DES
MARINS DANS LA VILLE UNE FREGATE DE GUERRE EN ILE SINGULIERE
Quoi
de plus banal que des marins dans un port ? A ceci près que ces
marins font partie de l'équipage de la frégate antiaérienne, le Jean
Bart, fleuron de la Marine française. Lequel a quitté Sète mercredi
26 mai après une escale de 6 jours en Ile singulière, amarré au quai
d'Alger.
Il
est venu tout exprès de Toulon (un des 3 ports de guerre en France
avec Brest et Cherbourg) via Saint Tropez. Que font les bateaux lorsqu'ils
quittent leur port d'attache durant plusieurs mois, où est le Charles
de Gaulle, quel est le rôle de l'hélicoptère Panther embarqué sur
le Jean Bart, que font les commandos " marine ", etc ? Autant de questions
auxquelles l'équipage a répondu de bonne grâce, de manière aussi dynamique
que ludique par des visites à bord, du pont aux soutes et des manœuvres,
des expositions (œuvres de peintres de la marine, photographies à
travers 40 ans de reportages du reporter Christian Brincourt, uniformes
et effets du marin du XIXe siècle à nos jours provenant du Conservatoire
et dépôt des modèles du Commissariat…) La musique a également investi
la ville avec des aubades du Bagad de Lann Bihoué à travers la ville
et celle des équipages de la flotte de Toulon.
Côté sétois, la municipalité, le comité des fêtes, l'association des
pêcheurs, le lycée de la mer, les administrations se sont associés
à cette " première " avec une exposition sur les métiers de la pêche
maritime et lagunaire et un tournoi de joutes. Ce qui a également
enthousiasmé l'équipage, c'est la particularité du port sétois : "
un port dans la ville " dixit le 1er adjoint au maire, Robert
Albiol, lors du petit déjeuner d'accueil à bord de la frégate lors
de son arrivée.

Un moment d'émotion On peut dire que le Jean Bart a attiré
du monde. C'est vrai que ce " mastodonte " tout de gris vêtu, à la
propreté méticuleuse, attire immanquablement l'œil. Et chacun, les
messieurs surtout, de commenter, de raconter quelques souvenirs de
guerre, de service militaire. Les nouvelles technologies ont laissé
les plus âgés quelque peu pantois. Des dames, qui ont quelques démêlés
avec les grades, ont surtout admiré les hommes dans leur uniformes
impeccables et quelques-unes ont bien sûr toucher le pompom rouge
et embrassé le matelot qui était dessous pour le traditionnel porte-bonheur,
y compris la journaliste.
Le final a été donné mercredi soir. Après l'apéritif offert aux jouteurs
et aux marins au pied de la frégate par la Ville, soudain, une certaine
fébrilité a agité l'équipage : des permissionnaires arrivaient en
courant, des pizzas montaient à bord, chacun retrouvait son poste
et les gestes habituels, presque innés. Sur le quai, Sétois et touristes
se massaient pour assister au départ. Puis l'heure fatidique est arrivée.
Entre
chien et loup, en musique, un ballet nautique s'est déroulé entre
les deux remorqueurs du port poussant et tirant le Jean Bart pour
lui permettre de sortir de la darse et le va et vient du Bison (remorqueur
de la Marine nationale). Au silence qui régnait sur le quai d'Alger,
on devinait l'émotion, presque palpable. La gorge nouée par la tristesse,
chacun a agité les bras, répondant ainsi à l'au revoir des marins,
tous sur le pont, agitant casquettes et bachis. " C'est triste,
c'est la musique du Titanic " a dit une dame âgée.
La
musique s'est tue. Un coup de sirène l'a remplacée. Rideau sur le
Jean Bart. C'est un peu comme si un morceau de la France s'était détaché.
Mais, dans l'immédiat, la frégate ne s'est déplacé qu'à Toulon pour
une grande toilette et une révision complète quinquennale. Il reste
à espérer que ce n'est qu'un au revoir. Mais trêve de pessimiste et
donnons la parole à Charlotte et Yohann (10 ans 1/2 et 7 ans ½) :
" Il paraît petit comme ça, mais dedans, c'est gigantesque
" et, Yohann de rêver, peut-être, à une future carrière à bord d'un
bateau comme celui-là. Sait-on jamais ? Car la venue du Jean Bart
avait également pour but de susciter des vocations… chez les plus
grands bien sûr !.
Katy GOSSELIN
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