Journal
d'Information de Sète et du Bassin de Thau . N°
54
Glou,
Glou ?
Les
océans et plus précisément notre mer Méditérranée
vont-ils avoir leur niveau qui va monter ?
L'élévation
du niveau des océans est une conséquence du réchauffement de la planète
(Le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC(2))
a rendu son rapport scientifique. Il conclut entre autres que : - depuis
1750, le taux de CO2 dans l'atmosphère a augmenté de 30%, celui de CH4
de 145% - depuis la fin du 19ème siècle, la terre s'est réchauffée de
0,3° à 0,6°). Plusieurs facteurs contribuent aux variations du niveau
de la mer. Les phénomènes responsables sur des échelles de temps de
1 à 100 ans sont, d'une part, des changements de volume des océans qui
résultent essentiellement des variations de température (une eau chaude
est plus volumineuse qu'une eau froide) et, d'autre part, des changements
du contenu en eau des océans causés par les échanges avec les autres
réservoirs de surface (atmosphère, réservoirs d'eau continentale, glaciers
et calottes polaires).
La
modification de la position du niveau de la mer aura logiquement des
effets induits sur l'évolution, sinon de toutes les côtes, du moins
sur certaines d'entre elles. Il convient d'essayer d'évaluer ces effets
afin de voir s'ils représentent éventuellement des risques pour les
établissements humains qui se sont densifiés sur les rivages marins
au cours des dernières décennies. Il suffit de rappeler que les communes
littorales de la France métropolitaine, alors qu'elles ne représentent
que 4 % de la superficie du territoire national, accueillent 10 % de
la population totale du pays et qu'elles reçoivent quelque trente millions
de visiteurs par an.
Triangle de Villeroy
Mais il faut aussi savoir que le niveau relatif de la mer, celui qui
résulte du jeu combiné, d'une part de la variabilité du niveau planétaire
de la mer qui peut s'élever ou s'abaisser, d'autre part de l'instabilité
du continent qui peut se soulever ou s'affaisser, est déjà en cours
de hausse, probablement depuis au moins un siècle et parfois plus, sur
pratiquement l'ensemble des côtes de la France métropolitaine. Le fait
est attesté par les relevés de la très grande majorité des marégraphes
qui indiquent, en première approximation, une hausse comprise entre
1 et 2 mm par an.
Si,
dans les décennies à venir, le niveau planétaire de la mer devait se
relever en liaison avec l'effet de serre d'origine anthropique attendu,
on assisterait seulement à la poursuite de l'évolution actuelle, avec
cependant la probabilité d'une accélération, donc d'une majoration de
ses effets, puisque, dans sa plus récente estimation, le Groupe intergouvernemental
sur l'évolution du climat prévoit d'ici à l'année 2100 une montée mondiale
de la mer de 25 à 95 cm, la valeur la plus probable se situant autour
de 50 cm.
Triangle
de Villeroy
Dans
la perspective d'une élévation du niveau de la mer, les submersions
sont le plus à craindre sur les plaines deltaïques, à la topographie
à fleur d'eau, parsemées d'étangs et de lagunes, où la limite entre
la terre et la mer est souvent indécise. C'est le cas de la Camargue
sur sa marge littorale. Sa vulnérabilité est d'autant plus grande qu'elle
a tendance à s'affaisser sous le poids de l'épaisse accumulation de
sédiments qui la constitue et que cette tendance à la subsidence, qui
accentue ici l'élévation du niveau relatif de la mer, n'est plus compensée
aujourd'hui par des apports alluviaux. En effet, la charge solide que
le Rhône apporte jusque dans son delta a été considérablement réduite
par les travaux d'aménagement dont il a fait l'objet, en particulier
la construction de barrages. A cela s'ajoute, l'endiguement du fleuve
pour l'empêcher de déborder lors de ses crues, ce qui interdit le dépôt
de sédiments dans la plaine deltaïque. On doit donc s'attendre ici à
une extension spatiale appréciable des plans d'eau salée au sud de l'étang
de Vaccarès ainsi qu'en arrière des pointes de l'Espiguette et de Beauduc,
d'autant plus que leur communication avec la mer a toute chance d'être
facilitée par l'agrandissement des passes et l'ouverture de nouvelles
brèches dans les fragiles cordons sableux qui les isolent. Dans une
telle conjoncture, il existe pour les marais salants de Salin-de-Giraud
et pour ceux d'Aigues-Mortes un risque d'endommagement qui appelle une
surveillance et, éventuellement, des travaux pour mettre à l'abri les
tables saunantes d'une invasion par la mer. Sur la côte du Languedoc,
le long de laquelle une telle évolution est déjà en cours, il faut s'attendre
à l'ouverture de nouveaux graus, donc à une accentuation de la maritimisation
des étangs qui caractérisent ce littoral, d'où une salinité accrue entraînant
des modifications dans la composition de la flore et de la faune qui
les peuplent. Les activités agricoles voisines des lagunes devraient
souffrir de la salinisation du milieu qui, en revanche, favorisera le
développement de l'aquaculture.
Louis
Ernesto / CNRS / Roland Paskoff professeur à l'université Lumière de
Lyon