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Le Journal d'Information de Sète et du Bassin de Thau sur le Net. N°23|

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La grande secte


Il y eu un temps lointain où les brevets n'existaient que pour protéger les inventions industrielles, puis vint le temps " civilisé ", le notre, à partir du 20ème siècle, où enfin les plus aptes, comme diraient les Darwiniens pur jus, purent s'approprier les règnes animaux, végétaux, humain grâce à l'exclusivité de leurs brevets. Il fut d'abord accorder des brevets aux " obtenteurs " de lignées végétales distinctes, stables, homogènes ( par sélection classique), puis les brevets couvrirent tous les êtres vivants grâce à la découverte de tel ou tel gène ou à la modification, au rajout d'un autre gène. 
Comme les plus aptes et les plus civilisés étaient aussi les plus généreux ils acceptèrent de vendre leurs " inventions " de matériaux vivants, les plus rentables exclusivement, sur les autels de leurs divinités c'est à dire sur les marchés solvables. Les plus aptes de la secte des marchés solvables inventèrent les semences certifiées et le tournant de leur gloire advint lorsqu'ils osèrent mettre au point des semences stériles imposant au petit peuple paysan de racheter chaque année leurs semences, et rien que leurs semences puisque le catalogue officiel des semences commercialisables ne contenait presque exclusivement que leurs semences, les autres étant interdites à la vente.
Les sectateurs des marchés, aussi appelés les Prométhéens, ou les descendants des lumières dont ils réclamaient l'exclusive filiation, ou encore les civilisés, voulurent enlever au petit peuple crédule ses croyances archaïques. Lorsque le petit peuple voulait quitter la secte, ils l'accusèrent de vandalisme, d'obscurantisme . Le petit peuple ne voyait il pas qu'il n'y avait plus de dehors où sortir ?
Les héros civilisateurs étaient à l'œuvre pour réinventer le monde à leur mesure selon leur vérité, selon leur unique sens du Beau et du Bien. Grâce au génie génétique ils allaient changer, accélérer l'évolution et apposer leur sceau sur tous les gènes, sur les micro, les macro organismes, les plantes, particulièrement celles jusqu'alors connues et utilisées par des peuple si primitifs qu'ils n'avaient pas même eu l'idée de les rentabiliser, les breveter, les vendre, enfin d'honorer les marchés en les immolant en sacrifices. Mécréant petit peuple ! 
La croyance dans les hybrides avaient sélectionné les héros les plus aptes " les grands semenciers ", ils s'allièrent aux titans de la pétrochimie - fabriquants des engrais et produits phyto sanitaires pour faire pression sur les paysans décidément récalcitrant - ne vendant les produits phytosanitaires qu'à ceux qui achetaient les semences. Ces super géants s'allièrent, absorbèrent les cyclopes de la grande distribution pour fixer les prix. Ils volaient tels des Ptérodactyles planant sur les vents de la bourse au dessus des états, ils avaient transcendé les nations, les héros étaient redevenus universels, en fait simplement apatrides, ils pouvaient tout utiliser : la main d'œuvre bon marché en asie, les marchés solvables en occident, et lorsqu'ils seront saturés ceux des pays émergents, les matières premières en Afrique, l'absence de législation fiscale de quelques petits pays, les prix mondiaux qu'ils décidaient et que les autres devaient suivre etc.. 

Enfin, bientôt, plus rien ne bougera, plus rien ne se reproduira la vie sera enfin civilisé. 
Tout sera réduit à la célébration des rites de la secte, le langage lui même ne comportera plus que quelques mots :produire, consommer, vendre, profit. 

Quelques chiffres et quelques faits pour illustrer cette merveilleuse saga des héros civilisateurs de la secte des marchés. 
-- A propos des semences. Les semences des céréales et celles du maïs : Les premiers semenciers - au 19ème sc. - que l'on appelait " obtenteurs " sélectionnaient les meilleurs variétés et les plus stables. Pour les céréales - blé, orge, avoine - ils réussirent en sélectionnant des lignées pures - consanguines. Dans la nature, spontanément la fécondation a lieu au hasard - soit autofécondation, soit fécondation avec un autre pied de céréale -- et les variétés se mélangeant les caractères ne sont pas très stables ni homogènes, en tout cas moins que dans les lignées pures des obtenteurs. De plus les lignées pures de céréales, qui ont sensiblement le même génome, se reproduisent sans pertes de rendement relativement aux plantes qui existaient avant ( depuis des milliers d'années, produites par le travail empirique des cultivateurs).
En ce qui concerne le maïs la situation est différente. Spontanément, blé, orge et avoine, qui portent des fleurs mâles et femelles très rapprochées ont tendance à s'autoféconder. Il n'en est pas de même pour le maïs chez qui les fleurs mâles et femelles sont plus éloignées. Le maïs est donc plus naturellement hybride, et les lignées pures sont marquées par une baisse de rendement (en plus d'une baisse de la biodiversité), deux généticiens Américains eurent l'idée de croiser deux lignées. Leur croisement à la première génération donne une semence fixée mais dont le rendement à la génération suivante est mauvais, le cultivateur est donc obligé de racheter la semence chaque année. 
En 1922 Henry Cantwell Wallace, Ministre de l'Agriculture des USA, imposa aux sélectionneurs U.S. de maïs, la technique des hybrides, son fils Henry A. Wallace fonda " Pioneer " société qui devint le plus grand producteur de semences de maïs du monde et qui vient d'être achetée par Dupont pour 10 milliards de dollars. 

Vers la fin des années 50 les semenciers voulurent contrôler davantage les semences et protéger leurs découvertes. En 1961 fut signée à Paris la convention de l'UPOV (Union pour la Protection des Obtentions Végétales).qui n'interdisait pas les semences fermières mais réduisait le droit ancestral de l'agriculteur à une dérogation du droit de l'obtenteur !

Sur les dizaines de milliers de plantes comestibles que recèle le monde végétal, seulement trois mille d'entre elles ont été utilisées dans l'histoire de l'humanité. Sur ce nombre, seulement 150 espèces sont inscrites au registre du commerce international. Actuellement, une trentaine de ces 150 pourvoient à plus de 90% des ressources alimentaires de l' humanité : les céréales, légumineuses, tubercules (pomme de terre etc), les fruitiers et quelques plantes oléagineuses et sucrières. L'UPOV a été crée pour promouvoir et coordonner les législations du monde relatives aux brevets sur les nouvelles variétés de plantes potagères, céréalières, fourragères et arbres fruitiers.
L'Angleterre devint membre après avoir promulgué le 1er juillet 1973 le " Seeds Regulation " interdisant à la vente toute variété de plante non inscrite sur " le catalogue commun " de la Communauté Européenne . Des associations de jardiniers biologiques s'opposèrent aux brevets végétaux, mais en vain ou trop tard : quand ils eurent enfin réuni les fonds nécessaires, la plupart des variétés potagères qu'ils espéraient sauver avaient disparu. 
Pour donner un exemple de cette désertification de l'agriculture mondiale, en juillet 1980, lorsque la législation sur " la protection des obtentions végétales " prit pleinement son effet, 2126 espèces potagères devinrent illégales à la vente. Ainsi, 80% des variétés potagères disparurent des catalogues. On prévoyait en 1991 que plus des ¾ des variétés de légumes cultivés en Europe auraient disparu à cause de la législation des brevets. Par exemple, le National Seed Storage Laboratory, une banque de gènes gérée par le gouvernement des USA, avoue ne plus conserver que 3% de toutes les variétés potagères qui étaient disponibles sur les catalogues américains des années 1901-1902.
Les semenciers se sont concentré, la profession devenant fort lucrative, ils furent rachetés par les transnationales de la pétro chimie (40% de la production mondiale appartient à 10 transnationales ( aventis, Monsanto, Dupont, Novartis, Limagrain) Limagrain est devenu le 1er producteur de semences Européen. Limagrain a de nombreuses filiales et plusieurs laboratoires de biotechnologies et pratique le lobbying intensif à Bruxelles pour faire assouplir la réglementation en matière de variétés transgéniques. 

Géronime Glasgow

Dans un prochain CHICHOIS : Y a t il un en dehors de la secte ? En fouillant les circuits alternatifs qui sont de plus en plus nombreux. 
 
 
 
 

 
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