes ou Les Pyrénées Orientales concernant la production
d¹eau chaude solaire mais dans l'ensemble de trop rares incitations
en direction d'un habitat écologique. Par contre en Europe du
Nord, les initiatives d'appui à l'usage de matériaux sains
et recyclables, aux économies d'énergies, à la
récupération des eaux de pluie, etc... sont beaucoup plus
avancées.
Le
Chichois : Y a-t-il des filières
de formation pour les professionnels ?
Dominique
: Quelques initiatives, quelques possibilités
d¹initiation à la mise en oeuvre de produits mais pas de
formations à part entière pour le moment encore à
ma connaissance. La demande pour un habitat sain est en hausse continue,
c'est un phénomène qui touche nombre de pays affectés
par les effets de l'habitat industrialisé. Or, à ce jour,
il y a encore trop peu de professionnels qui s'y intéressent
et qui soient en mesure de répondre à cette demande. Le
professionnel qui adopte cette démarche est obligé de
se former par une recherche et une expérimentation personnelle.
Mais il existe des réseaux identifiables, des revues, des associations,
des producteurs de matériaux, de produits, avec lesquelles il
est possible de pratiquer des échanges de savoirs. Pour le moment,
la part majeure de la construction écologique se fait dans le
cadre de l'auto-construction par les habitants porteurs de projet.
Pour
en savoir plus : D'abord l'adresse de dominique : dominique.bonnard3@wanadoo.fr
Ensuite
quelques ouvrages : " L'isolation écologique" de Jean-Pierre
Oliva (Ed Terre Vivante) "Eco-Logis, La Maison à Vivre"
(distribué par Terre Vivante) "Vivre au naturel, la maison
écologique" de David Pearson (Ed Flammarion) "Maisons
écologiques d'aujourd'hui" de Jean Pierre Oliva, Antoine
Bosse Platière et Claude Aubert (Ed Terre Vivante) "Annuaire
National de l'habitat écologique, édit ion 2003" (co-édition
Terre Vivante, Magazine La Maison écologique, site www.cr3e.com)
"Guide raisonné de la construction écologique, édition
2003"
Enfin
des coordonnées utiles : Ecole d'Avignon Maison du
Roi René 6, rue Grilolas 84000 Avignon - Bâtir Sain 4,
rue des Coteaux 91370 Verrière le Buisson - Terre Vivante Domaine
de Raud 38710 Mens Tél : 04 76 34 80 80 Fax : 04 76 34 84 02
(Terre Vivante organise régulièrement des journées
à thèmes sur l'habitat animées par des professionnels).
Bernard
Stéphan