Les Sétois ont pu lire, dans la revue de la mairie, de juillet,
cette envolée lyrique :"Ne rêvons pas! La politique courageuse
taillée dans le roc des réalités que nous affichons,
conduira notre cité vers son destin de conquérante, d'audacieuse.
Sète nous a montré par ses choix qu'elle ne voulait pas retourner
au Paléolithique, nous non plus!" ( il s'agit de la revue papier
: "Sète. fr", dont la version internet n'existe pas!!).
Ce
vide boursouflé est signé par " le maire adjoint chargé
du développement urbain et de la protection naturelle" laquelle
est à la fois agent immobilier et chargée de l'environnement
La lourde envolée est ainsi destinée à donner le poids
de l' inéluctabilité à la décision, par la
mairie, de bétonner le triangle de Villeroy, contre l'avis de très
nombreux Sétois - en effet ils ont été beaucoup plus
nombreux à inscrire leur désaccord dans les registres des
différentes enquêtes publiques et à signer plusieurs
milliers de pétitions qu'à manifester leur volonté
de voir aboutir ce projet. N'oublions pas que ce projet de lotissement
des zones humides restantes sur la commune ( zones très riche d'un
point de vue écologique . CF. L'association de protection de la
nature de Sète Frontignan Balaruc et le Chichois ) est en
contradiction absolue avec les promesses électorales réitérées
du candidat Commeinhes.
Au delà de la mauvaise foi évidente, il est amusant de voir
les arguments éculés qui fonctionnent comme d'éternels
passes partout pour solutionner tous les problèmes sociaux et économiques..
Il faut entendre: Si nous ne fonçons pas vers un croissance économique
continue - et si possible exponentielle, ce sont là les "audacieuses
conquêtes" - à base de surproduction dans tous les domaines,
de bétonnage intensif, d'indifférence à la pollution
et à l'épuisement des ressources naturelles nous allons retourner
au paléolithique! Avec la grande culture et l'intérêt
humaniste que nous pouvons soupçonner de la part d'un agent immobilier
devant un chantier possible de lotissement constructible, Paléolithique,
veut sans doute dire avant la révolution pastorale et agricole il
y a 10 000 ans ( il n'y avait pas encore - hélas - d'australopithèque
faisant creuser partout des cavernes pour les vendre ? ), mais le mot "révolution"
même dans "révolution néolithique" doit lui provoquer
de l'eczéma.
La droite est toujours pour le statu quo, pour défendre ses privilèges
acquis quelque soit l'état du monde, de la société,
à quelque époque que ce soit. Des révolutions, depuis
celle du néolithique, il y en a eu beaucoup, elles ont fait notre
monde: la révolution industrielle, la révolution agricole
contemporaine, la révolution verte. Des révolutions politiques,
en commençant par celles des pays anglo-saxons et la notre. La révolution
de la modernité occidentale.... et bien d'autres. Aujourd'hui, le
moment n'est pas, pour nos pays développé, d'augmenter la
productivité ou de continuer à bâtir toujours plus
de Grande Motte partout où il reste une once de terre non encore
bétonnée.
Ce
n'est plus viable, c'est dépassé, parce que cela ne peut
répondre aux problèmes qui sont aujourd'hui posés
à l'humanité. Les révolutions ont toujours répondu
à de nouvelles questions parce que le monde, la société,
la nature changent. Il y a un siècle, n'existaient pas encore -
à grande échelle - de disparition majeure de la biodiversité,
de pollution de l'air, de l'eau, des terres, de modifications évidente
du climat, une telle explosion démographique, une telle exclusion
d'une si grande partie de l'humanité, ni des problèmes de
surproduction, d'excès d'abondance... Ces phénomènes
existent aujourd'hui, nous ne pouvons les ignorer ou les négliger.
A ces nouvelles questions on ne peut se satisfaire de donner comme réponse
une simple intensification des réponses bonnes pour l'époque
précédente. Il faut réfléchir et inventer de
nouvelles solutions pour des problèmes qui n'ont jamais étaient
posées.
Ce
qui ne change pas c'est que les révolutions sont toujours des mises
en adéquations entre ressources alimentaires - ou plus globalement
matérielle, biologique - et accroissement des populations, donc
des besoins. Il en va de même pour les besoins de dignité
humaine, d'épanouissement, d'intelligence du monde... Egoïstement
nous devons nous préoccuper des besoins de l'humanité dans
son ensemble car les affamés sont beaucoup, beaucoup plus nombreux
que les gavés nous devons aussi prendre soin de notre planète
- ce qui est totalement nouveau - car elle est relativement très
très petite...
Pourquoi vouloir toujours plus d'argent? C'est évident lorsque l'on
est pauvre mais on peut constater aujourd'hui que la croissance économique
occidentale enfante le chômage et que l'écart entre riches
et pauvre ne fait que s'étendre. La croissance économique
- du moins depuis une quarantaine d'années - rend elle les hommes,
dans leur ensemble, plus heureux? C'est l'intéressante question
que s'est posé le Financial Time, traduit dans le dernier
N ° du Courrier international.
Résumons: Nous mesurons jusqu'à présent le bien être
des habitants d'un pays par le PIB ou le PNB, lesquels comprennent toutes
les circulations d'argent quelles soient dues aux réparations de
l'environnement lors de pollutions, soins aux humains lors d'accidents
de la route ou traitements longs et coûteux des maladies de civilisation,
multiplication des prisons etc.... qui ne sont pas spécialement
des indicateurs de bonheur! Une fois satisfaits les besoins matériels
de base, il reste d'autres besoins spécifiquement humains et tout
aussi indispensables à satisfaire. Ils ont peu à voir avec
le PNB - passé un certain seuil . Ce sont les besoins d'estime de
soi et des autres, de reconnaissance, d'appartenance, d'amour, d'intelligence
et de réalisation de ses potentiels.
La conclusion de l'article est " s'il n'y a plus de corrélation
entre le PIB et le bonheur, cela remet en cause l'un des objectifs clé
des politiques publiques, qui est de maintenir le PIB sur une trajectoire
ascendante. ..... Il ne rend pas compte des choses qui prennent de l'importance
pour les gens une fois que leurs besoins ont été satisfaits.."
..........La réalité est elle si certainement un roc immuable?