LES
CORPS TRANSFIGURES
A
propos du livre : LES
CORPS TRANSFIGURES
Michel Tibon Cornillot, le Seuil, 1992. ---- la suite de
l'article paru dans le Chichois
.N° 33 …..
La
biologie et plus largement la science, à l'évidence,
se donnent comme proche perspective de changer l'homme et le
monde. Changer l'homme dans ce qu'il a de plus profond, de plus
essentiel, de plus caché, de plus " naturel " : son génome,
modeler les espèces animales et végétales,
influencer l'évolution de la vie dans son ensemble, modifier
la biosphère, enfin pour se protéger de ses congénères
l'homme s'est donné le pouvoir de détruire la planète.
En
quelque décennies le développement des sciences et
des techniques a permis " l'apparition d'un possible destin apocalyptique,
d'un monde d'automates simulant les êtres vivants, de réseaux
de machines fonctionnant de façon autonome et d'êtres
vivants reconstruits ".
Comment
la science en est elle arrivée là, quelle force la
soutient et la guide ? Les fondements qui lui donnent son orientation
ne sont ils que pure rationalité ?
Michel
Tibon Cornillot, pour répondre à cette question, est
parti du paradoxe qui frappe la biologie moderne : La théorie
affirme que l'évolution des espèces ne serait due
qu'à des mutations totalement hasardeuses sur lesquelles
la sélection naturelle agirait en favorisant la reproduction
des mutations les plus adaptées au milieu - c'est à
dire celles qui rendent les individus plus aptes à utiliser
les ressources de leur environnement - ainsi pourrait apparaître
de nouvelles espèces. Cette théorie élimine,
radicalement toute finalité quelle soit divine ou évolutive
vers quelque perfection que ce soit… Et pourtant l'homme est en
train d'installer une finalité en dirigeant l'évolution
pour son avantage - pense t il - en modifiant les génomes
en transformant les espèces.
Paradoxe,
car le principe qui a permis le développement de la biologie
moderne est totalement remis en question par les applications actuelles,
lesquelles sont indispensables , semble t il, pour approfondir nos
connaissance de la vie. Donc les connaissances actuelles, autant
que les applications pratiques, remettent en cause le principe qui
est à leur origine.
Un
changement de paradigme scientifique a déjà été
repéré au moment d'une " révolution " scientifique,
quelque soit la science.
Mais
n'y aurait il pas des causes " imaginaire " dans ce cheminement
des sciences , particulièrement de la biologie?
Pourquoi,
comment la science moderne s'est elle développée en
occident il y a quatre siècles ? Qu'en est il de la raison
et de l'imaginaire, du rapport Foi/ Logique dans le développement
de la science ?
Qu'en
est il de la relation science / technique ?
Qu'en
est il de la relation qui lie vivant et non vivants ?
Quelle
fonction a la technique dans le processus d'hominisation depuis
4 millions d'années ?
Que
dire de la convergence des rationalités scientifiques, économiques,
imaginaires et thérapeutiques ?
Michel
Tibon Cornillot.aborde ces différents points que nous allons
tenter de résumer très succinctement.
Rapport
Science / Technique Au cours du 16ème et 17ème
siècle, à la naissance des sciences modernes, la raison
était reine, la raison mathématique - surtout géométrique
- était l'unique clef pour comprendre le monde, les sens
ne pouvant que nous induire en erreur. Le monde parlait en symboles
mathématique et ces symboles étaient intelligibles
pour l'homme.
La
naissance de la science moderne a été l'occasion d'un
affrontement entre deux visions du monde : Un cosmos clos, fini,
hiérarchisé, rempli de sens, de valeur et de perfection
a été détrôné par un univers infini
- donc sans centre, homogène ne comportant plus aucun sens
ultime, plus aucune hiérarchie naturelle " unie seulement
par l'identité des lois qui le régissent dans toutes
ses parties, ainsi que par celles de ses composants ultimes placés,
tous, au même niveau ontologique. " ( A.Koyré ).
La
nouvelle conception du monde pris forme en plusieurs étapes.
En premier fut annulée la distinction en deux régions
du cosmos, supra lunaire et sublunaire. Puis émergea la notion
d'infinie avec G.Bruno, notion métaphysique échappant
à toute vérification par les sens .
Kepler
refusera pour des raisons métaphysiques et scientifique l'infinité
du monde. Il dit des défenseurs de l'infinité de l'univers
: " il existe une autre secte philosophique……dont les tenants ne
raisonnent pas à partir de données des sens, ni n'accordent
leurs hypothèses causales avec l'expérience ".
G.Bruno
glorifia l'évidence des vérités de l'entendement,
comme le fera Descartes, car l 'entendement peut saisir ce qui restera
toujours caché aux sens, les notions abstraite comme l 'infinité
du monde, en particulier.
La
frontière n'est plus dans le cosmos ( supra et sublunaire)
mais à l'intérieur de l'homme entre connaissance sensible
et entendement.
Dieu
a quitté le monde pour ne plus se manifester que dans l 'âme
de l'homme, dans sa pensée. Le monde n'est plus soutenu par
l'ordre providentiel de Dieu, mais animé de façon
purement automatique.
Et
Dieu finira par disparaître, en peu de temps, de son dernier
retranchement, la pensée humaine.
Le
divorce est consommé, chez Descartes, entre illusion du monde
sensible et vérité de l'entendement, Galilée
tentera, lui, une sorte de réconciliation, il cherchera à
rendre compte de la complexité du monde sensible par la pensée.
Il aborde de face la contradiction entre la réalité
mathématique qui est une vérité réductrice
et simplificatrice de l'entendement et la complexité du monde
sensible, de la nature. Il assignera ce rôle de réconciliateur
à l 'expérimentation scientifique.
L'expérimentation
va permettre d'interroger la nature pour y retrouver et y vérifier
les lois mathématiques qui la fondent.
Le
langage et la méthode utilisées conditionnent et constituent
l'expérience, construite à partir de la théorie,
elle doit révéler la justesse des lois qui ont inspiré
sa fabrication !
L'activité
expérimentale va alors introduire dans le monde sensible
une présence nouvelle, des objets rationnel et aussi perceptible,
concrets et intelligibles, des objets construits que l'on appellera
pourtant des " faits objectifs. "
Deux
siècles après Galilé on est passé des
petits laboratoires clos à d'autres espaces rationnels, ceux
des industries , pour finir par reconstruire la nature, la rendre
toujours plus artificielle, plus " rationnelle ".
On
vient de voir un deuxième statut de la technique : la théorie
précédant l'expérience, à l'aube de
la science moderne, la dernière fois nous avions vu la technique
devençant la connaissance fondamentale, particulièrement
représenté dans la biologie contemporaine. Pour permettre
le passage de l'une à l'autre position il a fallut inventer
de nouveaux objets et une nouvelle structuration du réel
par l'entremise d'une pure construction humaine : la construction
de l'expérimentation .
La
prochaine fois nous verrons une troisième facette de la technique,
celle qui a joué un rôle primordiale dans le processus
d'hominisation depuis 4 milions d'années Nous verrons aussi
ce que Michel Tibon-Cornillot appel l'imaginaire de l'occident.
Géronime
Glasgow