Le Journal d'Information de Sète et du Bassin de Thau sur le Net. N° 37 |

OPIS

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01/04/02


   

Troisième partie, à propos du livre de Michel Tibon-Cornillot : " Les corps transfigurés ". 

( première partie - seconde partie )

 

Dans cet ouvrage M.T-C. analyse le développement des sciences et des techniques jusqu'à l'époque contemporaine, pour en mettre à jour les racines et en prévoir les futurs fruits.
Il part de son étonnement sur plusieurs points :

- L'inversion du paradigme ( ensemble des problèmes et des méthodes pour les résoudre) en biologique depuis quelques dizaines d'années . 
Ce paradigme, la théorie de Darwin ou la sélection naturelle (mutation aléatoire des gènes et filtrage des formes qui répondent le mieux aux contraintes du milieu ) s'était érigé en modèle en éliminant l'autre prétendant, dont les caractéristiques étaient : le finalisme, l'hérédité des caractères acquis, l'instruction et l'orientation directe par le milieu extérieur.
La théorie Darwinienne, puis néodarwinienne, a permis en un siècle et demi de développer la biologie moderne jusqu'au déchiffrement ( tout du moins une première ébauche et quelques hypothèses sur sa signification ) du génome - entre autre de l'homme. Le paradoxe est que cette théorie est aujourd'hui contredite par ses applications : le génie génétique, qui se propose de modifier le génotype et ce faisant d'installer un nouveau finalisme, à visage humain celui là, mais en contradiction avec ses hypothèses fondatrices. 
De ce paradoxe, M.T-C. rapproche
- La transformation de l'homme et du monde à laquelle tout scientifique aspire et qui sera sans doute irréversible 
- Le traitement des parties des corps telles des marchandises industrielles. Leur utilisation comme outil transformable au fur et à mesure de leur découverte. 
Ces trois points ont poussé M.T-C. à choisir, comme un des fils directeur de son enquête, la question de savoir pourquoi la science moderne ne peut se contenter de connaître et ne peut s'empêcher, dans un même mouvement, de transformer ses objets et le monde, en rêvant un monde de transparence, parcouru par la raison, sans obscurité. 
Que signifie cette volonté de transformation ? Et selon quelle finalité s'organise t elle ? Purement rationnelle ? certainement pas.

La science moderne née au 16 et 17ème siècle est héritière de deux traditions fort différentes : la spéculation logique, théorique, mathématique, le logos auquel tout est soumis des Grecs antiques, et la tradition judéo Chrétienne. 
C'est cette tradition religieuse, le plus souvent reniée des scientifiques, que M.T-C. voit à l'œuvre, souterrainement, dans l'aspect activiste, démiurgique, de la science. Dans la science moderne sont inextricablement mêlées, la raison spéculative - la science fondamentale - et celle que M.T-C. appelle la " raison militante ", transformatrice, créatrice, c'est à dire la technique. Alternativement l'une est en avance sur l'autre et l'entraîne dans sa foulée. 
La religion judéo Chrétienne c'est tout d'abord une temporalité, le temps de la création devenu le temps du progrès en rupture avec le temps cyclique, le temps du déclin. Elle introduit une histoire qui est attente du Messie, lequel révélera le sens ultime et achèvera cette histoire.
Cette religion est aussi le monothéisme : un Dieu exilé loin du monde et des hommes. Le sacré et le profane sont séparés et le divin est alors le Tout Autre de l'homme, contrastant avec les multiples esprit et Dieux qui dans la plus part des autres religions habitent un lieu commun avec les hommes.
Les philosophes et les scientifiques du 16ème sc. jusqu'aux Lumières vont creuser cet espace en un univers infini, sans centre, sans ordre, ni sens, sans providence ni plus aucun symbole divin. La recherche d'un sens, d'une finalité n'est pourtant pas abandonnée, une hiérarchie non plus Divine mais Humaine va émerger dans ce large champ hors du sacré, qui deviendra lieu d'une possible objectivité, de l'expérimentation, de la reconstruction du réel. 
A cette époque la séparation du monde nouméal ( monde des essences, des Vérités ) et du monde phénoménal ( des apparences sensibles) passe de l'extérieur à l'intérieur de l'homme, entre intellect - connaissance par les idées claires et distinctes - et sensibilité - connaissance fausse, changeante, illusoire. Une réconcillation va être tentée.
Les scientifiques, suivant en cela Galilée, vont installer au cœur du monde changeant, insaisissable et flou, des objets rationnels. Ils vont reconstruire un nouveau monde à travers les données choisies par eux dans la mise en scène de l'expérimentation. Des résultats des expérimentations naîtront des objets industriels qui envahiront le monde et la société, créant bien un monde nouveau. 
Quel est le statut de la création humaine chez les modernes ? Dans le Christianisme l'homme participe à la nature divine et donc au processus de création. L'homme peut avoir confiance en son activité créatrice. L'absolu et la créativité humaine ont une co-naturalité. 
M.T-C. va interroger les mystères Chrétiens en particulier l' Incarnation, l'épiphanie, l'eucharistie, la résurrection, enfin la transsubstantiation du Catholicisme Il s'appuie, aussi, sur la vision Hégélienne de l'histoire humaine dont le mouvement peut être lu comme une incarnation de l'Esprit Absolu, mouvement dont la manifestation centrale est l'émergence progressive de l'homme. 
Pour Hegel la culture occidentale où va naître la science moderne est marquée, " même si elle ne le reconnaît pas explicitement, par le dogme Chrétien, elle en est même la radicalisation " 

 

Suite dans notre prochain Numéro du Chichois .... 

 

 

   
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