Dans
cet ouvrage M.T-C. analyse le développement des sciences
et des techniques jusqu'à l'époque contemporaine,
pour en mettre à jour les racines et en prévoir les
futurs fruits.
Il
part de son étonnement sur plusieurs points :
-
L'inversion du paradigme ( ensemble des problèmes
et des méthodes pour les résoudre) en biologique depuis
quelques dizaines d'années .
Ce
paradigme, la théorie de Darwin ou la sélection naturelle
(mutation aléatoire des gènes et filtrage des formes
qui répondent le mieux aux contraintes du milieu ) s'était
érigé en modèle en éliminant l'autre
prétendant, dont les caractéristiques étaient
: le finalisme, l'hérédité des caractères
acquis, l'instruction et l'orientation directe par le milieu extérieur.
La
théorie Darwinienne, puis néodarwinienne, a permis
en un siècle et demi de développer la biologie moderne
jusqu'au déchiffrement ( tout du moins une première
ébauche et quelques hypothèses sur sa signification
) du génome - entre autre de l'homme. Le paradoxe est que
cette théorie est aujourd'hui contredite par ses applications
: le génie génétique, qui se propose de modifier
le génotype et ce faisant d'installer un nouveau finalisme,
à visage humain celui là, mais en contradiction avec
ses hypothèses fondatrices.
De
ce paradoxe, M.T-C. rapproche
-
La transformation de l'homme et du monde à laquelle tout
scientifique aspire et qui sera sans doute irréversible
-
Le traitement des parties des corps telles des marchandises industrielles.
Leur utilisation comme outil transformable au fur et à mesure
de leur découverte.
Ces
trois points ont poussé M.T-C. à choisir, comme un
des fils directeur de son enquête, la question de savoir pourquoi
la science moderne ne peut se contenter de connaître et ne
peut s'empêcher, dans un même mouvement, de transformer
ses objets et le monde, en rêvant un monde de transparence,
parcouru par la raison, sans obscurité.
Que
signifie cette volonté de transformation ? Et selon quelle
finalité s'organise t elle ? Purement rationnelle ? certainement
pas.
La
science moderne née au 16 et 17ème siècle est
héritière de deux traditions fort différentes
: la spéculation logique, théorique, mathématique,
le logos auquel tout est soumis des Grecs antiques, et la tradition
judéo Chrétienne.
C'est
cette tradition religieuse, le plus souvent reniée des scientifiques,
que M.T-C. voit à l'œuvre, souterrainement, dans l'aspect
activiste, démiurgique, de la science. Dans la science moderne
sont inextricablement mêlées, la raison spéculative
- la science fondamentale - et celle que M.T-C. appelle la " raison
militante ", transformatrice, créatrice, c'est à dire
la technique. Alternativement l'une est en avance sur l'autre et
l'entraîne dans sa foulée.
La
religion judéo Chrétienne c'est tout d'abord une temporalité,
le temps de la création devenu le temps du progrès
en rupture avec le temps cyclique, le temps du déclin. Elle
introduit une histoire qui est attente du Messie, lequel révélera
le sens ultime et achèvera cette histoire.
Cette
religion est aussi le monothéisme : un Dieu exilé
loin du monde et des hommes. Le sacré et le profane sont
séparés et le divin est alors le Tout Autre de l'homme,
contrastant avec les multiples esprit et Dieux qui dans la plus
part des autres religions habitent un lieu commun avec les hommes.
Les
philosophes et les scientifiques du 16ème sc. jusqu'aux Lumières
vont creuser cet espace en un univers infini, sans centre, sans
ordre, ni sens, sans providence ni plus aucun symbole divin. La
recherche d'un sens, d'une finalité n'est pourtant pas abandonnée,
une hiérarchie non plus Divine mais Humaine va émerger
dans ce large champ hors du sacré, qui deviendra lieu d'une
possible objectivité, de l'expérimentation, de la
reconstruction du réel.
A
cette époque la séparation du monde nouméal
( monde des essences, des Vérités ) et du monde phénoménal
( des apparences sensibles) passe de l'extérieur à
l'intérieur de l'homme, entre intellect - connaissance par
les idées claires et distinctes - et sensibilité -
connaissance fausse, changeante, illusoire. Une réconcillation
va être tentée.
Les
scientifiques, suivant en cela Galilée, vont installer au
cœur du monde changeant, insaisissable et flou, des objets rationnels.
Ils vont reconstruire un nouveau monde à travers les données
choisies par eux dans la mise en scène de l'expérimentation.
Des résultats des expérimentations naîtront
des objets industriels qui envahiront le monde et la société,
créant bien un monde nouveau. Quel
est le statut de la création humaine chez les modernes
? Dans le Christianisme l'homme participe à la nature divine
et donc au processus de création. L'homme peut avoir confiance
en son activité créatrice. L'absolu et la créativité
humaine ont une co-naturalité.
M.T-C.
va interroger les mystères Chrétiens en particulier
l' Incarnation, l'épiphanie, l'eucharistie, la résurrection,
enfin la transsubstantiation du Catholicisme Il s'appuie, aussi,
sur la vision Hégélienne de l'histoire humaine dont
le mouvement peut être lu comme une incarnation de l'Esprit
Absolu, mouvement dont la manifestation centrale est l'émergence
progressive de l'homme.
Pour
Hegel la culture occidentale où va naître la science
moderne est marquée, " même si elle ne le reconnaît
pas explicitement, par le dogme Chrétien, elle en est même
la radicalisation "