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04/02/02
LE POUVOIR DU LEZARD
La
faculté de régénération des organes s'est perdue au long de l'évolution
des espèces tandis que les organismes se complexifiaient.
Pourtant
l'homme a toujours rêvé du pouvoir des lézards.
Même
les miracles de Dieu ne l'égalent pas. Les miracles ne font qu'accélérer
une guérison qui aurait pu se faire spontanément, ils ne font pas
repousser de bras ou de jambes. Seules existent des cicatrices que
l'on n'espérait plus sur les radios des miraculés de Lourde, parfois
régressent des tumeurs qui auraient possiblement pu disparaître
spontanément. Ce qui est proprement miraculeux c'est la rapidité
du processus, il se produit instantanément. Mais le lézard est encore
plus fort, et l'homme veut l'égaler.
On
appelle thérapie cellulaire l'espoir de pouvoir réaliser ce rêve,
de régénérer les organes usés ou défaillants, à l'aide de cellules
éternellement neuves. Les cellules souches sont des cellules "
totipotentes " c'est à dire ayant tous les potentiels, créatrices
de vie, de diversité, elles peuvent évoluer en toutes cellules de
l'organisme et se reproduire quasi à l'infini.
Ces
cellules " divines " ont été isolées dans les tous premiers
stades des embryons, animaux, elles sont connues et manipulées chez
l'homme depuis 1998. Apparemment l'accès à ce trésor pose quelque
problèmes d'ordre éthique surtout mais aussi juridique et aussi
de par les risques biologiques possibles.
A
peine esquissés les espoirs de ces nouvelles thérapies médicales,
les investisseurs trépignent d'impatience, mais aussi d'hésitation
( peur d'être condamnés par des jugements moraux des gouvernants,
par l'opinion publique, peur d'être les payeurs en cas d'accident)
devant cet immense futur marché.
Les
gouvernants, les institutions internationales ou européennes , les
églises, les représentants de la société civile prennent position
sur les utilisations des embryons humains et des pièces détachées
de celui ci : les cellules souches….Positions changeantes et déclarations
sans force contraignantes. Les failles et les contradictions des
juridictions tant nationales qu'internationales rendent les droits
et les devoirs très flous, mais déjà les brevets pleuvent. Les risques
ne sont pas tous envisagés et donc leur prévention est impossible,
et les promesses thérapeutiques, encore invérifiées, sont pourtant
affirmées et même gonflées, la confiance des scientifiques paraît
totale, la société, éblouie, devrait suivre, pourtant un débat politique,
éthique, économique est toujours bouillonnant.
L'approvisionnement
en cellules souches sous entend des embryons humains sacrifiés,
ou des xénogreffes - greffes de cellules souches embryonnaires provenant
d'autres espèces, par le même moyen qui peut créer des chimères
entre espèces. Une troisième source de cellules souches se trouve
dans les organes adultes, même dans ceux comme le cerveau qui étaient
réputés pour ne pouvoir pas renouveler ses propres cellules. Les
organes les plus prometteurs sont la moelle épinière, là où se forment
les futures cellules sanguines, et la peau qui elle aussi se renouvelle
en permanence. Enfin
une quatrième possibilité vient juste d'être découverte, ou plutôt
inventée, il s'agit de fabriquer un œuf par parthénogenèse comme
les abeilles, les phasmes. ou les pucerons, cet œuf non fécondé
par un gamète mâle, peut cependant se développer selon les premières
divisions cellulaires de quoi produire des cellules qui semblent
être totipotente. Il s'agirait d'utiliser un ovule humain.
Plusieurs
solutions, donc. Le débat est animé sur les avantages et inconvénients
de chacune. Les cellules souches d'embryon humain produit par clonage
ont la faveur des scientifiques: pouvoir de régénération plus grand
et moindre risque de rejet immunologique, mais les cellules souches
adultes seraient encore mieux tolérées et leurs possibilités ne
seraient pas moindre.
Pourquoi
l'utilisation de quelques cellules pose t elle des problèmes éthiques
? Essentiellement à cause de leur provenance, il faut sacrifier
un embryon, et d'abord le " fabriquer " par clonage ou
par fécondation in vitro. On
retrouve le problème du statut ontologique de l'embryon humain déjà
soulevé lors du débat sur l'avortement.
A
partir de quand l'embryon a t il une âme ? Dès le premier instant
répond le pape, à partir du 14ème jour disent les grands Bretons
- ce qui leur laisse la conscience et les mains libres pour bricoler
pendant 2 semaines, " qu'est ce que l'âme ? " s'insurgent
les scientifiques, il n'existe pour eux que de la matière biologique
qui répond aux mêmes lois que la matière inerte.
L'avortement
est autorisé en France jusqu'à la 12ème semaine.
L'embryon
est il une personne potentielle ou un simple amas de cellules ?
Pourquoi
serait il sacré ? a t il une dignité à préserver ? De nos jours
encore les enfants mort- nés ne sont pas - sauf demande expresse
- inscris sur les registres d'état civil, leurs corps peuvent être
jetés avec les déchets médicaux. Il
y a à peine quelques siècles on se demandait si les animaux, les
femmes et les sauvages avaient une âme.
Mais
même avec une âme, s'ils étaient jugés coupables ou inférieurs,
leurs corps vivants pouvaient être dépecés, écartelés, mis à jour,
mis en pièces et les pièces recelées ( voir l'usage de la Vénus
hottentot) , torturés, empalés, réifiés ou animalisés, devenir de
simples objets d'expérience. Le
concept de dignité humaine sera t il plus protecteur ?
La
nécessité scientifique servira t elle de masque à une nouvelle instrumentalisation
du corps humain ? A une nouvelle mise en pièce ? Risque t il d'y
avoir un marché des ovules ? Est
il si intéressant de réparer du vieux avec du nouveau plutôt que
de faire une place à un nouveau recommencement ?
Sans
jouer à Candide on peut se demander pourquoi les forces de régénération
ont été abandonnées au cours de la complexification des organismes
et en quelles autres forces ont elles mutées ? Peut on jouer avec
ces dispositions sans de plus amples connaissances ?
Le
clonage thérapeutique, source des cellules souches, ne risque t
il pas de favoriser l'avancée du clonage reproductif ?
Voilà
quelques unes des questions éthiques.
Le
statut juridique de l'embryon, des cellules souches, le droit de
les manipuler posent des questions de législation nationales et
internationales. Que
disent les juristes à propos des cellules souches : " elles
sont avant tout des produits pour le marché Européen. Elles sont
soit assimilées à des " dispositifs médicaux " comme n'importe
quel appareillage médical, soit considérées comme des OGM dans le
cas où elles font l'objet de modification génétiques. Par ailleurs
le droit Européen interdit de délivrer des brevets aux laboratoires
qui utilisent des embryons humains à des fins commerciales ou industrielles.
Or les cellules souches prélevées sur des embryons serviront bien
à un usage industriel, pour mettre au point des traitements. Il
faut remédier à cette apparente contradiction… Le groupe européen
d'éthique travaille sur la question de la brevetabilité des cellules
souches embryonnaire humaines " Il
existe une hétérogénéité des lois dans l 'UE " C'est la nécessité
du marché qui les rendra plus homogénes. " continue N.Lenoire
, spécialiste du droit des biotechnologies
Ces
cellules souche qu'elles soient embryonnaires, fœtales ou adultes
ont vocation à être importées, exportées, brevetées, stockées telles
des marchandises. Les règles du commerce de l'OMC doivent pouvoir
leur être appliquées.
Petit
tour d'horizon des différentes législations nationales et communautaire
:
Aux USA les scientifiques des labos publics n'ont pas d'accès direct
aux embryons surnuméraires ( comme cela est permis en France, ils
doivent se contentés des lignées cellulaires déjà existantes dans
le monde. Les lignées de cellules souches accessibles sont protégées
par des brevets, mais les grand labos pharmaceutiques ne sont pas
très chauds pour investir.
En Angleterre le clonage thérapeutique est autorisé (embryons créés
spécialement pour l'occasion.)
En France il est possible d'expérimenter sur des embryons surnuméraires
( laissés pour compte des fécondations in vitro).
L'Allemagne essaye un deal avec la France : acquérir ces cellules
qu'elle ne s'autorise pas à créer sur son propre territoire.
La
législation rejoint aussi celle des brevets sur les parties de corps
humains et les organimes vivants. La société de biotechnologie Geron
détient des brevets sur des techniques de mise en culture de cellules
souches embryonnaires. Une
start up se dit détentrice de 25 brevets concernant des cellules
souches neuronales.
Gérinime
Glasgow
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