DES
CHIFFRES, DES FAITS.......... ET LEUR INTERPRETATION
En
politique, en science, pour justifier
une prise de décision, on s'appuie sur des " faits ", des chiffres
qui semblent sans appels ... et pourtant d'autres acteurs éclairent
la même situation d'un autre point de vue avec d'autres chiffres.
Et bien souvent, les deux parties ne se rencontrent pas, tellement séparés
par leur barricades de " faits " que la discussion n'est plus possible,
c'est blanc ou noir et l'arc en ciel a disparu.
Parfois
il s'agit d'une question d'angle d'abord, d'autre fois de pure et simple
mauvaise foi.
Prenons
quelques exemples choisis dans deux controverses : En science, le progrès
médical est il seul responsable de la croissance démographique
et de l'amélioration de la santé, les progrès technologiques
sont ils directement proportionnels à l'amélioration des
conditions de vie, dans quelle mesure et sont ils les seuls en cause ?
En
politique, qu'en est il des bienfaits ou des désastres du capitalisme
et de la société libérale sur les conditions de vie
des hommes de toute la planète?
La
croissance économique, la puissance technologique en médecine
et en agriculture passent pour être directement la cause de l'accroissement
démographique et de l'allongement de l'espérance de vie,
peut on en déduire - en s'appuyant sur les données chiffrées
que nous avons aujourd'hui - que la science et le libéralisme répondront
à toutes les questions de développement, de santé
etc..., que la croissance du bien être sera exponentiellement proportionnelle
au progrès technologique ? Doit on accepter toutes les solutions
technologiques ?
Les
progrès de l'état sanitaire semblent évident: disparition
de beaucoup de grandes épidémies - d'origine infectieuse
autant que métabolique telles que goitre, carence vitaminique -
des progrès immenses en chirurgie ont été fait, les
traitements de nombreuses maladies ( diabète, cardiopathie, maladies
hormonales) se sont améliorés.
Si
on y regarde de plus près le tableau est il tout à fait le
même ?
Les
applications à grande échelle des découvertes de Pasteur
ont eu lieu à la fin du 19ème siècle. Les mesures
des hygiénistes l'avaient précédé mais elle
étaient moins ciblées sur les microbes, un peu trop tout
azimut.
Comment
ont évoluées les grandes maladies infectieuses du 18ème
au 20ème siècle? La
peste s'est éteinte toute seule, sans que l'on sache très
bien ni pourquoi ni comment, la dernière flambée eu lieu,
en occident, en 1721. Déjà , entre le 9ème et le
14ème siècle, l'épidémie avait totalement
disparu du bassin méditerranéen et de l'Europe, pour y reparaître
durant trois siècles.. Elle persiste, aujourd'hui, dans certaine
parties du monde, mais nulle part en grandes épidémies meurtrières
comme nous en avons connu. Le
choléra fait son apparition en occident en 1831, venant de Russie
(1829). Les progrès de l'hygiène, les adductions d'eau potable
en auront raison, dans nos pays. Elle sévit toujours de façon
plus ou moins sporadique dans le tiers monde.
La
Variole a une longue histoire qui ne se termine ( pour renaître
peut être comme arme) qu'à la fin du 20ème siècle,
par son extinction dans le monde entier. La vaccination " artisanale ",
c'est à dire faite de bras à bras par des non médecins,
pratique que l'on accusera d'avoir répandu - entre autres - la syphilis,
commença en 1801, pour la France. On a rendue cette vaccination
responsable de la baisse de mortalité infantile, pourtant celle
ci avait commencée, très nettement au cours des années
1790. On pense que la variole avait une forme plus atténuée
au cours du 18ème siècle.
La
syphilis était aussi connue depuis longtemps. Les siècles
précédents n'étaient pas totalement démunis,
il y eu dans la deuxième partie du 16ème siècle un
affaiblissement de l'épidémie et des guérisons. En
1497 on commença à employer le mercure - très dangereux
- et à partir de 1517 des boissons sudorifiques à base de
bois de gaïac, le tout avec un certain succès. Dans la deuxième
partie du 19ème siècle l'épidémie fit des ravages
en occident, jusqu'à ce qu'on applique des mesures d'hygiène
(administrative, policière) puis, bien sûr les traitements
antibiotiques qui sont radicaux et sans danger. Il persiste toujours le
problème du dépistage, la maladie étant toujours là.
La syphilis, avec la blennorragie, a été responsable de la
baisse de fécondité en France au 19ème siècle.
Le
paludisme présent sous nos latitudes au 18ème a disparu
sous le coup des mesures d'hygiène tels l'assèchement des
marais, au 19ème siècle, et des traitements à base
de quinine extraite de l'écorce du quinquina ( laquelle était
le traitement empirique). Les résistances à ce traitement,
conséquence du développement par les parasites de mécanismes
d'expulsion des antimalariques hors de leurs vacuoles, les mesures préventives,
dans les zones humides, insuffisantes, la sous alimentation qui rend moins
résistants aux infections sont les raisons principales de la persistance
de ce fléau dans le monde. Le paludisme touche 300 millions d'individus
et cause la mort d'un à deux millions de personnes par an. Il est
en passe de réapparaitre en occident, les moustiques aimant prendre
l'avion, des cas autochtones sont signalés ses dernières
années. Dysenterie
et typhoïde n'ont pas disparu mais les cas sont peu nombreux,
grâce aux mesures d'hygiène, aux antibiotiques et à
un bien moindre degré aux vaccins.
L'ergotisme,
mal des ardents dû à l'ergot de seigle, a disparu grâce
à une meilleur connaissance des processus de fabrication et conservation
des farines de seigle. Il sévit sous forme d'épidémies,
surtout entre le 10ème et 12ème siècle.
Les
maladies intestinales, causes, par déshydratation, de la mort
des jeunes enfants, ont été vaincue au cours du 19ème
siècle par l'hygiène et à partir des années
1880 - 90 par la stérilisation du lait.
Mais….
de nouvelles maladies , tout aussi mortifères, sont apparues, de
plus anciennes sont revenues avec une puissance décuplée.
La
méningite cérébro spinale a fait son entrée
en 1805, par cas sporadiques, puis par réelles épidémies,
ainsi durant les années 1837 - 57 ce sont des dizaines de milliers
de morts qui lui sont imputables. Les cas sont redevenus sporadiques et
grâce au traitement antibiotique on ne déplore plus que quelques
cas mortels par an.
La
tuberculose était, avec la syphilis, un des grand fléau
du 19ème siècle, là encore hygiène, alimentation
et antibiotiques ont fait merveille, mais le relâchement dans les
deux premiers domaines, des résistances aux antibiotiques et l'apparition
de facteurs aggravant - tel le SIDA, par diminution des défenses
immunitaires - rendent de nouveau cette maladie responsable de millions
de cas chaque année, dans le monde occidental et dans le tiers monde.
La
morve, maladie nouvelle, en occident, au 19ème siècle,
transmise du cheval à l'homme, elle était toujours mortelle,
à plus ou moins court terme.
La
poliomyélite a explosé dans le dernier quart du 19ème
siècle, adduction d'eau épurée puis vaccin en ont
eu raison dans les pays développés. Elle sévit toujours
dans le tiers monde.
Le
20ème siècle a eu son lot d'épidémies dont
le mystère reste presque entier.
Le
SIDA en premier lieu avec des dizaines de milliers de morts chaque
années.
Quelques
années plus tard l'épidémie d'encéphalite
spongiforme transmise par le bœuf, peut être par le mouton, dont
l'agent infectieux met à mal nos connaissances sur la contagion.
Il n'existe aucun traitement, elle touche surtout les sujets jeunes . Sans
doute grâce aux mesures draconiennes qui ont été prises,
l'épidémie restera modérée, mais le prion n'a
peut être pas dit son dernier mot.
De
nouvelles maladies virales mortelles, comme la fièvre hémorragique
d'Ebola, dont on ne connaît pas de traitement, ou des épidémies
bénignes qui brusquement deviennent mortelles - telle la grippe
qui fit , au début du siècle des millions de mort en occident
- nous empêchent de dormir sur nos deux oreilles.
Des
" maladies de civilisation " tels les cancers. Leur expansion et le
peu de progrès thérapeutiques sont loin des promesses, appuyés
sur d'énormes programmes très coûteux, faites dans
les années 70. Les
maladies allergiques - en particulier respiratoire - qui peuvent être
mortelles et en tout cas sont souvent invalidantes et coûteuses
en soin, leur taux chez les jeunes ne cesse de se multiplier.
"
L'épidémie " de diabète, de la toute fin du 20ème
siècle et qui se prolongera certainemeent durant le 21ème,
secondaire à "l'épidémie " d'obésité,
avec ses conséquences - cardiaques, respiratoires, cancéreuses
- à venir dans les prochaines années ( près d'un
tiers des Américains sont obèses). Sans doute est ce en
partie pour cela - avec aussi les mauvaises conditions de vie de certaines
couches de la population - que l'espérance de vie aux USA est moindre
qu'à Cuba qu'au Costa Rica, qu'au Japon qu'à Singapour etc..
Les
maladies dues directement à l'expansion de technologies plus
mercantiles qu'uniquement médicales.
Ainsi
la vente, avec publicité et promotion, des laits artificiels. Les
chiffres donnés par l'UNICEF sont éloquents. " Un enfant
élevé au biberon , dans une communauté pauvre a14
fois plus de risques de mourir de diarrhée et 4 fois plus de pneumonie.
qu'un enfant élevé au sein ".
En
1981 l'assemblée mondiale de la santé , où siègent
les autorité sanitaires de presque tous les pays, a adopté
le code international de commercialisation des substituts du lait maternel..
Rédigé par l''OMS, UNICEF, des ONG, des représentants
de l'industrie des aliments pour nourrissons, le code fixe des normes de
commercialisation minimale. ( interdiction des promos avec lots de boites
gratuites dans les maternités et centres de santé ). En septembre
97 - soit 16 ans plus tard 17 pays seulement se sont mis en conformité
totale avec le code.
…Au
total on peut voir que l'évolution des épidémies
est généralement très aléatoire, se moquant
même souvent des progrès scientifiques. Ces derniers sont
cependant très important sur l'état sanitaire.
.......et
la suite dans notre numéro 29 du Chichois, pour poursuivre l'exploration
de l'évolution des maladies et aborder les problèmes de
malnutrition, de famine et et d'espérance de vie.