A
propos du plus petit clone , ou pourquoi on peut confondre le bidouillage
de six cellules et un être humain.
Pourquoi
la science est elle si difficilement critiquable et donc contrôlable
? Au temps des progrès explosifs de la science, au cours du 20ème
siècle. l'humanité a démontré qu'elle pouvait
être plus bestiale que les animaux. Pour ce qui est de la cruauté,
de l'avidité, elle ne s'est sans doute pas améliorée
depuis le début de son histoire, sauf en parole peut être.
Cette
fameuse raison parée de tous les mérites, qui caractérise
l'essence de l'homme, où la voit - on agir dans les affaires humaines
? On n'ose plus dire en politique, ni dans la conduite individuelle, dans
la religion elle n'a pas sa place, aussi ne reste - il que la science et
la technologie où on la trouverait à l'état pur. Si
la science et la technique ne se montraient plus inattaquables, que resterait
- il de la souveraineté - par la raison - de l'homme sur le monde
? Que resterait il de notre fierté, de notre assurance, de notre
confiance en nous même ? Où trouverait on protection et auto
- justification ?
Si
même la science peut être mêlée d'inconscience,
d'orgueil, d'avidité, de déraison en fin de compte, cela
ne met - il pas en péril notre représentation de l'homme
blanc occidental à l'extrême pointe de la pyramide des vivants
? Ne prenons qu'un seul exemple : à l'époque nazie, 2
prix Nobel ( Lénard et Stark) se sont opposés à la
relativité arguant qu'elle était juive. On pourrait rétorquer
que la science impartiale a fini par retrouver sa route et son objectivité,
et peut être peut - on espérer qu'elle le fera aussi à
propos d'autres sujets au 21ème siècle. En effet, un certain
nombre de chercheurs réputés mettent en garde contre les
entreprises du génie génétique telles qu'elles sont
aujourd'hui ou contre la pollution et la détérioration des
terres, résultats du progrès technique. La Science retrouvera
peut être son objectivité face au grand bluff des progrès
- promis - du génie génétique comme le montre la publicité
outrageuse faite au " premier clonage d'un être humain " alors qu'il
s'agit d'une simple expérience dont la technique et la théorie
n'ont absolument rien de neuf et qui a conduit à six malheureuses
cellules - alors que l'on sait déjà dans toutes les espèces
de mammifères que ces tous premiers stades se développent
facilement et que les choses se compliquent furieusement dès le
stade suivant de multiplication cellulaire ! Donc rien de neuf, mais tous
les journaux - particulièrement ceux de droite - se croient autorisés
à célébrer la " chute du plus grand des tabous " et
à aligner le nombre de milliards de dollars promis à ceux
qui sauront miser sur un progrès immédiatement monnayable.
A vouloir
que la technicité occidentale soit en bloc toute bonne et parfaite
pour tous les hommes de la planète, pour l'évolution de la
vie elle même, à refuser toute critique, tout autre point
de vue, ne prend on pas le risque d'une catastrophe aussi grande que l'entreprise
technicienne elle même.
Faire
un parallèle entre la raison ( très faillible) à l'œuvre
dans la conduite des hommes et celle qui rend possible la science (c'est
la même raison), ne nous rend il pas plus fragile, insupportablement
fragile ? A tel point que nous refusons d'envisager la moindre critique.
L'entreprise
philosophique, elle aussi basée sur la toute puissante raison universelle,
se trouve menacée, tout du moins est ce ainsi que l'on peut envisager
le parti pris scientiste de bon nombre de philosophe - d'ailleurs sans
formation scientifique. La difficulté du problème est que
la raison à l'œuvre dans la science est, aussi, merveilleuse, si
l'on ose dire. Technique et science révèlent aussi une maîtrise
donc une compréhension du monde, de la vie, des processus qui les
soutiennent, ils forcent l'admiration. Aussi raison, science et technique
ne peuvent être purement et simplement répudiés, mais
doivent être discutés, comme toute production humaine mettant
en jeu l'humanité et toute vie.
Cependant,
Science et technique sont devenus notre utopie, nos lendemains qui chantent,
et l'on sait que lorsqu'un rêve de meilleur des mondes se cristallise
pour advenir au monde plus aucune remise en question n'est possible, l'utopie
est tyrannique - et triste, moche et inhumaine - autant chez les philosophes
que les scientifiques ou les politiques.
De
plus tout avis devra être émis par les seuls experts ou les
élus de la nation, toute autre prise de parole et surtout toute
action est du domaine du terrorisme ainsi que le disent D.Lecourt (philosophe
des sciences) et son copain du Medef dans un article commun du journal
le Monde.