Etymologie
Quel est le lien entre pirate, expert, expérience et péril?
Une
même origine Grecque et latine: Peritus " Qui a de l'expérience,
habile" Experiri " essayer" Experimentia "essai"
Expérimentium "épreuve, preuve par les faits" Expertus
"éprouvé, qui a fait ses preuves" Periculum " épreuve"
d'où le sens a dérivé vers "risque, danger, péril" En
Grecque, Peira "épreuve" d'où Peirates "pirate, risque
tout." "Empirique" vient aussi de cette même origine
grecque.
ENCORE
SUR LES OGM..... Courage Prométhéen
ou peur du principe de précaution?
C'est
ainsi qu'est souvent posé le problème pour forcer l'acceptation
des OGM : Le risque zéro n'existe pas, les hommes n'auraient jamais
progressé s'ils n'avaient pris sans cesse des risques. La peur a
du être oubliée pour permettre les grandes conquêtes de l'histoire
humaine. La
situation actuelle, des risques et de la peur, peut elle s'énoncer
toujours dans ces mêmes termes ? Les risques sont ils encore pris
à l'échelle humaine - risques individuels ou communautaire - ou
à l'échelle de l'humanité et de la planète ?
Sont
ils prévisibles par les experts? Sont ils compatible avec la logique
commerciale des multinationales, qui veulent inonder les marchés
avant que ne soient effectuées des études de risque sérieuses ?
Et
qu'en est il de la peur? Ne domine t-elle pas notre époque technicienne
- peur de la mort, de la vieillesse, de la maladie, peur du manque
- surtout, peur de l'insécurité, peur de l'autre ...etc ?
Pierre
Henri Gouyon ( Directeur du laboratoire UPS-CNRS d'« Ecologie,
Systématique et Evolution », Membre du Comité de biovigilance, Docteur
Ingénieur en génétique de formation, exerce diverses responsabilités
au sein du Conseil de département des sciences de la vie du CNRS
et au Comité opérationnel éthique. Il est également diplôme en philosophie)
a déposé un rapport d'information au sénat, en mars 2003, sur ce
sujet. P-H Guyon était l'un des cinq conférenciers venu prendre
la parole à Meze, le 14 juin 2003, lors de la fête annuelle "
Un monde sans ogm".
Lorsque
les "mises à l'épreuve", les essais, sortent des
laboratoires pour se dérouler en pleine nature, pour voir ce que
l'on ne peut prévoir, a t-on affaire à des experts ( mais que cherche
t-on, sur combien de temps? C'est par définition ce qu'ignorent
les experts), ou à des risques-tout, à des pirates?
Dans
les laboratoires on fait des expériences sur des souris, des cobayes,
mais à ciel ouvert on fait des essais sur les êtres humains et des
mises à l'épreuve des équilibres écologiques. C'est cela qui pose
problème. On ne peut prévoir à l'avance tous les effets secondaires
d'un médicament ou d'une molécule chimique, à fortiori si on ne
les cherche pas - volontairement ou par ignorance. L'aventure est
encore plus osée s'il s'agit d'ogm. "Finalement,
qui est irrationnel ? Le citoyen qui dit que c'est dangereux parce
qu'on transgresse ou le scientifique qui tout en sachant les limites
de ses connaissances affirme haut et fort qu'il n'y a pas de risque
; je ne sais pas lequel des deux est le plus irrationnel, et c'est
ce qui m'ennuie beaucoup vis-à-vis de la communauté scientifique
à laquelle j'appartiens pleinement. " conclut P.H. Gouyon
dans son rapport.
QUELS
SONT LES PRINCIPAUX OBSTACLES A UNE JUSTE APPRECIATION DES RISQUES
?
--- La formation - d'après P.H.Gouyon et autres - des scientifiques,
et donc des experts, est très incomplète: les biologistes moléculaires
et les généticiens n'ont aucune formation en écologie, en toxicologie,
en épidémiologie ni en environnement. Comment peuvent ils prévoir
les risques relevant de ces domaines?
--- La composition de la commission du génie biomoléculaire, qui
donne les autorisations de mises sur le marché pour les ogm aux
grands groupes transnationaux de l'agro alimentaire, est très déséquilibrée:
" si l'on en regarde sa composition, on s'aperçoit qu'il
n'y a « qu'un et demi » spécialiste de l'écologie, un seul spécialiste
de toxicologie" Comment peut elle s'occuper, sérieusement,
de santé publique et d'environnement, comme lui dicte sa fonction?
---" La biologie est une science bien souvent empirique,
c'est-à-dire que c'est une science dans laquelle on ne sait « prévoir
» que ce que l'on a vu se produire souvent, ce n'est pas une science
théorisée au sens où l'on aurait des modèles théoriques permettant
a priori de décider de ce qui va se passer si on fait telle ou telle
chose - la physique a atteint ce stade-là, je ne sais pas si la
biologie l'atteindra un jour, mais à mon avis, je pense que l'on
peut dire qu'elle n'y est pas."
QUELQUES
EXEMPLES DE RISQUES INACCEPTABLES
-- les effets de système: " Le même OGM qui pourra être
très bien dans un certain cadre sera très mal dans un autre parce
qu'il y avait déjà un autre OGM résistant au même herbicide qui
est cultivé dans le même région. Ces effets de système ne sont donc
pas pris en compte à l'heure actuelle, et cela fait partie des recommandations
des sages du Conseil économique et social à prendre en compte, mais
on saurait difficilement comment le faire, il y a tout un travail
d'élaboration à réaliser pour mettre en place la façon de gérer
les choses de façon globale"
-- Les recombinaisons de génome : "C'est ce que je vous
disais en précisant que nos capacités de prévision sont faibles.
Des modèles théoriques sur lesquels cela pourrait arriver, on en
connaît ; par exemple, il y a des trèfles qui produisent du cyanure
et d'autres qui n'en produisent pas soit parce qu'ils ne produisent
pas le précurseur, soit parce qu'ils ne produisent pas l'enzyme,
en tout cas il faut un précurseur et une enzyme pour fabriquer du
cyanure dans un trèfle. Si vous avez un colza qui ne possède pas
l'enzyme en question et que vous rentrez le précurseur dedans, eh
bien vous ne verrez rien. Si vous avez un colza qui n'a pas le précurseur
et que vous mettez l'enzyme dedans, vous ne verrez rien, mais si
vous mettez ensemble l'enzyme et le précurseur, là vous verrez se
dégager du cyanure. Evidemment, ce genre de chose peut se produire.
Il pourrait très bien arriver qu'un jour, par croisement... Pas
besoin de deux OGM pour le coup. Vous pouvez très bien faire un
OGM avec un transgène dans une plante donnée dans un contexte génétique
donné et que ce même gène dans un autre contexte génétique fasse
quelque chose qui soit tout à fait désagréable, même si le contexte
génétique n'est pas lui-même OGM. "
-- Le passage de gènes modifiés entre la plante cultivée et son
équivalent sauvage: " A cette époque, nous disions que deux
plantes nous semblaient devoir être mises sous boisseau pendant
longtemps : le colza et la betterave. Le colza parce qu'il est invasif
en lui-même et la betterave parce qu'elle se croise très librement
avec les mauvaises herbes. Nous avions commencé à travailler là-dessus
et les industriels (Rhône-Poulenc pour ne pas les nommer) nous ont
dit contrôler totalement la situation. Il nous a fallu trois ans
pour démonter que les sauvages et les cultivés échangeaient librement
leurs gènes. Lorsque nous avons prévenu la CGB et Rhône-Poulenc,
ils nous ont dit qu'ils le savaient, mais qu'ils n'avaient pas voulu
le dire de peur que nous fassions obstruction. "
CONCLUSION
-- "Les scientifiques honnêtes doivent dire qu'ils ne peuvent
pas affirmer s'il y a vraiment des risques avec telle ou telle technologie,
ils peuvent dire qu'ils n'en voient pas, qu'a priori ils ont l'impression
qu'il y a peu de risques, mais dire que l'on sait qu'il n'y a pas
de risque ne me semble pas sérieux. " C'est là une vérité que
scientifiques, politiques, industriels, juges, et assureurs doivent
affronter." "On
pourra dire, cet OGM c'était une erreur, il faut l'arrêter et on
l'arrêtera. Mais la question qui se pose, c'est : est-ce qu'on n'aura
pas déjà lancé quelque chose qu'on ne pourra plus arrêter parce
qu'une fois qu'on est en train de le cultiver, il sera déjà trop
tard." -
-- On aurait pu écrire le même article il y a 5 ans en plus optimiste
, les craintes étaient les mêmes, les études de risques n'ont pas
été menées, Les craintes ont été confirmées en de nombreux points.
Le
principal argument avancé pour etre optimiste est que l'on a détecté
aucun problème de santé chez les Américains nourris aux OGM depuis
8 ans. Mais qu'a t on recherché? La toxicité des pesticides ( en
particulier les malformations sexuelles des nouveaux nés, ainsi
que les nuisances sur l'environnement) n'a été reconnue qu'après
l'usage par trois génération de cultivateurs!!
-- Autre sujet d'inquiétude: le concept de gène est en plein chanboulement
chez les généticiens, depuis 2 ou 3 ans, mais les ogm mis sur le
marché ont été fabriqués, eux, il y a 10 ou 15 ans.
Géronima
Glasgow / extrait du rapport de Pierre Henri Gouyon