Le ChichoisVilleroy sous les eaux

 

 

 

 

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2003




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Journal d'Information de Sète et du Bassin de Thau . N° 54

Glou, Glou ?

Les océans et plus précisément notre mer Méditérranée vont-ils avoir leur niveau qui va monter ?

L'élévation du niveau des océans est une conséquence du réchauffement de la planète (Le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC(2)) a rendu son rapport scientifique. Il conclut entre autres que : - depuis 1750, le taux de CO2 dans l'atmosphère a augmenté de 30%, celui de CH4 de 145% - depuis la fin du 19ème siècle, la terre s'est réchauffée de 0,3° à 0,6°). Plusieurs facteurs contribuent aux variations du niveau de la mer. Les phénomènes responsables sur des échelles de temps de 1 à 100 ans sont, d'une part, des changements de volume des océans qui résultent essentiellement des variations de température (une eau chaude est plus volumineuse qu'une eau froide) et, d'autre part, des changements du contenu en eau des océans causés par les échanges avec les autres réservoirs de surface (atmosphère, réservoirs d'eau continentale, glaciers et calottes polaires).

La modification de la position du niveau de la mer aura logiquement des effets induits sur l'évolution, sinon de toutes les côtes, du moins sur certaines d'entre elles. Il convient d'essayer d'évaluer ces effets afin de voir s'ils représentent éventuellement des risques pour les établissements humains qui se sont densifiés sur les rivages marins au cours des dernières décennies. Il suffit de rappeler que les communes littorales de la France métropolitaine, alors qu'elles ne représentent que 4 % de la superficie du territoire national, accueillent 10 % de la population totale du pays et qu'elles reçoivent quelque trente millions de visiteurs par an.

Triangle de Villeroy

Mais il faut aussi savoir que le niveau relatif de la mer, celui qui résulte du jeu combiné, d'une part de la variabilité du niveau planétaire de la mer qui peut s'élever ou s'abaisser, d'autre part de l'instabilité du continent qui peut se soulever ou s'affaisser, est déjà en cours de hausse, probablement depuis au moins un siècle et parfois plus, sur pratiquement l'ensemble des côtes de la France métropolitaine. Le fait est attesté par les relevés de la très grande majorité des marégraphes qui indiquent, en première approximation, une hausse comprise entre 1 et 2 mm par an.

Si, dans les décennies à venir, le niveau planétaire de la mer devait se relever en liaison avec l'effet de serre d'origine anthropique attendu, on assisterait seulement à la poursuite de l'évolution actuelle, avec cependant la probabilité d'une accélération, donc d'une majoration de ses effets, puisque, dans sa plus récente estimation, le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat prévoit d'ici à l'année 2100 une montée mondiale de la mer de 25 à 95 cm, la valeur la plus probable se situant autour de 50 cm.

Triangle de Villeroy

Dans la perspective d'une élévation du niveau de la mer, les submersions sont le plus à craindre sur les plaines deltaïques, à la topographie à fleur d'eau, parsemées d'étangs et de lagunes, où la limite entre la terre et la mer est souvent indécise. C'est le cas de la Camargue sur sa marge littorale. Sa vulnérabilité est d'autant plus grande qu'elle a tendance à s'affaisser sous le poids de l'épaisse accumulation de sédiments qui la constitue et que cette tendance à la subsidence, qui accentue ici l'élévation du niveau relatif de la mer, n'est plus compensée aujourd'hui par des apports alluviaux. En effet, la charge solide que le Rhône apporte jusque dans son delta a été considérablement réduite par les travaux d'aménagement dont il a fait l'objet, en particulier la construction de barrages. A cela s'ajoute, l'endiguement du fleuve pour l'empêcher de déborder lors de ses crues, ce qui interdit le dépôt de sédiments dans la plaine deltaïque. On doit donc s'attendre ici à une extension spatiale appréciable des plans d'eau salée au sud de l'étang de Vaccarès ainsi qu'en arrière des pointes de l'Espiguette et de Beauduc, d'autant plus que leur communication avec la mer a toute chance d'être facilitée par l'agrandissement des passes et l'ouverture de nouvelles brèches dans les fragiles cordons sableux qui les isolent. Dans une telle conjoncture, il existe pour les marais salants de Salin-de-Giraud et pour ceux d'Aigues-Mortes un risque d'endommagement qui appelle une surveillance et, éventuellement, des travaux pour mettre à l'abri les tables saunantes d'une invasion par la mer. Sur la côte du Languedoc, le long de laquelle une telle évolution est déjà en cours, il faut s'attendre à l'ouverture de nouveaux graus, donc à une accentuation de la maritimisation des étangs qui caractérisent ce littoral, d'où une salinité accrue entraînant des modifications dans la composition de la flore et de la faune qui les peuplent. Les activités agricoles voisines des lagunes devraient souffrir de la salinisation du milieu qui, en revanche, favorisera le développement de l'aquaculture.

Louis Ernesto / CNRS / Roland Paskoff professeur à l'université Lumière de Lyon

 

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20 / 01 / 2003