.
|
La création comme processus de transformation. Conférence d'Isabelle de Grandmaison à l'occasion de la table ronde organisé par les Ateliers d'Art de France à la FNAC de Montpellier et présidé par le sculpteur Ousmane Sow. C'est à la fois par le biais de mon métier de sculpteur, passionnée par la terre depuis 15 ans, et par la formation en Art-thérapie que j'ai suivie que je désire aborder le thème de la terre et de la santé. Il
m'est en effet difficile de les dissocier car la thérapie
ajoute à l'art le projet de transformation de soi-même
et c'est un parcours que j'ai pu effectuer dans cette formation.
D'autre part, il me semble que l'artiste étant habitué
à explorer son imaginaire et à sonder l'inconnu
se trouve moins sur la défensive lorsqu'il rencontre
des personnes dont l'imaginaire est dérivant ou douloureux. L'Art-thérapie propose un cadre et un support. Ici il va s'agir de la terre mais il peut prendre d'autres formes d'expression telles que le Théâtre, la musique, la voix, les marionnettes, etc...Au travers de ces médiateurs, il s'agit d'accompagner l'autre dans son parcours de création, sans aucune interprétation ni solution apportée de la part de l'intervenant - et c'est ce parcours et l'acte de création qui en résulte qui font thérapie. Le contenu de ses problèmes appartient au patient, c'est à lui de trouver son itinéraire et en cours de création d'approcher les formes qui figurent sa problématique, qu'il en soit conscient ou non. Les consignes données qui servent de cadre, les repères qui l'accompagnent et l'écoute de l'intervenant sont là pour le rassurer dans ce chemin à risque. Les règles du jeu doivent être suffisamment établies mais non enfermantes ou trop directives pour que ce voyage dans l'inconnu ne soit pas trop angoissant. La
terre est un élément que j'aime proposer car
il y a avec elle un rapport très physique, sensuel, direct
qui ne passe pas par l'oeil, elle permet aussi de restaurer
l'odorat et le toucher qui sont souvent inhibés surtout
dans les lieux d'enfermement comme les prisons. C'est une matière
à transformer qui permet une projection plus ou moins
consciente, entraîne aussi des résistances et des
impulsions liées à la matière elle-même.
C'est une parole sans mots, directement au bout des doigts.
Lorsque
je commence une séance d'accompagnement avec des personnes
qui font un travail d'évolution personnellle, je leur
demande de rentrer dans l'inconnu avec les yeux bandés
pendant 20 minutes à 1/2 heures afin qu'elles puissent
entrer directement en contact avec la terre, la sentir, l'approcher,
écouter ce qu'elle a à leur dire dont ils ne sont
pas encore conscients, sans chercher à suivre une idée
préconcue, un savoir-faire ou une norme ésthétique,
c'est un voyage dans le laisser-faire, le laisser-venir. Ce
travail de transformation d'une personne par le biais de
la création peut se faire dans le cadre des institutions,
d'un hopital psychiatrique, de prisons, de maisons de retraite,
de centres d'aide aux personnes en difficultés, aux enfants
ayant subis des traumatismes, etc...ou simplement dans le cadre
d'une recherche d'évolution personnelle qui nous concerne
tous. L'intervenant adapte alors sa façon d'aborder la
création aux populations avec lesquelles il travaille
et selon leur difficultés. Mon intérêt en tant qu'artiste pour l'accompagnement thérapeutique est né lorsque j'ai commencé à ouvrir pendant deux ans mon atelier de terre à une population de personnes en difficultés: Rmistes, personnes vivant dans la rue, dessociabilisées ou faisant des séjours réguliers en hopital psychiatrique. J'ai pu voir chez certaines personnes la transformation qui s'opérait lentement par le fait de redevenir quelqu'un, de devenir l'auteur d'une oeuvre, de reprendre confiance en soi, de retrouver le plaisir dans un cadre sans jugement. Après ma formation à l'INECAT à Paris, j'ai été amenée à travailler quelques temps dans une maison de retraite pour personnes agées atteintes de la maladie d'Alzheimer et nous avons pu ensemble au travers de la peinture et de la terre travailler sur la mémoire lointaine, les souvenirs d'enfance, de jeunesse, tenter de redonner une identité à des personnes qui n'en ont plus, reconnaître leur histoire d'êtres humains, rénouer un dialogue avec eux.
Isabelle de GrandMaison. Son atelier de sculpture est sis 168 Grande rue Haute à Sète et pour contacter I. de GrandMaison: 04 67 74 50 23 |
|
| CONCEPTION MAINTENANCE HEBERGEMENT SITES INTERNET-OPIS SETE 04 67 53 24 59 |
|