Le Chichois..PIB et bonheur  
 
 
 
 

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Société . N° 63  21 07 / 2003

BETISIER . fr

      Les Sétois ont pu lire, dans la revue de la mairie, de juillet, cette envolée lyrique :"Ne rêvons pas! La politique courageuse taillée dans le roc des réalités que nous affichons, conduira notre cité vers son destin de conquérante, d'audacieuse. Sète nous a montré par ses choix qu'elle ne voulait pas retourner au Paléolithique, nous non plus!" ( il s'agit de la revue papier : "Sète. fr", dont la version internet n'existe pas!!).
Ce vide boursouflé est signé par " le maire adjoint chargé du développement urbain et de la protection naturelle" laquelle est à la fois agent immobilier et chargée de l'environnement 
      La lourde envolée est ainsi destinée à donner le poids de l' inéluctabilité à la décision, par la mairie, de bétonner le triangle de Villeroy, contre l'avis de très nombreux Sétois - en effet ils ont été beaucoup plus nombreux à inscrire leur désaccord dans les registres des différentes enquêtes publiques et à signer plusieurs milliers de pétitions qu'à manifester leur volonté de voir aboutir ce projet. N'oublions pas que ce projet de lotissement des zones humides restantes sur la commune ( zones très riche d'un point de vue écologique . CF. L'association de protection de la nature de Sète Frontignan Balaruc  et le Chichois ) est en contradiction absolue avec les promesses électorales réitérées du candidat Commeinhes. 

       Au delà de la mauvaise foi évidente, il est amusant de voir les arguments éculés qui fonctionnent comme d'éternels passes partout pour solutionner tous les problèmes sociaux et économiques.. Il faut entendre: Si nous ne fonçons pas vers un croissance économique continue - et si possible exponentielle, ce sont là les "audacieuses conquêtes" - à base de surproduction dans tous les domaines, de bétonnage intensif, d'indifférence à la pollution et à l'épuisement des ressources naturelles nous allons retourner au paléolithique! Avec la grande culture et l'intérêt humaniste que nous pouvons soupçonner de la part d'un agent immobilier devant un chantier possible de lotissement constructible, Paléolithique, veut sans doute dire avant la révolution pastorale et agricole il y a 10 000 ans ( il n'y avait pas encore - hélas - d'australopithèque faisant creuser partout des cavernes pour les vendre ? ), mais le mot "révolution" même dans "révolution néolithique" doit lui provoquer de l'eczéma. 
      La droite est toujours pour le statu quo, pour défendre ses privilèges acquis quelque soit l'état du monde, de la société, à quelque époque que ce soit. Des révolutions, depuis celle du néolithique, il y en a eu beaucoup, elles ont fait notre monde: la révolution industrielle, la révolution agricole contemporaine, la révolution verte. Des révolutions politiques, en commençant par celles des pays anglo-saxons et la notre. La révolution de la modernité occidentale.... et bien d'autres. Aujourd'hui, le moment n'est pas, pour nos pays développé, d'augmenter la productivité ou de continuer à bâtir toujours plus de Grande Motte partout où il reste une once de terre non encore bétonnée. 
Ce n'est plus viable, c'est dépassé, parce que cela ne peut répondre aux problèmes qui sont aujourd'hui posés à l'humanité. Les révolutions ont toujours répondu à de nouvelles questions parce que le monde, la société, la nature changent. Il y a un siècle, n'existaient pas encore - à grande échelle - de disparition majeure de la biodiversité, de pollution de l'air, de l'eau, des terres, de modifications évidente du climat, une telle explosion démographique, une telle exclusion d'une si grande partie de l'humanité, ni des problèmes de surproduction, d'excès d'abondance... Ces phénomènes existent aujourd'hui, nous ne pouvons les ignorer ou les négliger. 
      
      A ces nouvelles questions on ne peut se satisfaire de donner comme réponse une simple intensification des réponses bonnes pour l'époque précédente. Il faut réfléchir et inventer de nouvelles solutions pour des problèmes qui n'ont jamais étaient posées. 
Ce qui ne change pas c'est que les révolutions sont toujours des mises en adéquations entre ressources alimentaires - ou plus globalement matérielle, biologique - et accroissement des populations, donc des besoins. Il en va de même pour les besoins de dignité humaine, d'épanouissement, d'intelligence du monde... Egoïstement nous devons nous préoccuper des besoins de l'humanité dans son ensemble car les affamés sont beaucoup, beaucoup plus nombreux que les gavés nous devons aussi prendre soin de notre planète - ce qui est totalement nouveau - car elle est relativement très très petite...    
      Pourquoi vouloir toujours plus d'argent? C'est évident lorsque l'on est pauvre mais on peut constater aujourd'hui que la croissance économique occidentale enfante le chômage et que l'écart entre riches et pauvre ne fait que s'étendre. La croissance économique - du moins depuis une quarantaine d'années - rend elle les hommes, dans leur ensemble, plus heureux? C'est l'intéressante question que s'est posé le Financial Time, traduit dans le dernier N ° du Courrier international. 
     Résumons: Nous mesurons jusqu'à présent le bien être des habitants d'un pays par le PIB ou le PNB, lesquels comprennent toutes les circulations d'argent quelles soient dues aux réparations de l'environnement lors de pollutions, soins aux humains lors d'accidents de la route ou traitements longs et coûteux des maladies de civilisation, multiplication des prisons etc.... qui ne sont pas spécialement des indicateurs de bonheur! Une fois satisfaits les besoins matériels de base, il reste d'autres besoins spécifiquement humains et tout aussi indispensables à satisfaire. Ils ont peu à voir avec le PNB - passé un certain seuil . Ce sont les besoins d'estime de soi et des autres, de reconnaissance, d'appartenance, d'amour, d'intelligence et de réalisation de ses potentiels. 

   La conclusion de l'article est " s'il n'y a plus de corrélation entre le PIB et le bonheur, cela remet en cause l'un des objectifs clé des politiques publiques, qui est de maintenir le PIB sur une trajectoire ascendante. ..... Il ne rend pas compte des choses qui prennent de l'importance pour les gens une fois que leurs besoins ont été satisfaits.." 
    
             ..........La réalité est elle si certainement un roc immuable?

 

Saül Démos



 

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