Le Chichois..dossier OGM 11

 

 

 

 

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DOSSIER OGM

Article paru, dans le chichois, le 20 juin 2003.

Courage Prométhéen ou peur du principe de précaution? 

C'est ainsi qu'est souvent posé le problème pour forcer l'acceptation des OGM : Le risque zéro n'existe pas, les hommes n'auraient jamais progressé s'ils n'avaient pris sans cesse des risques. La peur a du être oubliée pour permettre les grandes conquêtes de l'histoire humaine.
La situation actuelle, des risques et de la peur, peut elle s'énoncer toujours dans ces mêmes termes ? Les risques sont ils encore pris à l'échelle humaine - risques individuels ou communautaire - ou à l'échelle de l'humanité et de la planète ? 
Sont ils prévisibles par les experts? Sont ils compatible avec la logique commerciale des multinationales, qui veulent inonder les marchés avant que ne soient effectuées des études de risque sérieuses ? 
Et qu'en est il de la peur? Ne domine t-elle pas notre époque technicienne - peur de la mort, de la vieillesse, de la maladie, peur du manque - surtout, peur de l'insécurité, peur de l'autre ...etc ? 

Pierre Henri Gouyon ( Directeur du laboratoire UPS-CNRS d'« Ecologie, Systématique et Evolution », Membre du Comité de biovigilance, Docteur Ingénieur en génétique de formation, exerce diverses responsabilités au sein du Conseil de département des sciences de la vie du CNRS et au Comité opérationnel éthique. Il est également diplôme en philosophie) a déposé un rapport d'information au sénat, en mars 2003, sur ce sujet. P-H Guyon était l'un des cinq conférenciers venu prendre la parole à Meze, le 14 juin 2003, lors de la fête annuelle " Un monde sans ogm". 

Lorsque les "mises à l'épreuve", les essais, sortent des laboratoires pour se dérouler en pleine nature, pour voir ce que l'on ne peut prévoir, a t-on affaire à des experts ( mais que cherche t-on, sur combien de temps? C'est par définition ce qu'ignorent les experts), ou à des risques-tout, à des pirates? 
Dans les laboratoires on fait des expériences sur des souris, des cobayes, mais à ciel ouvert on fait des essais sur les êtres humains et des mises à l'épreuve des équilibres écologiques. C'est cela qui pose problème. On ne peut prévoir à l'avance tous les effets secondaires d'un médicament ou d'une molécule chimique, à fortiori si on ne les cherche pas - volontairement ou par ignorance. L'aventure est encore plus osée s'il s'agit d'ogm. 
"Finalement, qui est irrationnel ? Le citoyen qui dit que c'est dangereux parce qu'on transgresse ou le scientifique qui tout en sachant les limites de ses connaissances affirme haut et fort qu'il n'y a pas de risque ; je ne sais pas lequel des deux est le plus irrationnel, et c'est ce qui m'ennuie beaucoup vis-à-vis de la communauté scientifique à laquelle j'appartiens pleinement. " conclut P.H. Gouyon dans son rapport. 

QUELS SONT LES PRINCIPAUX OBSTACLES A UNE JUSTE APPRECIATION DES RISQUES ? 
     --- La formation - d'après P.H.Gouyon et autres - des scientifiques, et donc des experts, est très incomplète: les biologistes moléculaires et les généticiens n'ont aucune formation en écologie, en toxicologie, en épidémiologie ni en environnement. Comment peuvent ils prévoir les risques relevant de ces domaines?
     --- La composition de la commission du génie biomoléculaire, qui donne les autorisations de mises sur le marché pour les ogm aux grands groupes transnationaux de l'agro alimentaire, est très déséquilibrée: " si l'on en regarde sa composition, on s'aperçoit qu'il n'y a « qu'un et demi » spécialiste de l'écologie, un seul spécialiste de toxicologie" Comment peut elle s'occuper, sérieusement, de santé publique et d'environnement, comme lui dicte sa fonction? 
     ---" La biologie est une science bien souvent empirique, c'est-à-dire que c'est une science dans laquelle on ne sait « prévoir » que ce que l'on a vu se produire souvent, ce n'est pas une science théorisée au sens où l'on aurait des modèles théoriques permettant a priori de décider de ce qui va se passer si on fait telle ou telle chose - la physique a atteint ce stade-là, je ne sais pas si la biologie l'atteindra un jour, mais à mon avis, je pense que l'on peut dire qu'elle n'y est pas." 

QUELQUES EXEMPLES DE RISQUES INACCEPTABLES 
     -- les effets de système: " Le même OGM qui pourra être très bien dans un certain cadre sera très mal dans un autre parce qu'il y avait déjà un autre OGM résistant au même herbicide qui est cultivé dans le même région. Ces effets de système ne sont donc pas pris en compte à l'heure actuelle, et cela fait partie des recommandations des sages du Conseil économique et social à prendre en compte, mais on saurait difficilement comment le faire, il y a tout un travail d'élaboration à réaliser pour mettre en place la façon de gérer les choses de façon globale"
     -- Les recombinaisons de génome : "C'est ce que je vous disais en précisant que nos capacités de prévision sont faibles. Des modèles théoriques sur lesquels cela pourrait arriver, on en connaît ; par exemple, il y a des trèfles qui produisent du cyanure et d'autres qui n'en produisent pas soit parce qu'ils ne produisent pas le précurseur, soit parce qu'ils ne produisent pas l'enzyme, en tout cas il faut un précurseur et une enzyme pour fabriquer du cyanure dans un trèfle. Si vous avez un colza qui ne possède pas l'enzyme en question et que vous rentrez le précurseur dedans, eh bien vous ne verrez rien. Si vous avez un colza qui n'a pas le précurseur et que vous mettez l'enzyme dedans, vous ne verrez rien, mais si vous mettez ensemble l'enzyme et le précurseur, là vous verrez se dégager du cyanure. Evidemment, ce genre de chose peut se produire. Il pourrait très bien arriver qu'un jour, par croisement... Pas besoin de deux OGM pour le coup. Vous pouvez très bien faire un OGM avec un transgène dans une plante donnée dans un contexte génétique donné et que ce même gène dans un autre contexte génétique fasse quelque chose qui soit tout à fait désagréable, même si le contexte génétique n'est pas lui-même OGM.
      -- Le passage de gènes modifiés entre la plante cultivée et son équivalent sauvage: " A cette époque, nous disions que deux plantes nous semblaient devoir être mises sous boisseau pendant longtemps : le colza et la betterave. Le colza parce qu'il est invasif en lui-même et la betterave parce qu'elle se croise très librement avec les mauvaises herbes. Nous avions commencé à travailler là-dessus et les industriels (Rhône-Poulenc pour ne pas les nommer) nous ont dit contrôler totalement la situation. Il nous a fallu trois ans pour démonter que les sauvages et les cultivés échangeaient librement leurs gènes. Lorsque nous avons prévenu la CGB et Rhône-Poulenc, ils nous ont dit qu'ils le savaient, mais qu'ils n'avaient pas voulu le dire de peur que nous fassions obstruction.

CONCLUSION 
      -- "Les scientifiques honnêtes doivent dire qu'ils ne peuvent pas affirmer s'il y a vraiment des risques avec telle ou telle technologie, ils peuvent dire qu'ils n'en voient pas, qu'a priori ils ont l'impression qu'il y a peu de risques, mais dire que l'on sait qu'il n'y a pas de risque ne me semble pas sérieux. " C'est là une vérité que scientifiques, politiques, industriels, juges, et assureurs doivent affronter." 
"On pourra dire, cet OGM c'était une erreur, il faut l'arrêter et on l'arrêtera. Mais la question qui se pose, c'est : est-ce qu'on n'aura pas déjà lancé quelque chose qu'on ne pourra plus arrêter parce qu'une fois qu'on est en train de le cultiver, il sera déjà trop tard." -
      -- On aurait pu écrire le même article il y a 5 ans en plus optimiste , les craintes étaient les mêmes, les études de risques n'ont pas été menées, Les craintes ont été confirmées en de nombreux points. 
Le principal argument avancé pour etre optimiste est que l'on a détecté aucun problème de santé chez les Américains nourris aux OGM depuis 8 ans. Mais qu'a t on recherché? La toxicité des pesticides ( en particulier les malformations sexuelles des nouveaux nés, ainsi que les nuisances sur l'environnement) n'a été reconnue qu'après l'usage par trois génération de cultivateurs!! 
      -- Autre sujet d'inquiétude: le concept de gène est en plein chanboulement chez les généticiens, depuis 2 ou 3 ans, mais les ogm mis sur le marché ont été fabriqués, eux, il y a 10 ou 15 ans.

 

Géronima Glasgow / extrait du rapport de Pierre Henri Gouyon

 

 


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