Le Chichois..Année de l'algérie

 

 

 

 

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Interview . N° 57 -- 03 / 03 / 2003

A PROPOS DE L’ANNEE DE L’ALGERIE

Jacques Chirac, président de la République, a déclaré 2003 comme l’année de l’Algérie. Pourquoi l’Algérie ? Y aura-t-il une année du Maroc, de l’Espagne, des Iles Tonga… Certes, une partie de notre histoire est liée à celle de l’Algérie. Maintenant, l’histoire est pour ainsi dire à sens unique : les Algériens viennent chez nous, la France, à côté de leur pays, étant pour eux un eldorado. Un lecteur a tenu à s’exprimer à travers une lettre à ses amis français d’Algérie : « Un silence coupable ».

« Quarante ans.. Il y a quarante ans que l’Algérie n’est plus française. Quarante ans, c’est long même si ce n’est que le tiers du temps où l’Algérie fut française, que la France, inconsolable, mit pour recouvrer l’Alsace et la Lorraine entre 1870 et 1914. Pour ce qui concerne l’Algérie, le moins qu’on puisse dire, c’est que la France n’a pas porté un long deuil des départements français d’outre Méditerranée ! On pourrait même dire que le rappel de cette anniversaire à la télévision ressemblait plus à une glorification des fellaghas qu’à la commémoration d’un siècle et demi de l’histoire de France.

« On sait comment auraient réagi les communautés israélites ou arméniennes devant une telle manipulation de leur histoire. Les associations de Pieds-noirs, elles, se sont tues. Tous ces groupements qui, à travers la France, ressuscitent en privé le souvenir de leurs villes et la mémoire de leurs ascendants n’ont pas réagi. Nous, Pieds-noirs, pourrions, devrions rappeler l’exil d’un million de Français d’Algérie, le désespoir de beaucoup, la disparition de quelques dizaines de milliers d’Arabes et d’Européens dont la sécurité avait été garantie à Evian. Nous sommes coupables de ne pas demander à tant d’historiens, d’intellectuels dissertant à posteriori sur l’absurdité de la colonisation et sur le caractère inéluctable de l’indépendance algérienne.

« Pourquoi ils n’ont pas dénoncé, il y 50 ans ou 100 ans, la supercherie d’une terre qui aurait eu l’odeur et le goût de la France mais qui n’aurait pas été pour la France ?.. Que nous, Pieds-noirs, trop enracinés sur cette terre et trop attachés à elle, ayons fini par prendre nos illusions pour une réalité peut se comprendre et se pardonner, mais pourquoi de si grands esprits, de si grands politiques chargés de gouverner, donc de prévoir, n’ont-ils pas vu venir cette indépendance et, l’ayant vu venir, pourquoi ils ne nous ont pas épargné l’abominable exode de juillet 1962 (…).

« Car, bien sûr, cette terre fut française pendant 3 fois 40 ans et plus et, pendant 3 fois 40 ans et plus, aucun intellectuel, aucun exportateur, aucun général, aucun ministre ou député de France ne s’est avisé d’imaginer que l’Algérie ne devait pas être française car l’Algérie était une mine de richesses commerciales et, au besoin, une réserve d’hommes bien utiles pour défendre les frontières de la métropole. Comme la justice et la logique de ce pays cartésien sont intimement liés à ses intérêts, l’incongruité de ce département français perdu sur des terres maghrébines n’est apparue que lorsque les inconvénients de la citoyenneté dépassèrent ses avantages traditionnels (…).

« Qu’on cesse de nous rebattre les oreilles avec des histoires d’une armée tortionnaire comme si les mutilations d’enfants et de femmes, Arabes et Européens, par les combattants de l’ALN n’avaient pas ponctué nos journaux quotidiens comme si les massacres du 20 août 1955 n’avaient jamais eu lieu.

« Qu’on cesse de parler de colonialisme en oubliant la colonisation comme si l’Algérie que nous avons laissé était identique à celle qu’avaient trouvé nos arrières grands-parents… et à celle que nous décrivent, aujourd’hui, les journaux télévisés. Si le prurit qui exacerbe tant de mystiques de la vérité historique n’est pas une tartuferie, que l’on ouvre tout grand le livre de l’histoire de l’Algérie française sans en sauter les chapitres sublimes des souffrances des premiers colons et l’épopée merveilleuse des pionniers qui ont rendu cette terre si belle (…).

« Nous nous révélons incapables de rappeler que le pays où nous sommes nés a été défriché, façonné, organisé, fécondé au prix de la sueur, des larmes et du sang de générations de pionniers. Nous ne crierons pas que ce qui a appartenu à la grande majorité des Français d’Algérie ne fut volé à personne, que le travail et les privations furent la seule source de leur enrichissement (…). Le mensonge et la calomnie couvriront la vérité et il ne se trouvera personne pour rendre leur honneur à tous ceux que nous avons laissé là-bas, à tous ceux qui ont été égorgés ou massacrés avec l’aide d’intellectuels français qui se pavanent sur nos écrans TV. A défaut de leur rendre hommage, pourrions nous exiger, au moins, que leur mémoire ne soit pas salie ! Mais nous n’exigeons rien ! (…)

« La République qui dépense beaucoup d’argent pour réussir l’intégration de populations qui sifflent La Marseillaise devraient veiller davantage à faire respecter la mémoire de ceux qui sont morts en chantant La Marseillaise. Mais, nous, que faisons nous pour rappeler à nos gouvernants nos droits élémentaires au respect de notre histoire ? (…)

Les manifestants fellaghas du métro Charonne ont eu droit à une plaque à Paris… pas les petits enfants éventrés à la mine d’El Halia le 20 août 1955. Et ce n’est pas l’ardeur que, nous Français d’Algérie mettons à défendre leur mémoire qui les sauvera de l’oubli. Impuissants à sauver de la profanation les sépultures de nos pères, nous avons pourtant la capacité et le devoir de les défendre contre la calomnie, la haine, l’oubli. Leur histoire vaut quand même mieux ce qui s’écrit, mieux que notre indifférence, notre paresse ou notre timidité. »

 

 

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