Conférence
O.M.C. de Cancun. De nombreuses ONG ainsi que des économistes
préconisent et demandent que soit réévaluée,
voire tout simplement annulée la dette des pays en voie de dévellopement
D’après
le Comité pour l’Annulation de la Dette des pays du Tiers Monde (CADTM),
elle serait actuellement de 2100 milliards de dollars. Une part
importante des budgets de ces pays est aujourd’hui consacrée au service
de la dette. Ce puissant mécanisme de transfert de leurs richesses vers
les pays du centre les épuise, empêche tout développement réel et durable,
subordonne ces pays aux pays du Centre et permet à la bulle financière
de croître et de jouer son rôle déstabilisateur.
En
1968, la Banque Mondiale sous la présidence de Robert Mac Namara
augmente considérablement les prêts mais assortis de fortes conditions
visant à connecter les économies du Sud au marché mondial. Le Nord
accorde des prêts pour des projets tournant les économies du Sud
vers les exportations à destination des pays industrialisés (ressources
naturelles, cultures d’exportation qui remplacent les cultures vivrières)
et en même temps, le Sud importe des biens, des services et technologies
fournis par le Nord.
En
1979 la Banque Centrale des USA décide d’augmenter subitement et
de manière drastique les taux d’intérêts américains (afin de réorienter
les investissements vers les USA : besoin d’argent pour la politique
d’armement de Reagan, et refus d’augmenter les impôts). Cette décision
va plonger les pays du Tiers Monde dans une spirale infernale. Les prêts
étaient libellés en dollars et indexés en fonction du marché des taux
d’intérêts américains et de celui de la City (Londres).
Du
coup ces taux d’intérêts explosent (exemple : l’Amérique Latine : le
taux d’intérêt réel passe de -3,4% dans les années 70-80 à +27% en 1982).
La situation s’aggrave en outre du fait de la baisse des revenus d’exportations
des pays du Tiers Monde : l’offre accrue des produits exportés par ces
pays dans un contexte d’essoufflement du rythme de croissance des pays
industrialisés, fait chuter leur prix, d’où une baisse des revenus en
devises permettant de rembourser les dettes. A cela il faut ajouter
d’autres facteurs d’appauvrissement en devises (hausse du prix du pétrole,
fuite des capitaux, corruption, enrichissement de certains dirigeants).
Au moment où les taux explosent et font gonfler la dette, le stock de
devises mobilisables pour rembourser ces dettes baisse. Il faut rembourser
davantage avec des revenus en diminution. Il faut alors emprunter pour
rembourser ! Or les taux d’intérêts qui s’y rapportent, augmentent !
C’est
la mise en route de la spirale. Craignant de ne jamais revoir l’argent
prêté, les banques stoppent tout crédit ! Les flux financiers vers les
pays du Sud se tarissent. Le Sud envoie plus de capitaux vers le Nord
que l’inverse. Les pays les plus endettés font face à d’énormes difficultés
de paiement. C’est la crise de la dette qui explose en 1982 à partir
du Mexique.
En
1999, les pays en développement ont remboursé 350 milliards de dollars
pour le service de leur dette (World Bank, GDF 2000). Depuis 1980, la
dette du Tiers Monde, bien que remboursée plus de cinq fois, a quadruplé.
Si ces chiffres illustrent à eux seuls l'échec des programmes d'ajustement
structurel, imposés partout par le FMI et la Banque mondiale suite à
la crise de la dette de 1982, ils dénoncent aussi le fardeau budgétaire
qui accable les pays pauvres.
La dette est devenue le principal poste de dépenses des Etats du Tiers
Monde et un gigantesque mécanisme de transfert des richesses du Sud
vers les créanciers des pays riches du Nord. Les
victimes de cette situation sont les milliards d'êtres humains privés
de services sociaux et condamnés à la misère.