Le Chichois..Cancer et statistiques 
 

 

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Sciences . N° 59 -- 15 / 04 / 2003

ON FAIT DIRE CE QUE L’ON VEUT AUX STATISTIQUES...

J.Chirac veut relancer la lutte contre le cancer, comme Reagan l’avait fait, il y a quelques dizaines d’années. 
Pour se donner du cœur à l’ouvrage on commence par quelques pub ultra sentimentales à la télé, puis des articles chantant déjà victoire comme celui de M. de Pracontal dans le nouvel observateur, mais que disent les statistiques, que peut on leur faire dire ?
Nous avons choisi comme source d’information : 
- Les Registres départementaux des cancers ( ils portent sur la totalité des tumeurs dans 12 départements - dont l’Hérault - et sont partiels, spécialisés dans telle ou telle autre localisation des tumeurs dans 12 autres départements)
. - Les publications du CIRC ( centre international de recherche sur le cancer).
- Celles de l’INSERM (institut national de la santé et de la recherche médicale). 
- Les études du 18ème congrès international sur le cancer. 
- La lettre du comité d’information des professions de santé. 
- Les études menées à l’INRA dans le laboratoire de toxicologie alimentaire. 

        QUELLES SONT LES DONNEES CONNUES , ET LES TENDANCES PREVISIONNELLES DE L’EVOLUTION DANS LES VINGT PROCHAINES ANNEES ? 
Les cancers en très forte augmentation sont : ceux du sein, de la prostate (fréquence multipliée par 4 entre 75 et 95 ), de la thyroïde, du poumon chez la femme, du cerveau. 
Ceux dont la fréquence diminue - sans que l’on ait la moindre explication - sont les leucémies, la maladie de hodgkin.
D’autres sont à peu près stables ou en légère diminution : utérus ; poumon et voie aérodigestive supérieures chez l’homme grace à la diminution ou, au moins à la stabilisation de la consommation de tabac et d’alcool. 

1995 (INSERM).

« Un accroissement considérable des nouveaux cas de cancer de la prostate dans la population (incidence) a été constaté au cours de ces dernières années. Aux Etats-Unis l'augmentation de cette incidence est de 80 % dans les 5 dernières années. » 
« Il existe des disparités géographiques dans l'incidence du cancer de la prostate qui est, en France proche des incidences européennes ; une incidence trois fois plus faible qu'aux États-Unis et 10 fois plus forte que les pays asiatiques ou indiens. Ces différences suggèrent le rôle de l'alimentation dans le cancer de la prostate. En fonction de la race, l'incidence de ce cancer est plus importante chez les noirs nord américains (1,5 à 2 fois plus que les blancs. »
« Le cancer du sein progresse constamment de 1.5% par an. On prévoit qu'en l'an 2000, au lieu d'une femme sur neuf comme actuellement, le pourcentage pourrait atteindre une sur huit ! Cette augmentation vaut pour tous les groupes d'âge incluant les jeunes femmes. De meilleurs moyens de diagnostic ne suffisent pas à expliquer cette augmentation importante, ni le fait que les femmes vivent plus longtemps. » 
Pour le cancer du sein « l’incidence en Europe fin 1999 :
En Europe, la France occupe une place médiane tant pour le nombre de nouveaux cas que pour la mortalité, entre les pays de l’Europe du nord, à risque élevé, et ceux du sud, à risque plus faible.
- la plus élevée : 120 pour 100 000 aux Pays-Bas 
- la plus basse en Espagne et en Grèce : 61-63 pour 100 000. » 

Cancer de la thyroïde :
« En France, les cancers thyroïdiens représentent environ 1,3 % des cancers incidents avec 3700 cas estimés en 2000. Cette localisation tumorale est en augmentation depuis les années 1970.... On observe une augmentation de l’incidence des cancers de la thyroïde dès le début de la période d'analyse avec une augmentation moyenne annuelle de 3,1 % chez les hommes et de 4,9 % chez les femmes : entre 1978 et 1997, l’incidence des cancers de la thyroïde a augmenté de 70 % chez les hommes alors qu’elle a doublé chez les femmes. Cette augmentation prend une forme exponentielle à partir de la génération née en 1925 et est essentiellement due au cancer papillaire qui s'accroît de 6,2 % et 8,1 % par an respectivement chez l’homme et chez la femme sur toute la période. » 

Heureusement ces trois cancers surviennent sur un organe non vital - dont on peut donc faire l’exérèse totale - et facilement observable, ils sont donc dépistables à un stade précoce. Ainsi l’augmentation importante de leur incidence aggrave dans une moindre mesure l’accroissement de la mortalité. Ce qui n’est pas le cas pour les cancers du poumon - relativement stables - les cancers du cerveau en très nette augmentation, ni pour ceux du foie qui ne sont généralement détectés qu’à un stade trop tardif où la chirurgie est impraticable.

Il est certain que des chiffres statistiques sont souvent d’interprétation délicate. Ainsi une augmentation en pourcentage des cancers par rapport aux autres causes de mortalité peut être due à une diminution de ces autres causes ( cardio vasculaires, infectieuses, traumatiques...), à un meilleur diagnostic, à un vieillissement de la population... 

 

Suite au prochain numéro 60
Géronime Glasgow


 
 
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