Le "Sommet Mondial de l'Alimentation, cinq ans après" se tient à Rome
du 10 au 13 juin. Ce sommet organisé par la FAO -
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
- a pour objectif de passer
en revue les progrès réalisés depuis le Sommet de 1996, de présenter
les mesures que les dirigeants envisagent pour atteindre les buts fixés,
de mobiliser la détermination politique et les ressources pour accélérer
les progrès accomplis dans la lutte contre la faim.«A
cette époque d’abondance, comment le monde peut-il continuer à tolérer
que plus de 800 millions de personnes doivent lutter contre la faim
au quotidien et vivre dans la plus grande misère?»
Le
sommet Mondial de l'Alimentation
fera le point des progrès et identifiera des moyens d’accélérer
le processus. Les chefs d’Etat ou de Gouvernement sont conviés à
cet événement historique, au vu de leur capacité privilégiée d’influencer
la politique au niveau le plus élevé. Les organismes des Nations
Unies et les organisations intergouvernementales et non gouvernementales
participeront également au Sommet.
Pourquoi
maintenant ? Lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1996, les
représentants de 185 nations et de la Communauté européenne se sont
fixé l’objectif de réduire de moitié le nombre d’enfants, de femmes
et d’hommes sous-alimentés d’ici 2015.Force
est de constater que les progrès accomplis à ce jour ont été trop lents.
Pour atteindre l’objectif, le nombre de personnes sous-alimentées devrait
baisser au rythme de 20 millions chaque année, soit beaucoup plus que
le taux actuel de 8 millions. Si nous prenons des mesures correctives
dès maintenant, le but peut encore être atteint.
Le
FIDA ( Fond international de développement agricole ) cite
" POUR FAIRE DIMINUER DE MOITIÉLA PAUVRETÉ DANS
LE MONDE, IL FAUT PRIVILÉGIER LA REVITALISATION DE L’AGRICULTURE
Aujourd’hui, 1,2 milliard d’habitants de la planète vivent dans une
situation de pauvreté extrême, avec moins d’un dollar par jour. Les
trois quarts des pauvres du monde vivent et travaillent dans les campagnes".
Pour lutter efficacement contre la pauvreté, il faut réorienter
les ressources en faveur des habitants des campagnes et des pauvres.
Il est non seulement inéquitable, mais aussi inefficient d’exclure des
segments de population de l’école ou de les empêcher d’exploiter des
ressources productives simplement parce qu’ils sont trop pauvres pour
emprunter, ou parce qu’ils sont nés dans des villages et n’ont donc
pas accès aux services qu’offrent les villes, ou parce qu’ils vivent
dans des zones isolées et éloignées des marchés. Néanmoins, la relance
de l’agriculture n’est qu’une partie de la solution au problème de la
pauvreté rurale. Les progrès de l’agriculture peuvent contribuer à réduire
la pauvreté, mais à condition d’être associés à d’autres transformations
visant à donner aux pauvres davantage d’influence sur les facteurs sociaux
qui déterminent, et trop souvent limitent, l’horizon de leurs possibilités,
y compris dans le domaine de l’agriculture. "
La lutte contre la pauvreté n’est pas quelque chose que les
pouvoirs publics, les organisations de développement ou les ONG peuvent
faire pour les pauvres. Ils peuvent forger des partenariats et aider
à mettre en place les conditions dans lesquelles les pauvres peuvent,
grâce à leurs propres talents et compétences, trouver les moyens de
sortir de la pauvreté. Mais ce sont les pauvres eux-mêmes qui doivent
être les acteurs de leur propre développement. "
Une
analyse de l'organisation Greenpeace montre
bien que la planète produit aujourd'hui assez de nourriture pour satisfaire
tous les besoins, plus de 800 millions de personnes dans le monde souffrent
toujours de la faim. Cette situation paradoxale perdure car les premières
causes de malnutrition sont les conflits armés et la pauvreté. La solution
est donc d'abord politique et économique. Accéder dans la dignité à
une nourriture qualitativement et quantitativement suffisante implique
d'avoir un pouvoir d'achat approprié ou de produire sa propre nourriture.
C'est l'accès aux moyens de production, surtout à la terre, et la répartition
des richesses dans la population, qui posent problème. Il n'y a, de
fait, pas de relation directe entre la quantité de nourriture produite
par un pays et le nombre de mal nourris qui y vivent. Ainsi, 80% des
enfants souffrant de malnutrition vivent dans des pays qui exportent
des denrées alimentaires. Une partie des Argentins ne mange pas à sa
faim, alors que ce pays est le deuxième exportateur mondial de plantes
génétiquement modifiées. De même, 20 millions de Brésiliens, soit 10%
de la population, sont mal nourris, alors que le Brésil exporte chaque
année plus de 11 millions de tonnes de soja. Il faut aussi trouver des
débouchés rémunérateurs pour les productions : les paysans du Sud sont
souvent les premières victimes de la faim car ils doivent également
faire face à la concurrence déloyale des produits issus de l'agriculture
très subventionnée des pays du Nord.
La
pénétration des OGM. Une part croissante des citoyens
du monde, Européens en tête, refusent de voir des organismes génétiquement
modifiés (OGM) dans leurs champs et encore moins dans leurs assiettes:
risques sanitaires mal évalués, conséquences néfastes pour l'environnement,
pollution génétique… Au refus des consommateurs et des citoyens s'ajoute
la résistance des producteurs pour lesquels les OGM n'offrent pas d'avantages
réels. Afin de surmonter ces résistances et d'écouler ses produits,
l'industrie des OGM a cru bon de modifier sa stratégie de communication.
En quelques mois, les OGM sont ainsi devenus "le moyen de combattre
la faim dans le monde et de nourrir les pays du Sud". Les déconvenues
financières des compagnies agrochimiques qui produisent les OGM leur
auraient-elles fait découvrir la philanthropie et la charité ? Comme
le prétend Monsanto, le refus des OGM ne serait-il qu'un luxe de pays
nantis que notre planète, en proie à la famine, ne pourrait se permettre?
Seulement
quatre firmes contrôlent la totalité du marché des OGM et 60% du marché
des semences : Aventis, Dupont, Monsanto et Syngeta. En 1998, Monsanto
commercialisait, à elle seule, 90% des plantes transgéniques. Pour ces
compagnies, les enjeux en terme de marchés sont colossaux. Les OGM sont
en effet des plantes brevetées, sur lesquelles les firmes détiennent
juridiquement un monopole d'exploitation commerciale. Concrètement,
ces compagnies interdisent aux agriculteurs de réutiliser une partie
de leur récolte pour la replanter l'année suivante. Cette pratique représente
pourtant un des fondements de l'agriculture, aussi bien pour les paysans
du Sud que pour ceux du Nord. En Afrique, 80% des paysans utilisent
des semences fermières, dont le contrôle est un enjeu vital. Autant
de manque à gagner pour les firmes productrices d'OGM, qui cherchent
à mettre sur le marché des semences stériles, de type Terminator . A
la stérilisation juridique du brevet s'ajouterait ainsi la stérilisation
génétique (Berlan et al., La guerre au vivant ; Edition Agone, 2001),
qui permettrait à ces quatre firmes de contrôler les ressources génétiques
et de disposer pour de bon de l'arme alimentaire.
A
l'occasion de ce sommet l'organisation mondial Greenpeace interpelle
les gouvernements et les ministres concernés de " soutenir
le principe de souveraineté alimentaire afin de permettre à chaque pays
de mettre en œuvre la politique agricole de son choix, et de pousser
la communauté internationale à s'engager dans des actions concrètes.
" , et
demande à ce que les points suivants soient mis en œuvre et inscrits
dans la Déclaration finale du Sommet :
améliorer
la sécurité alimentaire dans les dix ans à venir en donnant la priorité
aux pratiques agricoles durables respectant l'environnement, les
savoirs traditionnels et les cultures locales
ratifier immédiatement le Protocole de Carthagène sur la Biosécurité
ainsi que le Traité International sur les Ressources Génétiques
pour l'Alimentation et l'Agriculture reconnaître et mettre en œuvre
le droit des Etats à refuser les importations d'OGM et à protéger
leurs ressources génétiques nationales de toute contamination génétique,
en particulier dans les centres d'origine et de diversité des espèces
interdire les brevets sur le vivant et sur les gènes et empêcher
l'utilisation des "technologies de restriction génétique", de type
Terminator, afin de garantir le contrôle public de la biodiversité
agricole
reconnaître que les organismes génétiquement modifiés ne sont pas
une solution pour résoudre la problème de la faim et qu'ils entraînent
au contraire des risques écologiques et économiques, notamment une
dépendance accrue des paysans à l'égard des firmes multinationales
éliminer les subventions agricoles qui sont destructrices pour l'environnement
et néfastes pour l'agriculture des pays du Sud