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Sciences
. N° 58 --
25 / 03 / 2003
Dans
cette rubrique, le propos est, depuis le début, de tourner autour
du phénomène qu’est l’évolution technologique. Que peut on en
penser, en dire ?
En quoi
la technologie est elle « bonne », « mauvaise » ou neutre (selon
qui et pourquoi on l’emploi ) ? ou bien n’est elle pas plutôt, toujours,
ambivalente de nature ( pour résumer, du genre : « Tout ce qui a
une face a un dos. Plus grande est la face, plus grand est le dos.
» ... C’est une maxime chinoise ! c’est aussi l’avis de J.Ellul
et d’autres historiens des sciences ) ?
Le progrès
technologique est il inéluctable dans sa direction et dans sa croissance
exponentielle? Le
progrès a t il changé dans sa forme, dans ses buts depuis le début
de l’humanité ? La technique, du rôle de médiatrice entre le monde
et l’homme, de puissance capable de changer le milieu extérieur
pour protéger l’homme, est en voie de passer à un niveau « supérieur
» d’endosser le rôle de créatrice, changeant l’homme directement
dans sa nature biologique, prenant la direction de l’évolution de
toute forme de vie). Y a t il révolution, aujourd’hui, dans les
techniques ou continuité de celle ci depuis quelques centaines de
milliers d’années?
Que
dire de l’écart entre promesse de résultats mirobolants ( guérison
de toutes les maladies - cela a été annoncé, souvent ) et réalité
actuelle ( très peu de résultats sur les cancers - alors même que
leurs fréquence s’accroît , diminution d’efficacité des antibiotiques,
pandémie mondiale faisant 40 millions de malades et 20 millions
de morts etc...) ? Qu’est
ce qui l’emporte de ses retombées positives ( surplus alimentaire)
ou négatives ( pollution et appauvrissement des terres) ?
Les
faits scientifiques ou techniques expriment ils une vérité indubitable
stable ? Ou peut il y avoir, selon le regard, plusieurs appréciations
de leur réalité?
Peut
on parler des sciences quand on est un simple citoyen non engagé
professionnellement dans leur élaboration ou dans leur application
( Les experts ne doivent ils pas être les seuls, s’adossant à de
solides connaissances scientifiques, à pouvoir donner un avis.)
? Quelles
sont les limites que l’on peut mettre à l’extension de la technique
dans tous les domaines de notre vie ? A t on le droit d’en mettre?
On se sent un peu honteux d’avoir ne serait ce qu’un regard soupçonneux
sur la technique alors que nous en profitons, que nous ne saurions
nous en passer.
Quel
est le rapport entre science et technique ( l’une précédant l’autre
et chacune étant presque autonome ou bien sont elles totalement
intriquées, interagissantes ) ? Quel
est le rapport entre technique et économie ? ( lequel entraîne l’autre
? Là encore les deux sont intriqués : la technique a besoin et engendre
le capitalisme industriel - ou le dirigisme communisme - et le libéralisme,
lesquels promeuvent la quasi exclusivité de la production « rationnelle
».) Entre
technique et politique ? La science et la technique peuvent elles
répondre à toutes les questions, peuvent elles résoudre tous les
problèmes que posent à l’homme le fait de vivre ensemble ?
Les
espoirs que porte la technologique, l’affirmation qu’elle ne peut
être jugée ni arrêtée ni même ralentie, ne font ils pas penser qu’elle
est notre nouvelle religion ?
Aujourd’hui mère grand va vous conter l’histoire du précurseur du
Fordisme, Honoré Blanc, dont la méthode d’organisation du travail
- c’est aussi une technique - pour rendre la production plus rationnelle,
plus rentable, ne fut pas reconnue. Il
tomba dans l’oubli. Pourtant un siècle et demi plus tard Henri Ford,
en Amérique, fit un tabac avec une méthode similaire : Production
en série et standardisation des pièces.
Dans
le premier cas la société n’était pas mûre pour reconnaître l’ invention
de H.Blanc, un siècle et demi plus tard le terreau était bon...
malheureusement, peut on dire, car le travail à la chaîne ( et enchaîné
?) parcellisé, au rythme de la machine, débilitant, n’est pas une
grande invention pour l’épanouissement de l’homme, pas plus sans
doute que la consommation de masse, elle aussi standardisée, normalisée,
quasi obligatoire. Vous
pourrez trouver un article plus développé dans La Recherche d’avril
1998, par Ken Alder. On va tenter d’en faire un bref résumé.
C’est donc l’histoire du changement de technique de fabrication
des fusils, du passage de la production artisanale à la production
industrielle moderne ( rationnelle).
Une
nouvelle organisation du travail sous tend ces innovations techniques.
L’innovation est l’interchangeabilité des pièces composant le produit
final qu’est le fusil. Elle ne sera applicable qu’après instauration
de la division du travail, de la hiérarchisation des acteurs, de
l’embauche d’ouvriers sans qualification regroupé dans des usines,
à travers le passage obligé par de nouveaux techniciens professionnels,
agents de l’état et l’utilisation ou l’invention d’objets techniques
que sont : le dessin industriels, les gabarits , les matrices (qui
évitent le forgeage de pièces uniques.), les machines à forer des
trous ( toutes inventées par H.Blanc ). Avant l’artisan fabriquait
le fusil dans son entier, les pièces le composant n’étaient pas
standardisées, stockables, échangeables. La
fabrication de pièces détachées interchangeables constitue ainsi
un élément clef de la production de masse moderne.
Pourquoi cette innovation d’H.Blanc a t elle était refusée ?
Quels
étaient les acteurs en présence ?
--
les artisans. Les armuriers étaient sans doute parmi les artisans
les mieux formés, un long apprentissage était nécessaire. Ils ont
leurs secrets de fabrication. Ils sont indépendants, travaillent
dans leur atelier. --
Les artilleurs à qui ils fournissaient les fusils étaient instruits
dans des écoles qui leur donnaient de solides connaissances en géométrie,
en science généraliste, métallurgie, gestion administrative, balistique,
mécanique, dessin technique. Ils essayent de mettre au pas les armuriers,
sans trop de succès, à la fin du 18ème siècle.
--
Les intermédiaires qui se sont infiltrés entre ces deux catégories
sociale, de la fin du 18ème et pendant le 19ème : les ingénieurs,
les contrôleurs, les ajusteurs, dont une partie est payé par l’état.
Les instruments nouveaux sont aussi des intermédiaires, ainsi le
dessin industriel, médiateur entre le nouveau concepteur - l’ingénieur-
et l’ouvrier non qualifié. --
Les ouvriers sans qualification, ils vont remplacer les artisans.
--
L’époque : fin du 18ème siècle ( la révolution Française) Pour H.Blanc,
et début du XXème, pour l’invention d’H.Ford. La Révolution Française,
et son choix de protéger artisans et ouvriers mais le 18ème sc.
est le siècle des lumières. « Dans l’encyclopédie, Diderot dénonce
ainsi les secrets biens gardés du savoir faire des corporations
qui étouffent l’innovation et ferment l’accès du commerce. Pour
les remplacer il appelle de ses voeux une nouvelle alliance de la
théorie et de la pratique. » Le
20ème siécle commençant du Fordisme est la victoire du capitalisme
industriel, les ouvriers sont regroupés dans des usines, salariés,
la hierarchie entre concepteurs et producteurs est mise en place,
ainsi que sont créés de nouveaux intermédiaires entre le producteur
et l’objet final ( intermédiaires humains et instrumentaux).
Entre
les deux siècles :Napoléon .Le régime Napoléonien et le rôle fort
de l’état qui veut gérer la production d’armes. Les guerres qui
en augmentent les besoins
-- Les
idéaux de l’ époque : Soit le bon ajustement du produit représente
la mesure de sa capacité à maintenir l’ordre social - à l’encontre
de l’individualisme des artisans. Soit un idéal d’harmonie, laquelle
est autant le signe de la coopération sociale que celui d’un bon
fonctionnement. C’est l’avis de Gassendy, l’adversaire de Blanc,
pour lui l’identité parfaite des pièces est une chimère.
--
La preuve finale : Les pièces de fusil de Blanc sont elles réellement
interchangeable ? En 1801 Aboville démontre que 492 spécimens sur
500 le sont effectivement . Son contradicteur, Gassendi, bidouille
un peu l’expérience et ne trouve que 152 fusils utilisables sur
492. « Le contrôle des faits technologiques passe semble t il, par
le contrôle du personnel chargé de les établir. » conclut K.Alder.
Moralité
: Les innovations technologique ne sont pas forcément appliquées
tout de suite, dans l’urgence. Il n’y a pas un cours inéluctable
de l’évolution technologique. «
La fabrication des pièces interchangeables a été désavouée en France
non parce que c’était un échec technique mais parce qu’elle avait
cessé de représenter l’idéal d’organisation sociale du régime en
place. » La
rationalité et l’objectivité dans la production ne sont pas spontanées
ni inévitables. Sont elles seulement désirables , n’ont elles pas
transformé l’œuvre de l’ouvrier en travail émietté ?
Géronime Glasgow

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