Pendant
l’été, déjà, un premier assaut avait été
lancé pour convaincre des bienfaits et de l’innocuité
des OGM les consommateurs via les cabinets médicaux des généralistes.
Il s’agissait de plaquettes - éditées par les cinq multinationales
de l’agro-alimentaire les plus importantes, cf.
Chichois 41- qui devaient être distribuées aux patients.
Six
mois plus tard, foin de commerce, le bourrage de crâne des médecins
- donc des patients - recommence sous une forme plus docte, dans le cadre
de la formation continue, dans un rajout au Quotidien du Médecin
consacré à la nutrition mais dont la page de couverture
annonce, en lettres grandes et grasses : « OGM, les experts calment
le jeu ». Sous l’aspect de formation continue, c’est à dire
que cela est présenté non pas ( mais de même que les
plaquettes publicitaires de l’été) comme un débat
contradictoire mais comme une leçon sur une question qui aurait
déjà reçu une réponse affirmée, confirmée,
dont l’exploration aurait été menée à terme.
Un seul avis est donné, celui que l’on trouve dans le rapport des
académies de médecine et pharmacie, personne en face...
Le débat est clos, il n’y a pas matière à poursuivre
ni à reprendre !... Pourtant la logique de l’argumentation a de
quoi surprendre :
- D’abord, les experts se sentent autorisés
d’affirmer - d’après le quotidien - qu ‘il « n’existe aucun
risque particulier lié au mode d’obtention des ogm ».
- A la ligne suivante « aucun » s’ouvre
pour laisser entrer « d’éventuels » risques : «
les risques éventuels des OGM pour la santé sont contrôlables.
»
- Inébranlable, le journal poursuit : «
Mais ces risques allergiques ou toxiques peuvent être détectés
avant la mise sur le marché du produit ». Quelques paragraphes
avant il avait constaté que pour ce qui est des aliments conventionnels
les allergies alimentaires vont croissant et que les OGM ne font qu’aller
dans la même direction dans une belle continuité. Mais alors
si le phénomène - identique pour les deux sortes d’aliments
- est imprévisible et incontrôlable lorsqu’il s’agit d’aliments
conventionnels, on ne comprend pas pourquoi les OGM auraient un régime
de faveur et contrôleraient mieux l’incontrôlé qu’est
cette augmentation des allergies constatée aujourd’hui. Allergie
à laquelle on n’a trouvé comme solution que l’identification,
parfois très difficile,de l’agent responsable et son éviction.
- Ensuite on passe à l’évaluation - bien
subjective - de la balance avantages/risques. Le problème est que
les avantages ne sont que présupposés et très certainement
exagérés. Les OGM futurs sont présentés comme
de possibles (mais très hypothétiques) solutions aux problèmes
écologiques, nutritionnels, économiques, ils sont parées
de tous les rêves : Amélioration de la qualité des
aliments et traitement des maladies incurables, solution aux famines...Pourtant
il semble que toutes les promesses aient été contredites
jusqu'à présent en thérapie génique, du moins.
Alors laissons aux scientifiques le temps de l’interrogation, le
temps de mettre en route de nouvelles méthodes, et de réfléchir
avant de se précipiter sur les brevets et la commercialisation.
- Le final , comme toujours, est l’imparable argument
économique et politique : « Nous allons prendre du retard
dans le prise de brevet, nous allons nous laisser distancer par les chercheurs
des autres pays ». Les multinationales savent paraître patriotes.
- Et le problème qu’est la sombre et ignorante
« inquiétude » des consommateurs, « l’un des
obstacles majeurs aux applications du génie génétique
à l’alimentation et à la santé humaine. » devra
être résolu par une surconsommation de paroles d’experts
certifiés scientifiquement corrects.
- Passons sur les arguments du genre : les Américains,
les chinois etc.., mangent des OGM sans en être malades. Alors que
- dans nombre de maladies - il faut plusieurs dizaines d’années
pour rattacher des symptômes à leur cause (cf. l’amiante,
certains médicaments ou corps physique, chimique ou micro organismes)
- Enfin l’argument de la sécurité et
du respect du choix des consommateurs par l’encadrement des OGM grâce
à la traçabilité et l’étiquetage. La réglementation
Européenne sur l’étiquetage date du 2 septembre 98 mais
qui a jamais vu, depuis cette date, la mention OGM sur les paquets de
quelque aliment que ce soit ? (et encore moins sur les animaux nourris
avec des aliments 100% OGM. De toute façon tout est déjà
pollué, alors on concocte une nouvelle réglementation -
peut être sera elle appliquée ? Cette nouvelle réglementation
n’oblige l’étiquetage qu’à partir de o,9% d’OGM ! Laissons
bafouer encore une fois cette nouvelle réglementation et dans 5
ans il faudra la refaire pour changer la norme à 9 ou 99% !
Sur
cinq pages cette pauvre argumentation n’est aucunement développée
ni discutée, c’est dire le peu d’estime en laquelle on tient les
généralistes, leurs connaissances et leur sens critique.
En fait on leur demande juste de crier ensemble « Mummm... Y a bon
OGM ».