Le Journal d'Information de Sète et du Bassin de Thau sur le Net. N° 33 |

OPIS

 

.  

 

 

Haut .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haut

 

 

18/02/02

LES CORPS TRANSFIGURES

Toujours à propos des biotechnologies - c'est une manie dans le Chichois - allons voir du coté de la philosophie des sciences. Echappons nous de l'analyse seulement économique et sanitaire des biotechnologies, car celles ci n'abordent pas la vague appréhension - ou l'enthousiasme sans frein - qui nous chatouille devant les promesses techniques des nouvelles sciences de la vie : la transformation du corps humain et de toute la biosphère. 
Appréhension dont Michel Tibon Cornillot cherche à démêler les racines, fouillant dans les raisons et déraisons du développement de la biologie moderne et plus globalement de la science et de la technique Occidentale, jusqu'aux origines Grecques et Judéo Chrétiennes de notre culture. 

M.Tibon Cornillot a une formation à la fois technico-scientifique - ingénieur - et philosophique - agrégé - il est chercheur à l'école des hautes études en science sociale. Son livre " les corps transfigurés " est paru en 1992, au Seuil. 

L'auteur part du troublant paradoxe qui touche le paradigme ( = modèle ) scientifique de la biologie moléculaire et de son application, les manipulations génétiques: La théorie de l'évolution. Darwinienne à son origine, celle ci stipule que seul le hasard et la sélection naturelle sont responsables de l'évolution des espèces. Pas de finalité qui tirerait la nature vers la réalisation d'un but, pas d'hérédité des caractères acquis donc pas d'instruction venant du milieu extérieur vers le code génétique, si ce n'est la récompense que représente la survivance et la reproduction favorisée du " plus fort ". Aujourd'hui la biologie moléculaire née des lois de Darwin, de Mendel et de la théorie des mutations génétiques contredit le principe de départ en proposant une finalité humaine à l'évolution des espèces. La culture pourrait, alors, interférer avec la nature par la modification dirigée du code génétique, des caractères acquis pouvant devenir héréditaires. 
M.Tibon Cornillot. s'est interrogé sur l'origine et le devenir de ce paradoxe, sur ses sources. dans l'imaginaire occidental. Il propose de questionner le sens de l'objectivité scientifique et sa prétention à un statut de vérité universelle.

La première partie de l'ouvrage analyse les origines des sciences modernes nées au 16ème et 17ème siècle avec les théories de G.Bruno, Descartes, Galilée, Newton. Pour eux le développement indéfini des sciences s'appuie sur la co-naturalité des mathématiques élaborées par notre esprit, et le monde lui même. 
Le retour, au 16ème sc., à Platon et donc au rôle dominant des mathématiques, va favoriser la physique mathématique, mais ce retour se produit non plus dans le contexte d'un temps cyclique - propre à l'antiquité - mais dans celui d'un temps linéaire et orienté, un temps du progrès, temps du Dieu créateur, la création divine se continuant par la création des hommes, faits à l'image de Dieu. Nouveauté fondamentale de la science moderne, l'expérimentation révèle et encourage le coté activiste caractérisant les structures imaginaires collectives de l'occident. L'expérimentation en laboratoire est déjà reconstruction de l'expérience, du monde, dans le langage - avec les symboles mathématiques - des hommes, à leur mesure. La connaissance du vivant est aussi reconstruction du vivant. L'expérimentation est restructuration et mécanisation du vivant. Avant cette reconstruction que M.Tibon Cornillot appelle le fruit de la " raison militante ", a eu lieu l'étape du réductionnisme analytique ( méthode permettant d'appliquer au vivant l'expression la plus remarquable du savoir, son expression rationnelle, la " raison observante ". Le réductionnisme analytique transforme le réel touffu, confus, changeant et unique en une somme d'éléments simples que l'on trouve partout dans la nature, composant le vivant et même la matière inerte. 

Les mathématiques vont s'appliquer au vivant et au non vivant, ce qui n'était pas le cas avant le 17ème siècle. Le vivant, changeant, irrégulier, imprévisible, se corrompant, était jusque là hors de son champ d'application. Allant plus loin Descartes affirme " toute la nature est machine, comme la nature est machine ". 

L'histoire de la biologie est jonchée de transgressions. La première et principale (au 14ème sc.) est la dissection anatomique, l'ouverture du corps humain, corps scellé par le créateur et clos comme était l'univers clos et fini. 
Cette ouverture invitera à ouvrir d'autres frontières, géographiques celles là, à la renaissance, puis à la remise en question de la cosmologie traditionnelle. Le corps microcosme répondant au macrocosme laissera la place à l'individu singulier à la fois corps - objet parmi les objets du monde, et corps - sujet solitaire, irréductible, dans l'univers infini. C'est justement cette séparation qui traverse l'être humain, et les tentatives de résoudre cette opposition qui seront fécondes pour la science. 
Mais s'il n'y a que des individus uniques, il ne peut y avoir de science, il faut trouver des caractères communs et même réduire la plante, l'animal, à quelques caractères. Ce sera la démarche des grandes classifications du 17ème et 18ème siècle. La taxonomie se met en place en ordonnant le visible à partir d'une recherche des éléments hiérarchiquement les plus fondamentaux, en un mouvement de réduction passant de l'ensemble individuel à l'étude de ses parties. 
En retour l'individualité se disperse dans la pluralité des organes, chaque fonction, chaque processus est localisé dans un organe. Le mouvement de réduction analytique isole les éléments principaux dans la réalité confuse du corps ouvert. Les éléments fondamentaux sont les organes, puis au fur et à mesure du temps ce seront les tissus, les cellules, les constituants cellulaires, les chromosomes, enfin les gènes… et aujourd'hui les macromolécules, et demain ? 
Ces éléments ont à chaque période servi d'explication pour le tout. Le plus extraordinaire est que cela fonctionne - jusqu'à un certain point - la nature se dévoile et se laisse modifier. 
L'application des méthodes statistiques permettra une approche mathématique des questions d'hérédité. Se mettent en place la génétique formelle et la génétique des population.
Avec les macromolécules la biologie s'insère entre physique et chimie qui ont habituellement affaire à la matière inerte. 
Par la chimie de nouveaux outils, les enzymes, et leur alliance avec des objets plus propre - particules virales, cellules cancéreuses - vont permettre d'explorer la nature en la transformant. La transformation par la puissance technique devance la théorie, la compréhension des phénomènes. 
La cybernétique et la physique ont apporté la notion d'information et de code. L'organisation et les constituants de la matière composant les êtres vivants sont les mêmes que ceux du monde inorganique, les lois auxquelles ils sont soumis ne sont pas en contradiction avec celles qui régissent les phénomènes du monde matériel. 

Le regard biologique moderne ne doit pas faire oublier la relative fécondité du point de vue traditionnel, en effet ce qui nous semble très dépassé, aujourd'hui, comme la théorie des correspondances ou des " signatures " ( par exemple la racine du ginseng qui ressemble à un homme est bonne pour lui, ou les séries de correspondance - couleur, son, saison, organe - de l'acupuncture ) a fourni, aussi étrange que cela nous paraisse, un grand nombre de médicaments, partant d'autres prémisses, d'autres raisonnements " ça marchait " aussi ( colchique, quinquina, saule, chélidoine etc..) . 
Y a t il une communauté entre les techniques traditionnelles et modernes ? 

Ce que M.Tibon Cornillot appelle l'ultra mécanisation du vivant est le processus général qui consiste à isoler les éléments fondamentaux et analyser la structure puis la composition de ces éléments, puis analyser les lois qui les interconnectent, celles ci connues, fabriquer de nouvelles entités entièrement artificielles. ( chimères, OGM, clones ). Pour M.T-C. technique et science sont indissociablement mêlées, la technique étant souvent en avance sur la science fondamentale, particulièrement dans la biologie à notre époque.
Au franchissement de chaque étape, tour à tour considérée comme ultime ( des organes aux macromolécules ), puis comme simple organisation d'éléments plus essentiels encore, correspond un renforcement impressionnant des processus de manipulation et de maîtrise du vivant. L'étape ultime se caractérise par un traitement des organismes tendant à s'aligner sur les principales opérations effectuées sur la matière inerte : extraction, stockage, conservation, réparation, échange standard production, substitution. .. 

A suivre…. 

Vous pouvez aussi lire directement ce vaste panorama des sciences, à la fois admiratif et critique, par lequel M.Tibon Cornillot cherche à comprendre notre avenir. Ce livre pose de vraiment bonne question , en particulier est il possible d'orienter cet avenir ? ou, quelle portée, quel sens donner à cet événement de la deuxième partie du 20ème siècle : la bombe nucléaire et son potentiel de destruction commune ? " Pour la première fois dans l'histoire des hommes, des conceptions jusque là mythiques, imaginaires, d ' un destin commun à tous les hommes, sous forme d'une conflagration générale, une Apocalypse, se sont concrétisées, incarnées dans des choses bien réelles…. Que signifie l'irruption parmi les hommes, par leur soin, d'un possible destin si funeste ?

Gérinime Glasgow

 

 

   
CONCEPTION MAINTENANCE HEBERGEMENT SITES INTERNET-OPIS SETE 04 67 53 24 59
Contact 
30
  Pour nous contacter Art et spectacles Commerces et services Vile de Sète tourisme