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Chichois
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...........Nous
n'avons pas reçu les informations attendues à propos des métaux
lourds dans l'étang de Thau ( en particulier celles de l'IFREMER
), alors nous laisserons en suspens, pour le moment, la suite de
l'article traité dans le précédent Chichois. Signalons seulement
le coté très " tendance " des métaux lourds, cet été,
dans la nature. Après la prise de conscience des américains (ayant
suivis des prises de sang qui avaient montré des taux un peu
exagérés de cadmium, mercure etc..) dont nous avions parlé la dernière
fois, c'est en Europe que l'alarme est lancée ces jours ci , par
l'intermédiaire de l'office parlementaire d'évaluation des choix
scientifiques et technologiques.
LE
BASSIN MEDITERRANEEN AU CŒUR DU SAUVETAGE DE LA BIODIVERSITE PLANETAIRE
! Les
menaces sur la biodiversité sont, aujourd'hui reconnues par la plus
part des scientifiques. Les
réponses du type conservatrice : créer des banques de gène, des
zoos sont certainement très utiles. Mais qu'en fera t-on s'il n'y
a plus les écosystèmes qui leur conviennent ? La
seule réponse est de garder quelques écosystèmes ! Les plus riches
en espèces endémiques ( espèces vivantes propres à un territoire
particulier), ont pensé 2 chercheurs. Ils ont publié, dans la revue
scientifique la plus pointue en science " dure ", Nature
( revue Anglaise) , le 24 février 2000, un article proposant de
protéger en priorité 25 zones géographiques dans le monde.
Quelles ont été leur
critères de sélection de ces zones ? Ce
sont des zones particulièrement riches et diversifiées en vie végétale
et animale : chaque région doit rassembler au moins 0,5% des 300
000 espèces végétales recensées dans le monde. Ces zones, au total,
représentent 1,4% de la surface du globe, il y vit à peu près 10
000 espèces de vertébrés et 130 000 espèces de végétaux, soit 44%
des espèces de plantes et 35% des espèces végétales.
L'autre critère de
choix de ces 25 " points chauds " est leur condamnation
à court terme si rien n'est tenté. Ils doivent avoir perdu au moins
70% de leur végéétation primitive !. 11 de ces points en ont déjà
perdu 90% et 3 autres près de 95% ! Enfin,
dernier crible : les dollars, " comment soutenir le plus d'espèces
pour le moindre coût ?" Donc
il faut " se concentrer sur les régions où le besoin est le
plus grand……les conservateurs de la nature engagent un défi contre
la grande extinction des espèces qui s'annonce ". Norman
Myers, chercheur Britannique à Oxford, a interrogé une centaine
de scientifiques pour décider du choix des " points chauds
". La
plus grande partie se trouve en zone tropicale. La
délimitation de ces régions a été critiquée. Pourquoi tel type d'écosystème
et pas tel autre ? Il leur a été particulièrement reproché d'avoir
négligé désert, toundra et les forets tempérées. Pour
N.Myers, qui pense à ce projet depuis une dizaine d'années, préserver
ces sites durant le 21ème siècle, c'est nous donner une chance contre
le risque d'extinction de masse et ses conséquences irrémédiables.
LE
BASSIN MEDITERRANEEN EST UNE DE CES ZONES SPECIFIQUE A PROTEGER.
La zone terrestre,
surtout le littoral, et un peu plus à l'intérieur en Espagne et
Portugal, est à protéger. Le
projet néglige pour le moment le monde marin et les poissons.
Il n'y a pas d'espèces
particulières de vertébrés à sauvegarder, dans le bassin méditerranéen,
mais il existe à la fois une grande richesse en plantes endémiques
et un milieu aussi fragile que menacé. Des
" extinctions de masse " se sont déjà produites
" naturellement ". Depuis 530 millions d'années on en
aurait repéré cinq, la plus importante aurait eu lieu il y a 250
millions d'années éradiquant 95% de toutes les espèces ! ! … Encore
beaucoup plus fort que nous ! C'est en vitesse - de destruction
- que nous sommes apparemment les super champions ( d'après les
scientifiques la vitesse d'appauvrissement ou de disparition serait
10 000 fois supérieure à celle observée dans les périodes géologiques
d'extinction précédentes). Mais
que ce soit la nature sans l'homme qui s'auto-détruise ou s'auto-
nettoie, que ce soit Dieu à l'aide du déluge, ou encore l'homme
qui prenne la tête du chamboulement ! quelle importance ? c'est
toujours l'occasion d'un pas en avant, d'une évolution, semblent
penser certains. D'autant
plus que d'un autre coté, l'être Humain recrée de la diversité,
en amenant dans la nature de nouveaux matériaux ( fonte, plastique
etc…) , de nouveaux processus ( fission nucléaire). La nature va
s'emparer, dégrader, métaboliser, faire siennes - naturaliser -
ces nouveautés. Les
écologistes ne seraient ils que des conservateurs peureux, rechignant
à faire le grand saut, qu'enfin de compte la nature, peut être et
avec notre aide, réclame en répétant pour la sixième fois
le même scénario. Ce
serait alors les écologistes qui seraient contre la nature, si tel
étai! Sa finalité ! ! L'homme moderne semble tellement sûr de ce
scénario : lui même guidant l'évolution, qu'il le dit explicitement,
et prend toutes les directions qui provoqueront ce processus, ainsi
il se préoccupe beaucoup plus de créer des espèces chimériques par
manipulation génétique que de connaître les espèces existantes.
Ainsi, il ne reste
en France que deux spécialistes capable de connaître les 300 espèces
de mouches drosophiles ; un seul spécialistes des méduses etc… Pour
enrayer ce déclin des effectifs des naturalistes, une Société Française
de Systématique a été créée en 1985. Les Naturalistes ( ou systématiciens)
ne se limitent pas à observer, classer, définir les espèces existantes,
ils ont aussi comme sujet d'étude l'évolution, les liens de parenté
entre espèces. Rappelons qu'une petite partie seulement des espèces
animales et végétales serait connues, les zones tropicales, les
champignons, les espèces marines, les nématodes seraient en grande
partie ignorées. Le
mois dernier cette société a de nouveau lancé un cris de détresse
aux pouvoirs publics, pour relancer la formation et la recherche
dans ce domaine.
A ce désir humain d'orienter
l'évolution s'ajoute : .......L'Ignorance
d'une bonne partie des espèces vivantes, sous nos pieds même ( nématode,
champignons, divers autres micro-organismes), ignorance des modes,
de reproduction, de vie de ce que nous appelons les mauvaises herbes.
Manque de formation
en écologie scientifique des chercheurs en génétique. .......L'
Incertitude de l'objet visé par l'écologie. Il
y a une écologie militante et une écologie scientifique qui cherche
encore son objet ! Dans l'écologie militante, la plus part des acteurs
ne sont pas des scientifiques, ils sont souvent regroupés dans de
puissantes ONG, des syndicats de paysans contestataires ; Syndicats
et ONG qui mènent souvent des actions sur le plan international,
parmi ces acteurs se trouvent quelques têtes de proue scientifiques
et militants (J.M.Pelt, F.Hallé …), des originaux solitaires ( T.Monod,
R.Dumont ) scientifiques de terrain méfiants envers l'institution
ou bien des philosophes peut être trop nettement engagés dans une
religion (Ellul, Jonas), d'autres encore qui s'éloignent un peu
trop de l'écologie pour ne viser qu' une critique de la technique
( les successeurs d' heidegger), de la société de consommation et
du progrès (I.Illich…). L'écologie
depuis deux siècles cherche à cibler son objet d'étude et à déterminer
ses alliés principalement politiques. Qu'y
a t il de commun entre Illich et B.Bardot ? La question est un peu
brute, tous deux ne sont pas des scientifiques, mais à part cela,
leur pensée politique et leur pensée tout court les tient à bonne
distance, ils se rejoignent peut être seulement sur une méfiance
vis à vis du bien fondé des actions de l'homme sur la nature…...
Oublions B.B. L'invention
du terme " écologie " scientifique date de 1866, par un
disciple de Darwin : E.Haeckel. Bien
sûr toutes les époques et tous les peuples ont des systèmes de classification
et de relation pour situer les éléments du monde qui les entourent.
Mais, aujourd'hui,
nous nous occupons de l'idée d'écologie, de ce qu'elle inclue au
21ème siècle en occident. Alors
lançons un œil à la charnière des 18ème et 19ème, ères où ont eu
lieu les grandes classifications des naturalistes (Lamarck, Linné
surtout, mais aussi sur un mode évolutif Darwin, Haeckel).
On assiste à la conception
de systèmes suffisamment précis pour être analysés. Systématique
animale, végétale et des milieux suffisamment précise pour que des
comportements puissent être décrits. L'unité
du monde vivant est souligné par tous. Darwin précise " l'unité
du monde vivant est fondée sur une origine et une histoire commune
". Comme
pour toute science, pour la construction de tout objet scientifique
qu'il soit politique ou social plusieurs voies peuvent être
tracées. L'écologie
des populations s'occupe des relations des espèces dans un même
milieu, des relations de compétition, de parasitage, des influences
réciproques des prédateurs et des proies, des symbioses etc.. Dans
les années 1920 elle a l'idée de créer une branche réductionniste,
une écologie théorique et expérimentale où les expériences ont lieu
en laboratoire, donc dans des conditions contrôlées, homogènes,
où seront étudié le comportement d'une ou deux espèces.
Mais la nature n'est
pas si simple - les conditions ne sont pas homogènes, elles sont
variables et on ne peut connaître exactement le déterminisme de
ces variations, les espèces en jeu sont innombrables. Le passage
du laboratoire au terrain est pour le moins décevant.
Puis les écosystèmes
furent définis comme un ensemble de relations fonctionnelles entre
flore, faune et milieu, en se focalisant sur les relations de complémentarité.
En 1942, R.Lindeman
privilégie l'interprétation trophique des écosystèmes, il s'essaye
à mesurer les flux d'énergie qui transitent en leur sein, les cycles
trophiques qui lient les producteurs ( végétaux), les consommateurs
(animaux) et les décomposeurs ( insectes, vers..). Il estime les
quantités de matières et d'énergie qui circulent, les caractéristiques
de la chaîne alimentaire. En
1953 Odum ajoute au système les cycles biogéochimiques des éléments
constitutifs de la matière organique ( carbone et azote). Il donne
un modèle cybernétique avec rétroaction en boucle, et dégage les
propriétés émergentes.
Les critiques de ces
systèmes ne manquent pas, en particulier on leur reproche leur réductionnisme
: si on peut analyser des flux et des stocks d'énergie cela implique
une réduction du fonctionnement de l'écosystème aux lois de la physique.
Le fonctionnement
des écosystèmes en terme de production, de circulation et de recyclage
d'énergie est critiqué car étant sans lieu et sans histoire.
Les écosystèmes ne
sont pas homogènes, ils présentent des variétés spatiales, et il
n'y a pas une association végétale mais souvent une quinzaine, il
existe une complexité d'écosystèmes interactifs. Quelles
sont les limites d'un écosystème ? Il
suffit de modifications mineures pour modifier la composition d'un
écosystème et ses relations avec les écosystèmes voisins.
L'hétérogénéité est
spatio- temporelle. La
démarche classique est accusée d'user de simplifications réductionnistes
et de généralisations hâtives. Cette démarche généralise les études
de successions et postule qu'elles sont répétables, ce qui n'est
jamais le cas. " Tous les phénomènes relatifs au monde vivant
s'inscrivent dans une histoire qui ne se répète pas " (P.Blandin
" de l'écosystème à l'écocomplexe). Réductionnisme
- singularité, complexité est l'éternel dilemme dans les sciences
de la vie. Aujourd'hui on privilégie une histoire singulière définitivement
unique, mais comment est elle manipulable ? Faut
il inclure l'homme en tant qu'élément des écosystèmes ? Deux obstacles
rendent la chose difficile : l'homme s'est placé depuis le 17ème
siècle dans une relation d'opposition avec le monde : lui est le
sujet observant, le monde est l'objet étudié. De plus ses activités
ne sont pas des ajustements automatiques dans un contexte de sélection.
Il a des stratégies intentionnelles, bizarres et singulières, en
perpétuelles mutation ! Ce
qui explique qu'il peut voir toutes ses interventions comme des
innovations dommageables ! L'écologie
actuelle a aussi plus tendance à penser le déséquilibre que les
autorégulations et l'équilibre.
L'objet de l'écologie
reste flou , ses limites sont ambiguës, arbitraire, comme on a put
le ressentir dans l'article de N.Myers. Des
végétaux, des animaux, des micro-organismes sont, soit totalement
inconnus, soit seulement leurs inte-rrelations le sont, ce qui revient
à peu prés au même ! La
nature semble chaotique, imprévisible - comme la météo - Les perturbations
y semblent au moins aussi importantes que les équilibres. Les efforts
conceptuels pour appréhender la complexité, l'hétérogénéité, l'histoire,
la place de l'homme dans les écosystèmes, s'ils sont prometteurs
n'en sont qu'à leur débuts. C'est pourquoi semblent inquiétant,
parce que prématurés, les cultures en plein champs d'OGM.
On connaît les dégats
irréductibles causés par l'apport, dans des écosystèmes, d'animaux
( lapins, mangouste, parasites…) de végétaux(cactus, algues,) étrangers..
Qu'en sera t il des plantes modifiées rendues résistantes à leurs
ravageurs. Ce
que le réductionnisme exclut de ses modèles d'études expérimentales,
il a sans doute tort de le prendre pour un simple bruit de fond..
Il est encore trop
tot pour préjuger du bien fondé du lancement tout azimut des OGM
dans la nature. C'est autour de cette idée, des discussions qui
en découleront qu'aura lieu le 17Avril une journée anti OGM.
Laissons le dernier
mot à l'écologie politique en la personne du philosophe Ivan Illich
: Il s'interroge : "Vaut il la peine de survivre dans "
un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire,
en prison planétaire et où la tache principale des ingénieurs de
l'âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition
" ? Car
les biotechnologies, si elles ne se justifient pas toujours scientifiquement,
tentent de se justifier, de se valoriser socialement, vendant un
bien être qu'on a le droit de discuter.
Géronime
Glasgow ________________________________________________ |